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Mauvaises nouvelles pour les pèlerins

Dalia Farouq, Mardi, 16 juillet 2013

Les mesures annoncées par l’Arabie saoudite visant à restreindre le nombre de pèlerins en 2013 (en raison de l’agrandissement du plateau de la mosquée de La Mecque) ont été mal accueillies en Egypte tant par les pèlerins que par les agences de voyages.

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(Photos: Reuters)

Malgré la crise politique qui sévit en Egypte, beaucoup d’Egyptiens tenaient à faire le pèle­rinage de La Mecque cette année. Mais ceux qui voulaient se rendre au pèle­rinage cette année ont été confrontés à un grand problème. L’Arabie saou­dite a décidé cette année de réduire le nombre de fidèles autorisés à effectuer le grand pèlerinage qui aura lieu dé­but octobre. Plusieurs mesures ont été annoncées par les autorités saou­diennes dont les plus importantes sont la réduction de la durée de validité des visas et la réduction de 20 % des quo­tas de pèlerins venant des quatre coins du monde. En effet, le ministre saou­dien du Hadj, Bandar Hajar, cité par l’agence de presse saoudienne Spa, a annoncé dimanche une réduction de 20 % du nombre de pèlerins étrangers et de 50 % pour les fidèles à l’intérieur du Royaume. « Cette décision est ex­ceptionnelle et temporaire », a tenté de rassurer le responsable saoudien. Les autorités saoudiennes justifient cette décision par les gros travaux d’extension de la mosquée de La Mecque. Selon le ministre, il y a des craintes que la mosquée, qui accueille plus de 2 millions de musulmans par an, soit encombrée. Pour les autorités saoudiennes, ces travaux sont néces­saires pour améliorer les conditions de séjour des pèlerins mais surtout pour augmenter les capacités d’accueil de La Mecque. En effet, les travaux d’ex­tension en cours devraient permettre d’ajouter 400 000 m2 et porter la ca­pacité d’accueil du site à 3,2 millions de personnes, rassemblées en même temps. Rappelons que l’esplanade de la grande mosquée de La Mecque s’étend sur 368 000 m2 et que quelque 3,1 millions de fidèles avaient effectué le pèlerinage en 2012, ce qui causait des problèmes d’encombrement et des accidents. Un chiffre qui est appelé à augmenter de manière substantielle durant les prochaines années.

Selon Bassel Al-Sissi, membre de la Chambre des agences de voyages, les modalités de cette réduction n’ont toujours pas été clarifiées par les au­torités saoudiennes, ce qui va causer un autre problème concernant les moyens de remboursement des frais en cas d’annulation des voyages de pèlerinage. Cette décision va causer en effet un double problème pour les agences qui redoutent des conflits avec les pèlerins, qui très souvent ont économisé toute leur vie pour pouvoir s’offrir ce voyage. « En outre, pour se rendre à La Mecque, les pèlerins doivent passer par des agences de voyages saoudiennes. Ainsi les voya­gistes spécialisés en Egypte ont déjà signé des contrats avec ces agences et leur ont payé des sommes pour réser­ver le transport et l’hébergement lors du pèlerinage. Comment donc va-t-on retirer ces sommes ? », se lamente Al-Sissi. Il y a non seulement un pro­blème d’annulation du hadj mais aussi des difficultés de remboursement des sommes payées. Beaucoup d’Egyp­tiens seront-ils obligés de remettre leur pèlerinage pour l’année pro­chaine ? Une question à laquelle les jours à venir pourront répondre.

La plupart des pays organisent déjà des tirages au sort pour désigner les heureux élus au pèlerinage. « En Egypte, par exemple, ce tirage a déjà eu lieu il y a deux mois. Les élus ont commencé déjà à se préparer pour ce voyage spirituel. Demander à des croyants de reporter un pèlerinage, l’un des cinq piliers de l’islam, ou de l’annuler n’est pas du tout une chose facile », explique Nasser Tork, président du comité du tourisme religieux à la Chambre des agences de voyages égyptiennes. Le quota actuel de l’Egypte pour le pèlerinage est de 80 000 visas et devrait se situer autour de 64 000 après la réduction. « Il y a plus de 10 000 visas accordés à titre de complaisance par le consulat saoudien en Egypte aux différentes organisations et différents individus. Ce sont ces visas qui doivent être interdits sans toucher au quota des agences de voyages qui organisent plus de 37 000 voyages ou celui du ministère de l’Intérieur », conclut Tork .

Le coronavirus menace le pèlerinage

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Les autorités saoudiennes invitent depuis plusieurs jours avec insistance les musulmans à reporter à l’année prochaine leur pèlerinage, hadj et omra. Non seulement à cause de l’élargissement de l’esplanade de la mosquée sacrée à La Mecque, mais encore plus à cause de la propagation du virus Corona. En effet, l’Arabie saoudite est le foyer principal du coronavirus MERS qui, à ce jour, a fait 32 morts dans le seul Royaume. L’Arabie saoudite a confirmé 49 cas dans le Royaume dont 32 décès. Avec l’approche de la omra et du hadj, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) s’inquiète des risques de propagation du syndrome respiratoire Corona, sachant que l’Arabie saoudite est de loin le pays le plus touché par le virus. Il n’existe pas actuellement de traitement efficace contre le nouveau coronavirus. En l’absence d’un vaccin contre le coronavirus, les pèlerins seront vaccinés contre la méningite et la grippe saisonnière. Alors que le mystère n’a toujours pas été levé sur l’origine de la flambée épidemique due au coronavirus, l’OMS n’a donné aucune consigne aux pèlerins. « Pour le moment, l’OMS n’a pas recommandé de ne pas faire de voyage en Arabie saoudite », déclare Gregory Härtl, porte-parole de l’OMS. Et d’ajouter : « Il y a beaucoup d’informations qui manquent, notamment sur la transmission du virus » .

La durée des visas pour la omra réduite

Les personnes qui souhaitent faire la omra (petit pèlerinage) sont, elles aussi, confrontées à un problème. La durée du visa sera réduite à 15 jours au lieu d’un mois. Cette mesure pose problème pour les agences de voyages qui ont déjà réservé les billets d’avion, les lieux d’hébergement et les moyens de transport. « Pourquoi les autorités en Arabie saoudite ont mis autant de temps pour annoncer ces nouvelles mesures même si elles sont logiques pour éviter les encombrements et les accidents que ce soit pendant la omra ou le hadj ? », se demande Ihab Abdel-Al, voyagiste spécialisé dans le tourisme religieux. Pour sa part, le ministère saoudien du Hadj se défend en affirmant dans une circulaire que la durée des visas n’est pas de 15 jours mais d’un mois. C’est le délai maximum au-delà duquel le pèlerin doit partir, qui est de 15 jours, ce qui signifie qu’une fois le visa délivré, le pèlerin aura quinze jours pour se rendre en Arabie saoudite. En revanche, la durée du séjour ne change pas, elle demeure de trente jours. Mais ces explications n’ont pas convaincu les agences de voyages qui sont en colère de même que les pèlerins qui prévoyaient de passer le mois du Ramadan à La Mecque ou à Médine .

Le tourisme religieux constitue la deuxième source de revenu pour l’Arabie saoudite après le pétrole. Les revenus annuels du tourisme religieux ont augmenté en 2012 de 10 % par rapport à 2011. Ils sont estimés à 50 milliards de dollars. Et l’avenir est plutôt encourageant, puisqu’en 2050 la population musulmane mondiale devrait atteindre les 2,5 milliards de personnes.

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