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La mosquée d’Al-Imam Al-Chaféi resplendit à nouveau

Nasma Réda, Mercredi, 02 décembre 2020

La mosquée d’Al-Imam Al-Chaféi a ouvert ses portes aux fidèles après des années de fermeture pour restauration. Les travaux ne s’achèveront cependant qu’à la mi-2021.

La mosquée d’Al-Imam Al-Chaféi resplendit à nouveau
Le plafond en bois de l’édifice finement décoré est d’une beauté exceptionnelle.

Sur une superficie de 225 m2, la mosquée d’Al-Imam Al-Chaféi, située dans le quartier cairote d’Al-Khalifa non loin de la Citadelle, a commencé à accueillir ses fidèles. « L’imam Al-Chaféi est connu par son école de jurisprudence répandue en Egypte depuis 814 », a expliqué Mokhtar Gomaa, ministre des Waqfs, lors de son discours à la prière du vendredi consacré à la vie de l’imam Al-Chaféi et à sa doctrine chaféite, l’une des 4 écoles de jurisprudence de l’islam sunnite. « C’est un grand projet qui a été réalisé par l’entreprise Al-Moqaouloun Al-Arab d’un coût de 13 millions de L.E. financés par le ministère des Waqfs », souligne Khaled El-Enany, ministre du Tourisme et des Antiquités, qui assure que tous les travaux de restauration et de réhabilitation sont faits sous la supervision du ministère. « Beaucoup de citoyens avaient l’habitude de prier à la mosquée et honorer la tombe de l’imam. Mais généralement, la plupart des visiteurs sont des oulémas qui suivent l’école chaféite », souligne Gomaa.

La première phase de la rénovation a commencé en mars 2017 par la restauration du dôme sous la supervision du ministère du Tourisme et des Antiquités et avec le financement du fonds américain Ambassadors Fund for Cultural Preservation (AFCP). « Ces travaux de restauration, de nettoyage et de documentation ont coûté 20 millions de L.E. », indique Hicham Samir, assistant du ministre du Tourisme et des Antiquités et chargé des affaires architecturales, qui ajoute que les méthodes les plus modernes ont été employées pour les travaux de cette première phase achevée en 2018. Selon lui, ces interventions se sont limitées à remédier à la dégradation des constructions, à préserver tous les éléments architecturaux et artistiques de l’intérieur et de l’extérieur du dôme et à restaurer la façade. « Quant à la deuxième phase entamée début 2019, les travaux ont été exécutés à 65 % et l’achèvement est prévu autour du 2e semestre de 2021 », souligne-t-il. Néanmoins, des fouilles ont été effectuées parallèlement à celles de la première phase de restauration du dôme et des tombes. « On a découvert les vestiges d’un bâtiment construit sur un mausolée de l’époque fatimide (969-1171), soit avant la construction du dôme. Les travaux de restauration continuent mais la mosquée est ouverte chaque jour pour les cinq prières », souligne Ossama Talaat, chef du secteur des monuments islamiques, coptes et juifs au ministère du Tourisme et des Antiquités.

Histoire d’une mosquée

La mosquée d’Al-Imam Al-Chaféi resplendit à nouveau
Des motifs décoratifs en bon état de conservation ornent le minbar de l’imam Al-Chaféi.

L’histoire de la mosquée est longue. Bien qu’elle ait été édifiée en 1891 par le khédive Mohamad Ali Tawfiq, soit presque 1 000 ans après la mort de l’ima,

plusieurs fondations apparaissent bien plus anciennes. Au décès de l’imam en 820, son corps a été déposé dans une tombe appartenant aux fils d’Ibn Al-Hakam chez qui il vivait depuis son arrivée en Egypte. « Sa tombe se trouve presque au centre de l’actuelle mosquée », souligne Ossama Talaat, ajoutant que les fidèles d’Al-Chaféi ont construit 3 mihrabs auprès de sa tombe pour y prier et enseigner aux étudiants sa doctrine chaféite. C’était en fait le noyau de l’édification de l’actuelle mosquée. « Au fil des années le nombre des étudiants a augmenté, mais la superficie qui leur était consacrée restait la même. Il faudra attendre 371 années avec l’arrivée de Salaheddine Al-Ayoubi en 1171 pour fonder l’école Al-Salhiya qui côtoie la tombe de l’imam. Quand cette école fut en ruines, l’émir Abdel-Rahman Katkhodah construisit une mosquée à sa place en 1763. A l’effondrement de cette dernière, le khédive Tawfiq ordonna sa reconstruction et son agrandissement. Les travaux furent achevés en 1892 », raconte Mohamad Abdel-Latif, ex-chef du secteur des monuments islamiques et ex-assistant du ministre des Antiquités. Bien que plusieurs constructions aient été ajoutées autour de la tombe de l’imam au cours des siècles, les plus importantes demeurent celles faites par Al-Kamel, le fils de Salaheddine Al-Ayoubi. Sa mère a fait bâtir un grand dôme en bois au-dessus de la tombe de l’imam. « Elle voulait par cette construction être inhumée avec son fils Al-Kamel, auprès du vénérable religieux. C’est dans ce but qu’elle a fait édifier une immense coupole en bois recouverte de feuilles de plomb et dont l’architecture était très élaborée pour son époque. Cette réalisation a servi de modèle pour les dômes de plusieurs autres monuments islamiques », explique Abdel-Latif, ajoutant que cette coupole est la première construite en bois en Egypte, ce qui augmente sa valeur architecturale, elle est également surmontée d’un croissant en forme de bateau. « Cette forme symbolise la richesse de la science de l’imam Al-Chaféi. D’après les légendes de l’époque, on y déposait des graines pour les pigeons et les oiseaux », reprend Abdel-Latif. Il est à noter que les sultans ayyoubides, qui ont laissé peu d’édifices religieux, ont placé un coffre en bois finement orné de verre au-dessus de la tombe de l’imam.

Trois autres petites tombes côtoient celle de l’imam. L’une appartenant à l’épouse de Salaheddine, une autre pour son fils Al-Kamel et une troisième qui renferme la dépouille de l’un des proches de l’imam. A la fin du XIXe siècle, la construction de la mosquée au toit en bois témoigne que l’imam Al-Chaféi captait l’esprit des souverains comme celui des citoyens.

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