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Inflation: La livre au plus bas

Névine Kamel, Lundi, 07 janvier 2013

Malgré des mesures d’urgence, la dépréciation de la livre égyptienne reste préoccupante. Les épargnants se réfugient dans l’or, tandis que les prix des produits alimentaires s'envolent.

La livre
(Photo: Ahmad Abdel-Razeq)

Une semaine après les décisions de la Banque Centrale visant à freiner la spéculation sur le dollar, le prix du billet vert commence à se stabiliser. Il s’échange actuellement à 6,42 L.E. Le prix de l’or a, de son côté, commencé à régresser : après avoir augmenté de 10 L.E., le prix d’un gramme a chuté de 5 L.E. « La panique a disparu et le citoyen commence à faire ses comptes. La demande a diminué et la concurrence va obliger les bureaux de change à réduire les prix », explique le vice-président du département des bureaux de change. Or, comme le mentionne Chérif Osman, président de la Chambre des transactions bancaires à la banque Al-Arabi, cette stabilité est temporaire. « La hausse se poursuivra vu le manque de dollars sur le marché et compte tenu du fait que la Banque Centrale ne diffusera pas de dollars en raison de la chute des réserves », dit-il.

La Banque Centrale d'Egypte (BCE) a annoncé, dimanche dernier, une chute des réserves en devises étrangères de 20 millions de dollars en décembre dernier, pour atteindre 15,015 milliards de dollars, couvrant ainsi seulement 3 mois d'importations.

La dépréciation de la livre a logiquement entraîné une hausse des prix des produits alimentaires, notamment ceux importés. Une dizaine de produits de base ont ainsi augmenté de 10 à 20 %, à savoir l’huile, le sucre, les poulets, la farine ou encore le lait. « Les gens paient plus cher les produits alimentaires, étant donné que l’Egypte importe les 2/3 de ses besoins en nourriture », confirme Ibrahim Abou-Emeira, vice-président de la Chambre des importateurs. « Il semble que cette hausse continuera. Et il est naturel d’augmenter les prix afin de pouvoir compenser nos coûts », poursuit Emeira.

Les supermarchés ont répercuté le manque à gagner que constitue une dépréciation de la livre mais en affichant des hausses plus élevées qu’attendu. Selon Emeira, concernant les produits alimentaires, la hausse atteindra 20 %. Le prix du fromage connaît une hausse comprise entre 3 et 7 L.E. le kilo, le litre d’huile de 2 L.E., le poisson 5 L.E. par kilo. « Ce n’est qu’une première réaction au changement du taux de change et si cette dépréciation continue, la hausse des prix continuera », prévient Emeira.

Il estime par ailleurs que « l’absence de surveillance engendrera une hausse exagérée des prix et entraînera d’importantes différences de prix d’un magasin à l’autre ».

Le communiqué mensuel de la Banque mondiale parle d’une hausse « prévue et forte » des prix des produits alimentaires en Egypte, malgré une baisse des prix des produits alimentaires au niveau international. « Les mesures adoptées par le gouvernement égyptien lors de la dernière semaine de 2012 vis-à-vis de la baisse de la livre menacent la stabilité des prix des produits alimentaires en Egypte. Ces derniers seront les plus grandes victimes des mesures gouvernementales », souligne le communiqué.

Facteur aggravant

De son côté, la tonne de fer à béton a enregistré, une semaine après la chute de la livre face au dollar, une hausse de 190 L.E. La tonne de ciment a, quant à elle, connu une hausse de 90 L.E. « Si le prix du dollar continue d’augmenter, les prix des matériaux de construction, dont la grande majorité est importée, adopteront une courbe ascendante », confirme Mohamad Rouchdi, directeur de marketing de Mina, une entreprise de BTP. Il prévoit à moyen terme une hausse d’au moins 10 % de l’immobilier. Facteur aggravant : « Beaucoup d’Egyptiens des classes aisée et moyenne auront davantage recours à placer leur épargne dans des appartements. Le dollar et l’or n’étant plus disponibles », poursuit-il. Une étude plus alarmiste menée par l’entreprise Tadamon pour le secteur de BTP estime que la hausse pourrait varier entre 25 et 30 % à l’été 2012 contre 10 % en 2011. « Les entreprises immobilières ont dû maintenir leurs prix stables en 2012, vu le ralentissement économique. Aujourd’hui, avec une demande accrue ainsi qu’une hausse des prix des matériaux de construction, la hausse de l’immobilier risque d’être importante », craint Emad Al-Massoudi, directeur exécutif du centre de recherches sur l’immobilier Aqar Map. La hausse des prix, comme le note Rouchdi, se fera principalement sur les appartements de taille moyenne. « Actuellement, la plus grande demande porte sur les biens de taille modeste. Leur prix est à la portée d’un grand nombre d’acheteurs. Les grandes villas et les toutes petites unités ne sont plus demandées. Les riches quittent le pays et les classes les plus pauvres n’ont pas les moyens d’acheter en ce moment », précise Al-Massoudi.

La pénurie du dollar et son prix élevé se sont répercutés sur l’or, autre valeur refuge des petits épargnants. Le prix de l’once a gagné 3 % au lendemain des régulations de la Banque Centrale pour freiner la spéculation sur le billet vert. « Les manipulations des vendeurs et la panique des consommateurs engendreront plus de hausse dans les semaines à venir », prévoit Alia Mamdouh, analyste financière auprès de la banque d’investissement CI Capital. « J’ai, en vain, passé la matinée de samedi dernier à chercher des livres d’or. Les vendeurs refusaient toute transaction pour pousser les prix à la hausse. Comme la Bourse et les banques sont fermées le samedi, les vendeurs ont préféré attendre le lendemain pour profiter de toute hausse prévue », raconte par exemple Raniya, qui voulait acheter 5 livres d’or. « Quand, soudainement, le dollar a augmenté, on m’a conseillé d’acheter des livres d’or le plus vite possible, avant que l’or ne subisse d’importantes hausses de prix », explique-t-elle.

Une hausse des prix est prévue, mais ses dimensions ne sont pas encore connues. Le cours du dollar sera l'un des principaux facteurs.

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