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Canal de Suez : Du temps gagné pour le passage des navirs

Marwa Hussein, Lundi, 29 février 2016

Le gouvernement vient d'inaugurer un canal latéral de 9,5 km au nord du Canal de Suez pour faciliter son accès aux navires. Les retombées financières se feront toutefois attendre. Explications.

Canal de Suez : Du temps gagné pour le passage des navirs
Le Nouveau Canal latéral offre un accès permanent aux navires à destination de l'Est de Port-Saïd. (Photo:Mohamad Adel)

Le Canal latéral reliant la Méditerranée au nord du Canal de Suez, à l’est de Port-Saïd, est officielle­ment inauguré. Ce nouveau passage maritime de 9,5 km dessert le quai du Suez Canal Container Terminal (SCCT), géré par le groupe danois Maersk. Ce canal va épargner aux navires de longues heures d’attente, variant entre 8 et 10 heures, en fonc­tion de l’heure à laquelle ils arrivent. Les navires à destination du SCCT devaient attendre les convois traver­sant le Canal de Suez. « Le Nouveau Canal offre un accès 24/24 et 7/7 au quai du SCCT et augmente la capa­cité de navigation », dit à l’Hebdo Jan Buijze, directeur général du SCCT.

Le premier ministre, Chérif Ismaïl, et le président de l’Autorité publique du Canal de Suez, Mohab Mamich, ont assisté à la cérémonie d’inaugura­tion du Nouveau Canal, le 24 février, au cours de laquelle le navire CMA CGM RACINE a été le premier à le traverser. « Le Nouveau Canal latéral permettra d’augmenter le produit national et les revenus en devises étrangères de 130 millions de dollars par an », s’est félicité Mohab Mamich, après l’inauguration, en ajoutant que le nouveau passage maritime va plus que doubler le nombre de conteneurs pénétrant dans le port, le faisant passer à 8 millions par an contre 3 à 4 millions seulement aujourd’hui.

Cependant, ces promesses juteuses ne sont pas attendues de sitôt, au regard de la conjoncture actuelle dif­ficile pour le commerce internatio­nal. « Nous ne prévoyons pas d’aug­mentation du nombre de navires dans le SCCT tout de suite étant donné la situation de l’économie mondiale. Mais quand le nombre de navires traversant le canal augmentera, cela se reflétera sur le chiffre d’affaires du SCCT », dit Buijze.

Le trafic sur le Canal de Suez a été affecté par le ralentissement écono­mique, mais aussi par la baisse spec­taculaire des prix du pétrole. A près de 30 dollars le baril, il devient plus économique pour les centaines de navires de passer par la longue route du Cap de Bonne-Espérance, échap­pant aux prix du Canal de Suez, ainsi que celui de Panama, selon une récente étude de Seaintel Maritime Analysis, fournisseur de renseigne­ments pour l’industrie de transport maritime de conteneurs. L’étude mentionne qu’avec les nouveaux prix du pétrole et la route au large de l’Afrique de Sud, les navires pour­raient économiser 235 000 dollars par voyage. Pour rester compétitif, le Canal de Suez devrait diminuer ses tarifs de passage de 50 %, et de 30 % pour le Canal de Panama, selon Seaintel.

Répartition des coûts
Le creusement du canal menant au quai du SCCT est le résultat de lon­gues négociations entre le gouverne­ment et l’entreprise, pour la réparti­tion des coûts. L’entreprise a finale­ment payé 15 millions de dollars alors que le gouvernement a assumé le reste des 36 millions de dollars. Le gouvernement avait initialement estimé les frais de creusement à 100 millions de dollars et voulait que le SCCT augmente sa participation. « La baisse actuelle des frais totaux a fait que toutes les parties sont satisfaites », note Jan Buijze. « Le coût a baissé car nous avons utilisé des dragueurs qui ont creusé le Nouveau Canal de Suez, qui sont toujours sur place », explique une source de l’Autorité du Canal de Suez ayant requis l’anonymat. Le gouvernement d’Ahmad Nazif (sous Moubarak) s’était engagé en 2007 à assumer les frais de creusement. Mais en 2010, le gouvernement a réussi à convaincre le SCCT d’y contribuer. « Ce passage n’est pas seulement destiné au SCCT. Il l’est aussi à l’Est de Port-Saïd », dit Buijze.

Selon Mohab Mamich, les travaux de creusement devaient prendre fin en juin prochain, mais ils ont été accélérés pour prendre fin la pre­mière semaine de février. Récemment, un nouveau cycle de négociations entre le gouvernement et le SCCT a été entamé, et cette fois concernant les frais de passage pour les navires empruntant le quai de l’Est de Port-Saïd. Ceux-ci payent 8 % de plus que pour le Canal de Suez, ce que SCCT n’apprécie pas. « Cela place le port de l’Est de Port-Saïd dans une position non compéti­tive par rapport à d’autres ports de l’est de la Méditerranée. Le gouver­nement pourrait peut-être appliquer ces tarifs de manière différente. Les discussions sont toujours en cours. Nous espérons arriver à un accord positif », indique Buijze. Il note que le nombre de conteneurs dans le port de SCCT a baissé en 2015 de 15 % par rapport à l’année précédente pour se limiter à 1,9 million de conteneurs. Le gouvernement compte construire et développer six autres quais dans la zone du Canal de Suez dont un près du SCCT qui sera géré par le secteur privé.

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