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Hassan Fahmy : Je doute que le premier essai d’un ingénieur à fonder une pyramide puisse être aussi bien maîtrisé

Nasma Réda, Mardi, 10 mars 2020

Hassan Fahmy, architecte égyptien et professeur à la faculté d’ingénierie de l’Université du Caire, est le plus ancien architecte opérant sur la restauration de la pyramide de Djoser. Entretien.

Hassan Fahmy

Al-Ahram Hebdo : Après plus de 15 ans de travail à Saqqara, que ressentez-vous à l’heure de la réouverture de la pyramide aux visiteurs ?

Hassan Fahmy : C’est un rêve que j’ai tant souhaité voir se réaliser. J’ai passé 17 ans de ma vie à étudier cet édifice et à essayer de déchiffrer le génie de sa construction. Je n’ai guère regretté ce temps, au contraire. Même si tout le monde assure qu’il s’agit du premier édifice pyramidal bâti dans l’Histoire, j’ai des doutes à ce sujet.

— Il existerait, selon vous, d’autres édifices avant celui de Djoser ?

— Je doute que le premier essai d’un ingénieur à fonder une pyramide puisse être aussi bien maîtrisé. C’est un travail très professionnel. Si on parle de la forme extérieure de la pyramide avec ses 6 mastabas, placés les uns sur les autres avec un degré d’inclinaison, sans mentionner leur résistance exceptionnelle durant toutes ces années, cela nécessite un génie ayant une expérience approfondie en architecture. Impossible que cette construction soit son premier essai. Et si l’on parle de l’intérieur de la pyramide, c’est aussi génial que l’extérieur. Il y a un puits funéraire de 28 m de profondeur creusé dans la roche, qui peut être endommagé à cause d’infiltrations d’eau, et qui abrite un lourd sarcophage en granit, avec une dizaine de tunnels, des escaliers et des passages menant à la chambre funéraire. Et pour consolider les murs, l’architecte de la pyramide a placé des panneaux en granit sur lesquels il a inscrit des scènes montrant le roi Djoser.

— Comment Imhotep a-t-il pu arriver à une telle architecture, et qui a résisté toutes ces années ?

— Toutes les mesures ont été prises concernant la résistance aux effets des tremblements de terre et des catastrophes naturelles. Comment donc une telle pyramide peut-elle être la plus ancienne ? Je m’interroge toujours.

— Et quels étaient les principaux défis rencontrés par l’équipe de travail ?

— On a affronté de nombreux défis pendant nos années de travail. Le plus important était de bien étudier les matériaux utilisés pour pouvoir chercher les mêmes, afin de ne pas abîmer les pierres. Les matériaux utilisés sur les parois internes des couloirs sur lesquels sont gravées les scènes montrant le roi Djoser, sont de couleur bleu-roi. Cette couleur a été l’objet d’un différend scientifique. On en est arrivé à la conclusion que ces matériaux étaient fabriqués dans des ateliers sur place, car ceux venant de la région de Sarabit Al-Khadem sont de couleur verdâtre. De plus, l’état des rochers à l’intérieur était déplorable, car ils se sont déplacés de leur emplacement d’origine, on voulait tout simplement les remettre à leur place, ce qui nous a pris beaucoup de temps, et surtout des études approfondies.

— Comment avez-vous ressenti les critiques à l’encontre de la mission en charge des travaux de restauration ?

— Ces critiques ne nous ont jamais arrêtés, car nous étions sûrs de la qualité et de la performance de notre travail. Au contraire, ces critiques nous ont poussés à faire de notre mieux pour achever un travail impeccable. Aussi, ce qui nous a encouragés, c’est l’intérêt accordé par les touristes qui viennent visiter le site pour admirer cet édifice et découvrir la plus ancienne pyramide.

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