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Les secrets de l’église de l’Archange Michaël

Doaa Elhami, Mardi, 18 août 2015

La récente restauration de l'église de l'Archange Michaël, à Kafr Al-Deir dans le gouvernorat de Charqiya, a révélé qu'elle était plus ancienne que l'on croyait.

Les secrets de l’église de l’Archange Michaël
Les rayons du soleil tombent en perpendiculaire sur l'autel de l'Archange Michaël, le 19 juin, jour de sa fête. (Photo : Doaa Elhami)

Dans le gouvernorat de Charqiya, à quelques 65 km au nord-est du Caire, à Kafr Al-Deir, se dresse majestueusement l’église antique de l’Archange Michaël. A première vue, l’église ne paraît pas très ancienne. La muraille externe, la cour et même les bancs sont modernes. « La muraille et la cour ont été annexées à l’église pour l’élargir », explique l’architecte Magdi Faltaous Gobrial, membre de l’équipe qui a restauré l’église. Il suffit de gravir deux marches d’escalier pour remonter plusieurs siècles dans le temps. Le style architectural, les ornements fins et même les murs et les matériaux témoignent d’une époque assez ancienne, peut-être le IXe siècle. « Jusqu’à aujourd’hui, la date exacte de la construction de cette église est inconnue. Les travaux de restauration ont révélé que certains éléments de l’église sont plus anciens que l’on croyait », affirme Atef Awad, expert en architecture chrétienne. Avis partagé par l’expert en archéologie chrétienne et islamique auprès du ministère des Antiquités, Nasser Osman, qui affirme : « Seul l’autel central, celui de l’archange Michaël, datant de 1537, est inscrit comme monument dans les registres du ministère ».

Les secrets de l’église de l’Archange Michaël
Après la restauration. (Photo : Doaa Elhami)

Au début de l’année 2014, les responsables de l’église constatent des traces d’humidité sur les murs et font appel à Magdi Gobrial, qui possède une entreprise de revêtements isolants pour protéger les murs de l’eau et de l’humidité. Des travaux de restauration sont alors effectués. Les restaurateurs remarquent durant les travaux des traces de briques cuites extrêmement anciennes dans les murs de l’église. Le ministère des Antiquités est prévenu, et une équipe d’experts se rend sur les lieux. Ils découvrent que les coupoles et les murs des autels de Saint-Georges, de l’Archange Michaël et de la Vierge Marie sont tous bâtis en briques cuites très anciennes. L’église est donc beaucoup plus ancienne que l’on croyait. Le constructeur de l’église a orné l’intérieur des coupoles de dessins en poudre de brique (des croix et des astres). « Ces ornements ne sont pas des reliefs. Ils font partie des murs », explique l’architecte Magdi Faltaous Gobrial.

Sur les ruines d’un temple pharaonique

A quelle époque remonte l’église ? D’après les archéologues, la région de Kafr Al-Deir, qui signifie en français « le village du monastère », remonte à la période pharaonique. « Dans les années 1980, nous avions trouvé dans cette région une table d’offrandes, un récipient de purification et une stèle du roi Chichonq de la XXIIe dynastie », se souvient l’ex-inspecteur de la région, Magdi Salib. Pour lui, l’église de l’Archange Michaël a été bâtie sur les vestiges d’un ancien temple pharaonique. D’ailleurs, le puits qui fournissait l’eau potable à l’église comprend trois niveaux. Le premier remonte à l’époque pharaonique, le deuxième à l’ère copte, antérieure à la construction de l’église, et le troisième est contemporain à l’église. Cela tend à montrer que l’actuelle église a été bâtie sur les vestiges d’un ancien monastère, qui, à son tour, a été bâti sur les vestiges d’un temple pharaonique, datant de la Basse Epoque, notamment la XXIIe dynastie. « Les experts étudient en ce moment un manuscrit du monastère de Souriane à Wadi Al-Natroun, attestant que le terrain sur lequel est construite l’église est dédié à l’archange Michaël », commente Magdi Salib. Le coptologue Atef Awad affirme que les monastères désertiques, notamment ceux de Wadi Al-Natroun, possédaient autrefois des terrains cultivés près du fleuve. « Sur ces terrains on a bâti des monastères au service des citoyens. Le monastère de Kafr Al-Deir fait partie de ces monastères de service qui dépendaient du monastère de Baramos, l’un des plus célèbres de Wadi Al-Natroun », commente l’expert. Le monastère abritait des personnes âgées, des enfants et des veuves, et accueillait les enfants de hauts fonctionnaires qui voulaient entrer dans la vie monastique.

Des voûtes et des coupoles

Les secrets de l’église de l’Archange Michaël
Avant la restauration. (Photo : L'église de l'Archange Michaël)

Pour Awad, le style architectural de l’église et le monastère qui l’a précédée est très similaire à celui des monastères de Wadi Al-Natroun. Il est basé sur les voûtes et les coupoles. « Il y a cependant une petite différence. Dans les monastères désertiques, on utilisait la pierre comme matériau de construction, tandis que dans les églises du Delta on utilisait la brique cuite », reprend l’expert. En effet, la brique cuite est un matériau local, facile à utiliser et qui absorbe l’humidité très caractéristique du climat du Delta. Ce style architectural s’est répandu après l’époque de Amr Ibn Al-As. A cette époque, le marbre, importé de Rome pour être sculpté en colonnes, était devenu rare et cher. Les architectes égyptiens se sont alors servis de matériaux locaux, et de certains blocs de pierre tombés des bâtiments à cause des tremblements de terre. Il est probable que l’église de l’Archange Michaël ait été bâtie au cours de l’époque qui a suivi le VIIe siècle. « Il nous faut des recherches plus poussées pour déterminer la date de construction de l’église », reprend l’expert Atef Awad.

La restauration de l’église n’a pas seulement révélé son ancienneté, mais a aussi permis de dévoiler certaines de ses caractéristiques. Les experts ont en effet constaté que chaque autel comprenait une ouverture rectangulaire qui était fermée par les anciens ermites. Les archéologues ont ouvert ces petites fenêtres. Ils ont découvert qu’elles permettaient aux rayons du soleil d’illuminer l’autel de chaque saint durant sa fête.

Le 1er mai, l’autel de Saint-Georges est illuminé, le 19 juin, fête de l’Archange Michaël, les rayons du soleil tombent sur son autel et le 22 août, l’autel de la Vierge est à son tour éclairé. La durée de cette illumination est de 120 minutes. « Cette durée dépendait de l’emplacement de l’ouverture », commente Atef Awad. D’après lui, ce phénomène était répandu à l’époque pharaonique. L’époque de la construction de l’église est connue pour être l’époque de la renaissance de l’architecture copte. On rencontre ce phénomène astronomique dans les églises de cette époque. Le cas de l’église de l’Archange Michaël et ses phénomènes astronomiques seront discutés au cours d’une conférence organisée par l’Observatoire astronomique ce mercredi à Hélouan.

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