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Imane Al-Bastawissi : Les nouvelles générations ne comprennent pas la valeur des produits

Doaa Elhami, Mardi, 10 mars 2015

Imane Al-Bastawissi est anthropologue à l'Institut des recherches et des études africaines de l'Université du Caire. Elle tente de préserver les métiers artisanaux en Egypte.

Imane Al-Bastawissi
Imane Al-Bastawissi, anthropologue à l'Institut des recherches et des études africaines de l'Université du Caire.

Al-Ahram Hebdo : L’Egypte est connue pour la diversité de ses métiers artisanaux. Est-il possible d’établir un échange d’expériences entre différents gouvernorats ?

Imane Al-Bastawissi : Les produc­tions artisanales sont créées à l’ori­gine pour répondre aux besoins de l’homme. La diversité artisanale en Egypte est née grâce à la diversité naturelle et géographique de chaque gouvernorat. Si la Haute-Egypte est connue, par exemple, pour les produits fabri­qués à partir de la palme, le Sinaï, par contre, est connu pour la culture des palmiers et ne réalise pas ces productions à base de palme. C’est parce que les habitants du Sinaï sont des tribus originaires d’une péninsule qui fabrique des produits correspondant à leur vie de nomades.

— Alors l’artisanat peut-il parti­ciper au rapprochement des popu­lations ?

— La culture et l’héritage sont des éléments essentiels pour unir les différentes régions. Leurs effets sont plus forts que les décisions poli­tiques. Ceci dit, le festival annuel des chameaux fait participer toutes les tribus des quatre coins de l’Egypte, malgré la diversité de leur localisa­tion, que ce soit au sud, à la mer Rouge, dans le Sinaï ou en plein désert. Afin de réaliser ce lien, il faut accentuer le rôle des sociétés, notam­ment celui des palais de la culture qui sont invités à exposer des exem­plaires des divers produits artisanaux représentatifs de chaque gouvernorat et même organiser des ateliers afin de présenter l’habileté artisanale.

— Pourquoi, selon vous, les métiers artisanaux sont-ils aujourd’hui en voie de dispari­tion ...

— C’est à cause de ces générations éduquées loin des traditions et des coutumes. Les jeunes ont des idées et des principes complètement diffé­rents de la société égyptienne tradi­tionnelle. Les nouvelles générations ont perdu beaucoup de valeurs, elles ne comprennent ni la valeur de ces produits ni l’habileté de l’artisan. Aussi les hommes d’affaires ne cher­chent-ils que le bénéfice personnel. Ils préfèrent importer des productions simi­laires aux produits égyptiens, à meilleur prix. Le client, pour sa part, achète la pièce importée, privée de toute finesse puisqu’elle est moins chère. Ajoutons encore qu’une pièce artisanale nécessite beaucoup de temps et d’efforts, d’où son originalité. Elle est alors coûteuse par rapport au budget du client, notamment égyptien. C’est pourquoi la vente représente le défi majeur des artisans et de leurs pro­duits.

— Alors comment les protéger ?

Le développement et l’habileté sont les mots-clés pour pouvoir pro­téger nos métiers dont un grand nombre est en voie de disparition. Tout d’abord, il faut cesser de penser que l’unique place de ces produits est le musée. En même temps, il est indispensable de former les artisans à développer leurs produits pour qu’ils deviennent utiles dans la vie quoti­dienne du grand public. En parallèle, il faut fournir des marchés à ces pro­ductions, inviter, voire orienter des ONG à élever le goût général pour apprécier ces produits et respecter les artisans qui ont un savoir-faire. Pour ce faire, il vaut mieux intégrer les métiers artisanaux dans les activités scolaires, celles des clubs sportifs et leurs comités sociaux et artistiques, les centres de jeunesse et les univer­sités. Bref, c’est un travail des orga­nisations et pas des individus.

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