Mercredi, 26 juin 2024
Al-Ahram Hebdo > Economie >

Le bitcoin inquiète

Gilane Magdi, Mardi, 16 janvier 2018

La Banque Centrale d’Egypte (BCE) et le grand mufti mettent en garde contre les dangers liés aux monnaies virtuelles, notamment le bitcoin. Alors que certains pays ont déjà interdit les crypto-monnaies, des voix s'élèvent en Egypte pour exiger une démarche similaire.

Le bitcoin inquiète
Les cours du bitcoin se sont envolés atteignant 18 000 dollars fin décembre. (Photo : Reuters)

Au moment où certains pays pénalisent l’échange et même la détention de monnaies virtuelles numériques — dont le bitcoin est la plus connue—, les autorités égyptiennes se limitent à mettre en garde contre les dangers de ces devises. La semaine dernière, la Banque Centrale d’Egypte (BCE) a publié un communiqué de presse dans lequel elle renouvelle son avertissement relatif aux grands risques d’échange des monnaies virtuelles tel le bitcoin. « Ces monnaies se caractérisent par l’instabilité et la volatilité de leurs cours de change, dues à des opérations de spéculation internationales incontrôlables. C’est pourquoi nous rappelons que l’investissement dans ces monnaies est trop risqué », dit le communiqué, qui souligne également que ni le bitcoin, ni les autres monnaies virtuelles ne sont des devises émises par une banque centrale ou une autorité officielle centrale. « Ainsi, elles ne sont ni soumises au contrôle d’une autorité de surveillance mondiale, ni pourvues de la garantie gouvernementale et du soutien dont bénéficient les monnaies officielles émises par les banques centrales », avertit le communiqué.

La publication de ce dernier intervient dix jours après l’interdiction de l’échange du bitcoin par le grand mufti d’Egypte. Le 1er janvier, celui-ci a officialisé sa position sur le bitcoin par le biais d’une fatwa (avis juridique découlant de l’interprétation des textes sacrés islamiques). « L’utilisation des crypto-monnaies est illicite, car elle pourrait nuire à la sécurité sociale et économique de l’Egypte. Elle relève des jeux de hasard, interdits par la loi islamique en raison des dommages financiers directs causés aux personnes et aux institutions qui les utilisent », a noté le responsable religieux.

La publication de ces deux communiqués constitue toutefois un pas insuffisant pour la plupart des experts et des membres du parlement. « Ce n’est pas suffisant, il faut discuter ce sujet au sein de la commission économique, afin de prendre les mesures convenables », souligne un député parlementaire qui a requis l’anonymat, ajoutant que le bitcoin peut avoir des répercussions sur l’Egypte, puisqu’il est susceptible d’être utilisé pour financer le trafic de drogue ou le terrorisme. « A ce propos, la BCE doit nous dire si le bitcoin est un moyen de transfert des capitaux vers l’extérieur du pays. L’absence de contrôle sur le commerce électronique peut entraîner une augmentation des fuites de capitaux en dollars », avertit le député.

Le bitcoin est une monnaie virtuelle numérique (voir encadré). Les cours de cette devise se sont envolés en 2017 pour atteindre 18000 dollars l’unité à la fin du mois de décembre, contre 1000 dollars au début de l’année. Ce qui rend l’investissement très attrayant pour ceux qui cherchent la richesse rapide en Egypte et partout dans le monde. Si, jusqu’à présent, il n’existe pas de chiffres officiels sur le montant des échanges avec cette devise en Egypte, l’envolée des cours prouve qu’il y a une forte demande de la part des investisseurs. « En un seul jour, j’ai gagné 700 dollars », déclare Hani Tawfiq, président de l’Union arabe pour l’investissement direct, racontant son expérience avec le bitcoin. « J’ai acheté des bitcoins à 9000 dollars pour les revendre le lendemain à 9700 dollars. J’ai pour cela consulté l’un des sites d’échange de cette monnaie sur Internet pour connaître le mécanisme, puis j’ai transféré le montant via une carte de paiement électronique. Mais malheureusement, l’investisseur qui achète ce type de devise s’engage dans une route sombre sans fin », avertit Hani Tawfiq. Il précise que la cupidité et la volonté de gagner de grands montants d’argent sans travailler expliquent la forte demande sur cette devise. « Bien que les détenteurs de bitcoin puissent réaliser de grands profits, ils peuvent aussi tout perdre d’un seul coup », dit-il.

