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La longue épopée de la découverte de l’enfant roi

Doaa Elhami , Dimanche, 06 novembre 2022

La découverte de la tombe de Toutankhamon, la plus importante du XXe siècle, est le fruit d’un long travail et de plusieurs tentatives. Focus sur l’histoire de cette merveilleuse trouvaille.

La longue épopée de la découverte de l’enfant roi

« Le 4 novembre 1921, mon père, qui n’avait que 11 ans, amenait de l’eau à dos d’âne aux membres de la mission archéologique opérant dans la Vallée des rois. A son retour, lui et son âne sont tombés et il a vu l’eau s’écouler dans un fossé. Ce n’était que le premier degré de 16 autres formant le tunnel de la tombe de Toutankhamon », raconte Noubi, fils de Hussein Abdel-Rassoul, le porteur d’eau qui aidait l’équipe archéologique présidée par Howard Carter dans ses recherches. Il poursuit que cette expédition, financée par Lord Carnarvon, a commencé en 1912, mais les fouilles se sont arrêtées vu le déclenchement de la Première Guerre mondiale, pour reprendre en 1917. En effet, « l’intérêt de Lord Carnarvon pour les fouilles archéologiques remonte à bien avant cette découverte. C’était vers 1911, lorsque Gaston Maspero, directeur des services des antiquités à l’époque, introduit Howard Carter à Lord Carnarvon pour financer une mission de fouille à la recherche de la tombe de Toutankhamon », explique l’égyptologue Moustafa Al-Saghir, directeur général des temples du Karnak. A savoir que Carnarvon avait l’habitude de passer l’hiver en Egypte depuis 1902, suite aux conseils des médecins, pour se rétab lir de ses graves blessures causées par un accident de voiture en 1901. Mais comme les fouilles étaient peu fructueuses, comte Carnarvon a décidé de stopper les excavations. Carter, convaincu du contraire, lui demanda de prolonger les fouilles pour une seule saison supplémentaire espérant faire une découverte. Et il avait raison. « La découverte a eu lieu au cours de la dernière saison de fouille, grâce à l’accident de mon père », reprend fièrement hadj Noubi. Coup de chance pour Carter, qui continue à creuser et découvre un escalier de 16 marches, mesurant 1,68 m de large et s’enfonçant 4 m sous terre. Il donna l’ordre de reboucher le trou. Il doit prévenir son mécène. Il envoie donc un télégramme à Lord Carnarvon à Hampshire pour lui annoncer sa trouvaille : « Avons enfin fait une découverte extraordinaire dans la vallée. Une tombe somptueuse dont les sceaux sont intacts. L’avons refermée jusqu’à votre arrivée. Félicitations ».

Une tombe et 5 398 pièces

La porte de la tombe était fermée par des sceaux inscrits des cartouches du roi Toutankhamon. « Ce sont les sceaux des gardiens de la nécropole de la Vallée des rois, pas des ouvriers. Ce qui indique que la tombe a été pillée peu de temps après la fin de l’enterrement du roi », souligne Moustafa Al-Saghir. Selon Abdel-Rassoul, Carter a ouvert officiellement la tombe le 29 novembre, en présence du comte Carnarvon, de sa fille Evelyn et de l’ingénieur anglais Arthur Callender, qui sont arrivés à Louqsor. La tombe a été découverte avec 5 398 pièces. « Howard Carter a documenté l’état de toutes les pièces trouvées, les a photographiées et les a dessinées. Ensuite, il les a transférées à la tombe de Séthi II pour les restaurer et les préserver. Cette tâche lui a pris 10 ans de travail. Enfin, les pièces ont été transférées au Musée égyptien », explique Moustafa Al-Saghir, ajoutant qu’aujourd’hui, 100 ans après la découverte de la tombe, le ministère du Tourisme et des Antiquités transfère le trésor de Toutankhamon encore une fois au Grand Musée égyptien situé près du Plateau de Guiza.


L’enfant Hussein Abdel-Rassoul portant le pectoral du roi suite à la découverte de la tombe.

Avant Carter, des prémices

Les recherches remontent en fait à une dizaine d’années avant Carter. Les découvertes le révèlent. « Le nom de Toutankhamon est apparu dans la Vallée des rois bien avant la découverte de sa tombe par une mission dirigée par Edward Russel Ayrton en 1905-1906 », reprend l’égyptologue Al-Saghir, ajoutant que dans l’une des cavités rocheuses de la Vallée des rois, près de la tombe d’un notable, portant numéro 48, Ayrton avait découvert un petit récipient de faïence bleu sur lequel est inscrite la nomination royale de Toutankhamon « Neb-Khepro-Râ », signifiant « l’image vivante de la divinité Amon ». En 1907, Ayrton, accompagné de l’homme d’affaires américain et mécène des fouilles, Théodore Monroe Davis, a découvert, dans une pièce à 7 m de profondeur au nord de la tombe de Horemheb située au sommet de la colline de Cheikh Abdel-Gourna, « une statuette en marbre et un coffre en pierre cassé qui renferme des feuilles dorées en relief au nom de Toutankhamon et de son épouse Ankhsénamon », souligne l’égyptologue Laïla Abdel- Qader, spécialiste des trésors de Toutankhamon. Ils y ont trouvé également deux scènes : une représentant Toutankhamon sur son char militaire pendant une excursion de chasse, alors que la deuxième le décrit debout égorgeant un ennemi avec son épouse, et à l’arrière-plan, le père divin Ay.

Davis et Ayrton ont également mis au jour un puits funéraire renfermant 12 jarres de conservation en poterie de diverses formes et dont les couvercles fabriqués de brique crue portent tantôt la nomination royale de Toutankhamon « Neb-Khepro-Râ », tantôt sa nomination funéraire. Ces jarres conservent de grandes couronnes fleuries, des os d’animaux et de volailles, ainsi qu’un petit masque funéraire de cartonnage doré. Toujours à Cheikh Abdel-Gourna, Davis a découvert, dans une pièce étroite localisée entre la tombe de Ramsès VI et celle de Horemheb, « un ouchebti de calcaire, ainsi que des feuilles ornées et des rubans qui devraient orner les chars militaires et les instruments équestres », reprend l’égyptologue Laïla Abdel-Qader, soulignant encore la trouvaille des feuilles en or qui portent à la fois les noms de Toutankhamon et Ay. Ce dernier a pris les rênes de l’Egypte après le roi enfant.

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