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Guillemette Andreu-Lanoé : La méthode Champollion a redonné vie à une civilisation qui fascine encore aujourd’hui

Doaa Elhami , Mercredi, 11 mai 2022

Guillemette Andreu-Lanoé, co-commissaire de l’exposition « L’aventure Champollion », explique la méthode suivie par celui-ci pour déchiffrer les hiéroglyphes.

Guillemette Andreu-Lanoé

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi avez-vous choisi « L’aventure Champollion » comme titre et thème de l’exposition ?

Guillemette Andreu-Lanoé : L’exposition de la Bibliothèque nationale de France (BnF) a pris ce titre et ce thème pour des raisons à la fois historiques et scientifiques. En 1822, il y a 200 ans exactement, Jean-François Champollion expose dans sa Lettre à M. Dacier son interprétation lumineuse du système graphique des Egyptiens Anciens, autrement dit comment il a déchiffré les hiéroglyphes écrits du temps des pharaons. C’est d’abord une aventure scientifique et intellectuelle, menée par un savant hors du commun, qui tient à la fois de la science, de la réflexion et de l’intuition.

La BnF conserve dans ses collections 88 volumes de notes et de dessins de la main de Champollion et ces « merveilles » légitiment son voeu de lui rendre hommage. Ces documents, souvent inédits, laissent entrevoir le génie, la démarche, la personnalité et le travail encyclopédique de Champollion, qui oeuvra à faire connaître la grandeur de cette Egypte tant admirée. Ces volumes constituent le coeur de l’exposition qui guide le public au plus près du travail du déchiffreur et de la fabrique d’une science naissante : l’égyptologie. La bibliothèque a joué un rôle majeur dans cette aventure, puisqu’elle a conservé jusqu’au début du XXe siècle l’un des plus importants fonds d’antiquités égyptiennes.

— Quels sont les critères de choix des pièces exposées ?

— Près de 350 pièces — manuscrits, estampes, photographies, papyrus et sculptures —, issues des collections de la BnF et de prêts exceptionnels, sont présentées pour faire comprendre au public la « méthode Champollion » destinée à redonner vie à une civilisation qui fascine encore aujourd’hui. Une grande majorité de documents sont de la main de Champollion, car il n’a cessé d’écrire ses découvertes et ses questionnements. Mais notre plaisir a été de pouvoir exposer à côté de ces papiers les objets égyptiens qu’il a copiés, traduits et commentés de son vivant. Ainsi, des sculptures et papyrus qu’il est allé voir et étudier au Musée égyptien de Turin (1824-1825) ou à Paris, au Musée du Louvre, dont il a été le premier conservateur égyptologue, sont exposés à côté des archives Champollion qui les concernent. C’est très émouvant. De même, le voyage en Egypte de Champollion (Expédition franco-toscane de 1828 à 1829) est évoqué par des dessins des parois de tombes de la vallée des Rois, des récits du voyage, des aquarelles des dessinateurs qui l’accompagnaient, donnant une image très précieuse de l’Egypte des années 1820.

— Quels sont les chefs-d’oeuvre de l’exposition ?

— Question difficile, il y en a beaucoup. Dans l’introduction, la copie de la pierre de Rosette, qui est sans doute celle sur laquelle Champollion a pu travailler (l’original étant à Londres), est très importante pour cette aventure. Plus loin, on peut aussi s’attarder sur le dessin du cartouche de Cléopâtre, avec les hiéroglyphes en bleu, copié avec talent par Champollion en 1822. Ou encore les carnets de notes manuscrites, mêlant dessins colorés, copies de hiéroglyphes à la plume et notations fascinantes écrites de sa belle écriture, qui sont admirables. La vitrine montrant les étapes de la grammaire est passionnante. Une vitrine expose des statuettes en bronze vues par Champollion, qui lui ont permis d’identifier les dieux qu’elles représentent et leurs attributions divines. Deux sarcophages, d’une grande beauté, illustrent sa capacité à comprendre les rituels funéraires des Egyptiens et son voeu de faire connaître la grandeur de la civilisation pharaonique.

— En tant qu’égyptologue spécialisée, outre les expositions, comment peut-on célébrer cet événement d’une importance majeure ?

— Bonne question. Pour un égyptologue, relire Champollion, le prendre comme modèle, se souvenir que la compréhension des hiéroglyphes est la première étape vers la connaissance de cette immense civilisation de l’antiquité, devant laquelle nous sommes des « lilliputiens », comme il l’a écrit. Et faire des conférences sur Champollion pour le grand public, pas seulement en France. Je crois que la Bibliotheca Alexandrina, avec l’Institut français de l’archéologie orientale du Caire, a un beau projet en septembre 2022. Nous devons tous à Champollion.

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