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En quête des papyri ignorés

Doaa Elhami, Mardi, 25 septembre 2012

Le prix d’Estime de l’Etat a été décerné à Saïd Maghawry pour son essai sur Les Papyri arabes en Egypte islamique. Cette œuvre d’une importance historique capitale est remise à l’honneur aujourd’hui, dans l’espoir de dynamiser l’étude des antiquités islamiques.

Modeste à première vue, l’ouvrage publié pour la première fois en 1996 s’est cependant attiré un nombre considérable de lecteurs au fil des quinze dernières années. Déjà réédité dès 1998, il a franchi les frontières égyptiennes pour se répandre dans les pays du Moyen-Orient en 2004, lors de sa troisième édition, et a valu récemment au professeur Saïd Maghawry, expert en antiquités islamiques et actuel doyen de la faculté du tourisme à l’Université de Ménoufiya, le prix d’Estime de l’Etat.

L’Egypte est connue pour ses papyri pharaoniques et gréco-romains. Pourtant, les papyri arabes qui ont commencé à apparaître à partir de l'arrivée de Amr Ibn Al-As sont peu connus. Malheureusement peu étudiés par les experts égyptiens en archéologie islamique malgré leur importance majeure, ils ont cependant attiré l’attention de nombre d’Orientalistes, à l’instar des professeurs Adolf Grohmann, Carl Henry Bakr et David Samuel Margoliouth. Les Papyri arabes en Egypte islamique vient combler cette lacune, comme l’explique Saïd Maghawry : « Ce sont des documents d’une valeur historique et archéologique inestimable parce qu’ils constituent un témoignage précis de l’Etat égyptien à l’époque de leur rédaction ».

L’auteur répartit les papyri arabes en trois groupes principaux et se concentre sur ceux sortis illégalement du territoire égyptien, du XVIIIesiècle jusqu’à la première moitié du XXesiècle, et dont la plupart sont actuellement conservés dans des musées européens et américains.

Dans le premier groupe sont rassemblés les papyri sortis des registres de l’Etat islamique : ils retracent les politiques de l’Etat ainsi que l’organisation du travail au sein de ses diverses administrations. On y trouve par exemple les relevés d’impôts prélevés dans les villages égyptiens pour le ravitaillement des troupes islamiques.

Les papyri du deuxième groupe relatent les conquêtes du prophète Mohamad et ses récits, sans oublier les biographies des amis du prophète. Ils renferment aussi des prescriptions médicales qui, selon l’auteur, sont directement héritées de l’époque pharaonique. Les papyri du troisième et dernier groupe sont des contrats de mariage, de vente, d’achat, mais aussi des reçus de dettes, des missives de réunions de conciliation, ainsi que les listes des ouvriers, des artisans et des industries. En résumé, ils documentent la vie quotidienne dans tous ses aspects.

L’auteur met, en outre, en exergue le plus ancien papyrus arabe jamais découvert, et qui fait partie de la fameuse collection de l’archiduc Rainer conservée dans la Bibliothèque nationale d’Autriche à Vienne. Datant du règne de l’émir Omar Ibn Al-Khattab, (précisément an 22 de l’hégire, soit en 642 ), c’est un reçu d’obtention de 65 brebis destinées à nourrir les troupes musulmanes, qui est rédigé en deux langues : le grec et l’arabe. C’est cette particularité qui témoigne que l’arabe, bien que langue officielle de l’Etat musulman, n’était pas encore dominant en Egypte à l’époque qui rend ce papyrus si précieux.

L’ouvrage est richement illustré d’exemples accompagnés de leur traduction, et on y trouve en annexe une carte indiquant les régions où ont été découverts le plus de papyri arabes : de Tanta en Basse-Egypte à Assouan en Haute-Egypte.

Enfin, mettant l’accent sur le traitement des papyri arabes et la nécessité de leur restauration et préservation, l’auteur encourage les étudiants égyptiens à s’intéresser à cette branche des antiquités islamiques tombée trop longtemps dans l’oubli. Une initiative modeste mais capitale pour la connaissance de l’histoire égyptienne l

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