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L’aqueduc du vieux Caire retrouve sa splendeur

Nasma Réda, Samedi, 29 février 2020

Les murailles de Magra Al-Oyoun, comprenant le célèbre aqueduc, font partie d'un grand projet de rénovation qui vise à rendre au vieux Caire sa splendeur d’antan. Les travaux sont achevés à 95 %.

L’aqueduc du vieux Caire retrouve sa splendeur

Situées en plein Caire, les murailles de Magra Al-Oyoun — comprenant le célèbre aqueduc —, formées de grandes arches et s’étendant de Fom Al-Khalig, au Vieux-Caire, au quartier de la Citadelle, sont en pleins travaux de restauration. Elles font partie d’un grand projet de transformation de cette région « populaire » en un quartier culturel, touristique et historique. « Un projet ambitieux qui verra prochainement le jour, surtout après que le gouvernorat a enlevé les tanneries qui occupaient une grande partie du mur de Magra Al-Oyoun et a détruit les extensions urbaines en indemnisant les citoyens et en les relogeant dans de nouveaux endroits bien équipés », assure Soheir Konsowa, directrice de la région du Vieux-Caire et de Fostat auprès du ministère du Tourisme et de l’Antiquité.

Bien que la restauration ait commencé en 2005, elle a été interrompue à plusieurs reprises faute de financement ou à cause de la révolution, mais les travaux ont repris en juillet 2019. Le ministère du Tourisme et des Antiquités a entamé la restauration et le réaménagement du site pour le rendre accessible aux visites touristiques, en parallèle aux travaux de développement de toute la région. « C’est un projet très attendu. Depuis le début du XXIe siècle, plusieurs gouvernements ont voulu rendre à cette région sa beauté d’antan, mais toutes les tentatives ont malheureusement échoué », ajoute Konsowa.

Une muraille est située à proximité d’un grand bâtiment qui a servi à acheminer l’eau du Nil vers l’aqueduc et se trouve tout près de Qasr Al-Aïni. Celui-ci renferme six norias (roues à eau), un grand bassin en marbre et des réservoirs d’eau. « Le travail le plus difficile a été d’enlever les ordures qui remplissaient l’entrée et la cour du bâtiment menant aux réservoirs et aux canaux d’eau. L’équipe a aussi fourni un effort énorme pour réassembler les parties détachées des norias en bois et les remettre à leur endroit d’origine », souligne Ahmad Al-Sayed, directeur du chantier.

Ce dernier explique que le défi majeur est de trouver la noria principale du bâtiment, dont on suppose qu’elle est encore ensevelie sous des fondations de différentes époques. « D’après les dessins et les documents des explorateurs et voyageurs, on a pu avoir une image de ce joyau, considéré comme l’un des plus beaux de ce genre en Egypte et dans le monde islamique. On a entouré l’entrée principale du bâtiment, où se trouvent la tour, les norias et les bassins d’eau, par des barreaux en fer. Cet endroit sera accessible avec un billet spécial, dont le prix n’est pas encore défini, aux visiteurs passionnés du Vieux-Caire qui se rendent actuellement presque chaque jour à l’édifice, demandant de monter pour découvrir ce chef-d’oeuvre architectural », déclare Al-Sayed.

La muraille de Salaheddine

L’idée de construire une muraille entourant Le Caire remonte à la période ayyoubide, quand le sultan Salaheddine Al-Ayyoubi (1169-1193) l’a édifiée pour protéger le pays et le siège du gouvernement. La famille ayyoubide obtenait l’eau potable d’un puits portant le nom de Youssef, fils de Salaheddine. Mais avec l’élargissement des bâtiments de la citadelle et le grand nombre de personnes dans cette famille, l’eau du puits a diminué et l’idée de construire un aqueduc pour transporter l’eau du Nil est née. Une muraille a alors été construite près de Fostat, avec un canal d’eau au sommet.

