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L’Egypte rééquilibre ses échanges

Marwa Hussein, Mardi, 09 octobre 2018

Le déficit de la balance des transactions courantes a considérablement baissé au cours de l’année financière 2017-2018. Une baisse due notamment à la hausse des revenus du tourisme et des transferts des Egyptiens vivant à l’étranger. Explications.

L’Egypte rééquilibre ses échanges
Les revenus du tourisme ont augmenté de 66 % en un an. (Photo : AFP)

Le déficit de la balance des transactions courantes a diminué de 58,6 % au cours de l’année financière 2017- 2018, qui s’est terminée en juin.

Le déficit se chiffre à 6 milliards de dollars, a annoncé la Banque Centrale d’Egypte (BCE). La balance des transactions courantes regroupe les échanges de marchandises, de services, les flux de revenus et les transferts courants entre l’Egypte et l’étranger. La baisse du déficit est surtout la conséquence de la hausse des revenus du tourisme et des transferts de fonds des Egyptiens vivant à l’étranger. Les revenus du tourisme ont augmenté de 66 % en un an. Le bilan des services s’est également amélioré grâce à une légère hausse des recettes du Canal de Suez, qui ont atteint 1,5 milliard de dollars au 4e trimestre de l’exercice financier 2017-2018, contre 1,4 milliard pour chacun des 3 trimestres précédents. Les transferts effectués par les Egyptiens travaillant à l’étranger ont augmenté de 21 % sur l’année, pour enregistrer 26,4 milliards de dollars, contre 21,8 milliards l’année précédente. La BCE a attribué à la baisse du déficit due à l’impact de la libéralisation des taux de change.

L’Egypte a procédé au flottement de la livre égyptienne fin 2016 dans le cadre d’un programme de réformes économiques soutenu par le FMI. Le flottement de la livre explique en grande partie la hausse des transferts de fonds. Avant le flottement, les transferts avaient considérablement baissé à cause de la différence énorme entre le taux de change officiel et celui du marché noir, qui avait prospéré à l’époque.

« Il était courant que les conversions de monnaies se soient faites hors des banques égyptiennes. Par exemple, un Egyptien qui vivait en Arabie saoudite donnait à un collègue qui se rendait en Egypte les dollars qu’il voulait faire parvenir à sa famille, et celui-ci donnait à la famille en question la somme équivalente en livres égyptiennes selon le prix sur le marché noir », explique Esraa Ahmed, analyste économique auprès de Shuaa Capital.

La dépréciation de la livre égyptienne a en outre encouragé des Egyptiens vivant à l’étranger ainsi que des étrangers à investir dans l’immobilier et l’achat de biens en Egypte. « C’est un phénomène commun à tous les pays qui connaissent une dévaluation : l’immobilier devient un moyen attrayant pour garder la valeur de son argent. Le prix des biens baisse considérablement en devises étrangères », indique Esraa Ahmed.

« La régression du déficit des transactions courantes est due aux réformes économiques et à la libéralisation du taux de change, qui ont remédié aux déséquilibres existants », dit Mohamad Abou- Basha, économiste auprès de la banque d’investissement EFGHermes. Ce dernier s’attend à ce que la balance des transactions courantes soit stable grâce à la reprise du tourisme et de la baisse des importations de gaz, à moins que la hausse des cours du pétrole ne vienne contrecarrer cet effet. Le ministre du Pétrole, Tareq Al-Molla, a annoncé la semaine passée que l’Egypte n’importerait plus de Gaz Naturel Liquéfié (GNL), permettant ainsi au gouvernement d’économiser les 3 milliards de L.E. allouées chaque année pour répondre à la demande locale. Cela est possible en premier lieu grâce au gisement de gaz de Zohr, dont la production a débuté en décembre 2017. Zohr, avec ses réserves de plus de 30 000 milliards de pieds cubes, fait partie des plus grands gisements de gaz découverts jusqu’à présent en Méditerranée.

Quant aux revenus du tourisme, ils n’ont pas encore atteint leur potentiel d’avant-la révolution du 25 janvier 2011, comme le rappelle Esraa Ahmed. Cela augmente d’autant plus la marge de progression des transactions courantes sur les court et moyen termes. « Les indicateurs vont continuer de s’améliorer au cours des quelques prochaines années. Pour une amélioration solide, il faut améliorer la balance commerciale, mais cela nécessite des réformes structurelles de l’industrie égyptienne, ce qui prendra plus de temps », estime Esraa Ahmed. Elle ajoute que de manière générale, l’Egypte possède des capacités dans le domaine des services, mais que des facteurs étrangers peuvent avoir des influences, comme par exemple la dévaluation de la lire turque, qui fait de la Turquie une destination également peu chère pour les touristes qui veulent visiter le Moyen-Orient.

Excédent de la balance des paiements

L’Egypte rééquilibre ses échanges
La dépréciation a encouragé les Egyptiens à l’étranger à investir dans l’immobilier en Egypte. (Photo : Reuters)

Si la balance des services s’améliore, le déficit de la balance commerciale s’est, quant à lui, élargi à 37,3 milliards de dollars, alors qu’il était de 35,4 milliards en 2016- 2017. « Le seul indicateur négatif des transactions courantes est celui du déficit commercial, mais c’est un problème chronique dû à des problèmes structurels de l’économie égyptienne », souligne Esraa Ahmed.

Elle rappelle qu’entre 2011-2012 et 2013-2014, le déficit de la balance commerciale avait augmenté de façon très notable et que la hausse actuelle du déficit commercial est bien inférieure à cette période. « Les importations ont diminué pendant deux trimestres suite à la dépréciation de la livre, mais elles ont repris, car beaucoup d’entre elles sont non flexibles, comme celles des produits alimentaires, notamment le blé, ainsi que celles des matières premières et des équipements nécessaires pour la production », explique-t-elle. Il s’agit d’un dilemme persistant de l’économie égyptienne. D’une part, le pays est un net importateur de produits alimentaires, de l’autre, l’industrie égyptienne dépend de l’importation de matières premières et d’équipements. C’est pourquoi la dépréciation de la livre n’a pas mené à une hausse importante des exportations.

Plus globalement, la balance des paiements, qui regroupe le compte des transactions courantes, le compte capital et, enfin, le compte financier, a connu un excédent de 12,8 milliards de dollars, contre 13,7 milliards un an auparavant, indique la BCE. Cette légère baisse peut être attribuée à la baisse des Investissements Directs Etrangers (IDE) pour l’exercice 2017-2018, qui se sont élevés à 7,7 milliards de dollars, dont 4,5 milliards dans le secteur pétrolier, a précisé la BCE. Le chiffre net des IDE était de 7,9 milliards de dollars en 2016-2017.

Les investissements de portefeuille ont également ralenti pour atteindre une entrée nette de 12,1 milliards de dollars, contre 16 milliards en 2016-2017, en raison principalement de la baisse des investissements étrangers dans les bons du Trésor. « Il est normal que les investissements de portefeuille baissent, cela ne peut pas augmenter en permanence. L’Egypte a fait des offres attrayantes, ce qui a attiré les investissements de portefeuille, mais ces investisseurs vont aussi saisir d’autres opportunités ailleurs », a conclu Esraa Ahmed.

Selon Abou-Basha, la baisse de l’excédent de la balance des paiements était prévue et n’est pas surprenante. Elle est due à l’arrivée de la date d’échéance de plusieurs dettes en plus de la baisse de la valeur des eurobonds.

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