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La prochaine bataille des journalistes

Hana Afifi, Lundi, 13 juillet 2015

Le syndicat des Journalistes se prépare à un nouveau face-à-face avec le gouvernement : La nouvelle loi sur la presse.

La prochaine bataille des journalistes
L'assassinat du procureur général Hicham Barakat, fin juin, a incité le gouvernement à promulguer une nouvelle loi antiterroriste.

Outre les clauses de la loi anti­terroriste, le syndicat des Journalistes se prépare à une autre bataille, celle du projet de loi rela­tif à la presse et aux médias. Ce projet, actuellement en prépara­tion, vise à adapter la législation actuelle à la nouvelle Constitution.
Deux comités travaillent paral­lèlement sur le projet, un gouver­nemental et l’autre formé par le syndicat des Journalistes. Tandis que le gouvernement annonçait qu’il travaillait sur le projet, le syndicat des Journalistes a estimé que le droit de rédaction de la loi lui revenait exclusivement. Résultat : la tension est montée entre les deux camps.
« Le gouvernement avait pré­paré un projet de loi sans consul­ter le syndicat, mais il n’a pas osé le dire », dit Karem Mahmoud, président de la com­mission des lois au syndicat des Journalistes. Le chef du gouver­nement, Ibrahim Mahlab, s’était réuni avec Diaa Rachwan, alors chef du syndicat, et Galal Aref, chef du Conseil suprême de la presse, et leur a dit que le comité gouvernemental, qui travaillait sur le projet, avait un rôle « pure­ment consultatif ». Selon Mahmoud Kamel, membre du conseil du syndicat des Journalistes, l’annonce du gou­vernement est intervenue lorsque le projet de loi préparé par le Syndicat a pris du retard.
Le comité du Syndicat est formé de cinquante membres : six représentants du syndicat des Journalistes, six du Conseil suprême de la presse, six du syn­dicat des Médias en cours de fondation, six des médias offi­ciels et privés, ainsi que des représentants du syndicat public des Travailleurs de l’imprimerie et de la publication.
Le comité compte aussi des figures publiques, des juristes, le chef de l’Union des écrivains, des représentants de la société civile et des professeurs de communica­tion de masse. « Ce comité a ter­miné son travail dimanche 12 juillet. Le syndicat va à présent appeler le gouvernement à former un comité commun qui regroupe­ra les représentants des deux comités (celui du gouvernement et celui du syndicat) et ce comité commun sera responsable, conformément à une décision de Mahlab, de rédiger le texte final de la loi, en conciliant les deux versions du projet », affirme Karem Mahmoud. Une fois prêt, le nouveau projet devra attendre les élections parlementaires.
Le projet en question doit en principe accorder une plus grande indépendance aux médias. Le Conseil suprême de la presse (en charge de la presse dans la loi actuelle) devrait être annulé et remplacé par l’Autorité nationale de la presse. Idem pour l’Union de la radiotélévision qui sera remplacée par l’Autorité natio­nale des médias. Enfin, un conseil suprême des médias sera créé et chargé de la gestion des médias audiovisuels et de la presse écrite et électronique. « Si un citoyen se plaint d’un journal pour diffama­tion par exemple, ce conseil doit procéder à des investigations et imposer des sanctions à ce jour­nal s’il est coupable », explique Karem Mahmoud. « La mission du conseil sera de garantir la liberté de la presse et des médias audiovisuels, et de protéger leur indépendance et leur objectivité. Il établira les critères à même de garantir le professionnalisme et l’éthique de ces médias et à même de protéger la sécurité nationale », ajoute Karem Mahmoud.
Mais ce n’est pas tout. Karem Mahmoud ajoute que le projet englobera aussi des propositions d’amendement du code pénal en ce qui a trait aux peines de prison dans les délits d’opinion. Selon l’article 71 de la Constitution : « Aucune peine restreignant la liberté ne peut être imposée dans les délits de publication. La loi définit en revanche les peines en cas d’incitation à la violence, de discrimination et d’atteinte à l’honneur », affirme Karem Mahmoud. Et de conclure : « La bataille sera longue ».
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