Au vu de ces risques, les autorités égyptiennes doivent, selon les experts, prendre des mesures strictes pour pénaliser les échanges avec ces monnaies. « Il est probable qu’une législation interdisant l’échange de ce type de monnaie en Egypte soit émise, mais la consultation de la BCE est nécessaire pour cela », indique le député parlementaire préférant l’anonymat. Il invite les membres de la commission économique au sein du parlement à tenir une réunion avec des représentants de la BCE et du ministère des Finances, afin d’étudier les répercussions de cette question sur l’économie.

Sanctions pénales

Si les responsables égyptiens se limitent pour l’instant à mettre en garde le public contre les dangers des monnaies virtuelles sans prendre de mesures tangibles, d’autres pays ont réagi différemment. Le Maroc se trouve ainsi parmi les pays pionniers en matière d’interdiction formelle des crypto-monnaies, notamment du bitcoin. En novembre dernier, l’Office national marocain des changes a ainsi annoncé l’interdiction des transactions en monnaie virtuelle. Cette décision est justifiée, selon l’institution, par le fait que les monnaies virtuelles ne portent la signature d’aucun Etat ou d’aucune institution et ne sont régies par aucune banque centrale. De ce fait, leur utilisation implique d’importants risques.

De même, l’Office national considère les transactions effectuées via des monnaies virtuelles comme une infraction légale passible de sanctions et d’amendes. Le droit pénal marocain prévoit jusqu’à cinq ans d’emprisonnement et 500 à 20000 dirhams (44 à 1767 euros) d’amende en cas de fabrication, d’émission, de distribution, de vente ou d’introduction, sur le territoire du Royaume, de « signes monétaires ayant pour objet de suppléer ou de remplacer les monnaies ayant cours légal ». Les autorités algériennes ont franchi le même pas en interdisant l’achat, l’échange et la vente de bitcoin. Une nouvelle loi financière, promulguée en janvier 2018, stipule ainsi qu’il est « interdit d’acheter, d’utiliser ou de détenir des bitcoins. Toute violation de cette disposition sera sanctionnée conformément aux lois et règlements en vigueur ».

Certains autres pays ont interdit partiellement le bitcoin, limitant son utilisation à l’échange électronique, sans en faire une monnaie convertible en leurs monnaies nationales. A titre d’exemple, Taïwan, pays dans lequel la Commission de surveillance financière (FSC) a bloqué les efforts visant à installer des guichets automatiques de bitcoin et a restreint son utilisation comme monnaie alternative.

Qu’est-ce que le bitcoin ?

Le bitcoin est, d’une part, une monnaie virtuelle numérique et, d’autre part, un système de paiement. Il a été lancé par une personne sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto en 2008. En 2012, d’après la Banque Centrale européenne, il s’agissait du schéma de monnaie virtuelle le plus abouti et le plus répandu, mais aussi le plus controversé. La Banque Centrale européenne considère, par ailleurs, le bitcoin comme une commodité et non comme une monnaie. Le bitcoin est aujourd’hui la monnaie numérique la plus connue, avec une capitalisation supérieure à 200 milliards de dollars (début décembre 2017).
En tant que moyen de paiement, le bitcoin est accepté par un nombre croissant de commerçants, incités par les frais de transaction généralement inférieurs aux 2 à 3 %, pratiqués par les organismes de cartes de crédit, indépendamment du montant de la transaction. Une transaction en bitcoin est irrévocable. Un rapport publié le mois dernier par la BBC indique que l’émission de cette devise est limitée à 21 millions d’unités. Aujourd’hui, 16,5 millions d’unités sont en circulation à l’échelle mondiale
Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique