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Assouan, ville fantôme

Dalia Farouq, Lundi, 21 avril 2014

Venant s'ajouter à une situation touristique catastrophique, le conflit sanglant qui a eu lieu la semaine dernière à Assouan a fini par faire fuir les derniers visiteurs.

Assouan

Les vacances de Pâques sont normalement une période de grande affluence pour Assouan, en Haute-Egypte. Mais cette année, cette période est calme : Assouan est quasiment devenue une ville fantôme après le conflit de la semaine dernière. Deux clans de la région d’Assouan se sont déclaré la guerre. Un sanglant face-à-face entre latribu nubienne des Daboudiya et la tribu arabe des Béni-Hilal a fait 25 morts et une cinquantaine de blessés.

« Ce conflit a coulé le dernier espoir du tourisme dans un redressement prochain. Le taux d’occupation a encore chuté de 10%. On en arrive à un taux d’occupation de quasiment 1 % », assure Adel Zaki de la Chambre du tourisme.

Il précise que plusieurs groupes de touristes ont annulé leurs voyages en Egypte, notamment en provenance du marché français et irlandais. « Leministère irlandais des Affaires étrangères déconseille désormais les voyages vers Assouan », regrette Adel Zaki.

Avant la révolution de janvier 2011, le tourisme représentait 80% de l’activité économique d’Assouan qui, avec Louqsor et ses temples, était un des passages obligés des croisières sur le Nil. Mais depuis les trois dernières années, les pics d’occupation tournent autour de 15%.

Le tarmac de l’aéroport est désespérément vide, calèches et taxis sont à l’arrêt devant des hôtels où personne ne descend. Les imposants bateaux prennent désormais la poussière. Le souk local est désert. Tout est mort dans la ville.

Nader Nassif, vice-président de la Chambre des hôtels à Assouan, assure que le conflit tribal a fini de geler le mouvement du tourisme de la ville. « En plus des rares touristes occidentaux qu’on avait dans les hôtels d’Assouan, se trouvaient quelques Egyptiens en vacances. Mais ils ont tous annulé leur voyage », déclare-t-il.

Pourtant, Assouan est connue pour son calme et sa quiétude. « Même pendant la révolution du 25janvier, il n’y a eu qu’une seule petite manifestation devant le commissariat. Lapolice a dispersé les manifestants avec du gaz lacrymogène et c’était fini », raconte Nassif, qui insiste sur le fait que les médias ont joué un rôle très négatif dans l’amplification des faits.

En outre, plusieurs conférences ont été annulées. « Les organisateurs ont peur d’une reprise du conflit entre les deux tribus. Et c’est vrai qu’il existe une culture de vendetta en Haute-Egypte », reconnaît-il.

A Assouan, par ailleurs dépendante de la situation générale en Egypte, une reprise du tourisme est, au mieux, attendue mi-2015.

2014 démarre mal pour le tourisme

A peine 2 millions de touristes ont visité l’Egypte au cours des trois premiers mois de 2014. Le chiffre représente une baisse d’environ 30 % en comparaison avec la même période de l’année dernière, selon un rapport du ministère du Tourisme.
Cette baisse est largement due aux actes terroristes au Caire et à Guiza notamment. « Les violences dans les universités, les bombes, les manifestations, le dernier conflit à Assouan, tout cela donne l’impression qu’il y a une guerre civile en Egypte », regrette Elhami Al-Zayat, président de l’Union des chambres de tourisme. « Les tour-opérateurs et les touristes ont peur de venir en Egypte, surtout après l’explosion de l’autobus de Taba, qui a causé la mort de quatre Coréens », reprend Mohamed Shokri, expert touristique. Les attentats au Caire ont certes eu un impact direct sur les autres régions.
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