« L’aqueduc est un important monument islamique. C’est un symbole du génie architectural des ouvrages hydrauliques », déclare Hossam Zidane, chercheur d’histoire islamique. L’eau a été extraite au départ des puits, ensuite du Nil, grâce à des norias, et servait à la consommation pour les hommes et les bêtes. Les quantités suffisaient en outre pour l’irrigation des terres agricoles. Au cours de la période mamelouke, la population de la Citadelle est devenue de plus en plus nombreuse, ce qui a poussé le sultan Al-Nassir Mohamad Bin Qalaoun (IXe sultan mamelouk baharite) à étendre les murailles pour augmenter la quantité d’eau arrivant à la citadelle. En 1312, il a ordonné la construction d’une grande tour pour protéger les quatre norias de la zone de Fom Al-Khalig (tout près de la rue Qasr Al-Aïni), sur la rive du Nil. Ces norias permettaient d’élever l’eau jusqu’au canal, qui suit une légère pente pour enfin se connecter au système hydraulique de la Citadelle de Salaheddine.

Le sultan Qaïtbay (règne : 1468-1496) a entrepris d’importants travaux de rénovation de l’ouvrage en 1480, de même que Qansowa Al-Ghouri (règne : 1501-1516), qui a également restauré les norias, dont le nombre a augmenté à six et sur lesquelles il a apposé son emblème. « Depuis lors, l’aqueduc porte le nom d’Al-Ghouri ainsi que celui de Magra Al-Ouyoun », souligne Zidane. Il ajoute que le sultan Al-Ghouri a modernisé le système d’élévation de l’eau, la faisant passer par des canaux dans un grand bassin dans le bâtiment de Fom Al-Khalig. Quand elle atteignait un niveau élevé, les roues des norias commençaient à tourner, faisant couler l’eau dans les aqueducs, où elle circulait jusqu’à la Citadelle. Les murailles, en forme d’arches, mesuraient à l’époque près de 4 km de long. Près du Nil, leur hauteur était de 20 m, hauteur qui diminuait ensuite jusqu’à 3 m. « L’inclinaison permettait l’écoulement continu de l’eau. C’est un système développé à l’époque », indique Al-Sayed.

Nouvelle zone culturelle et commerciale

L’aqueduc est resté en fonction jusqu’à la période ottomane, au XIXe siècle, puis a cessé d’être utilisé sous l’occupation française (1798-1801), lorsque les soldats français ont transformé plusieurs murailles en fortifications et en obturant certaines arches. « Quand le khédive Ismaïl avait réfléchi à bâtir le nouveau Caire, il a changé le siège du gouvernement de la Citadelle au palais Abdine, en 1874 », explique le chercheur d’art islamique. Depuis, les murailles ont souffert sous l’effet notamment de la construction de plusieurs routes et des rails du métro et, surtout, de l’extension de l’agglomération urbaine. « Les murailles étaient dans un état déplorable avant l’intervention du gouvernement », assure Zidane. Il indique qu’en 2005, le Conseil suprême des antiquités a lancé un plan de restauration de la tour des norias et de l’aqueduc, dont la longueur restante est d’environ 3 km. « Les travaux sont quasi terminés, on a restauré presque 2 300 m dans une première phase. Il nous reste les travaux dans la muraille qui s’étend de la rue Salah Salem à la place d’Al-Sayéda Aïcha, face à la Citadelle, qui fait presque 800 m. Mais la muraille sera prête pour les festivités à l’occasion du transport des momies royales du Musée égyptien de la place Tahrir au Musée de la civilisation à Fostat », indique Al-Sayed.

Selon le plan de rénovation, les arches et les murailles seront entourées de jardins, et une zone culturelle et commerciale regroupant des agences de tourisme, des magasins, des banques, des bureaux de change, des salles de théâtre et un cinéma sera mise en place dans une période de 5 ans, pour un coût de 10 milliards de L.E. « Les visiteurs auront la chance d’en savoir un peu plus sur l’histoire de la tannerie en Egypte ainsi que sur d’autres artisanats », souligne Zidane. Et ce n’est pas tout : le plan ambitieux de modernisation de la région de Magra Al-Oyoun et de ses alentours englobera aussi d’autres quartiers historiques et anciens lieux importants, comme le complexe religieux abritant la mosquée de Amr Ibn Al-Ass, l’Eglise suspendue et la synagogue de Ben Ezra.

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