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Gouvernement: Quatre hommes attendus au tournant

Lundi, 07 janvier 2013

Le récent remaniement ministériel a placé 4 nouveaux ministres du groupe économique sur la scène. Occupant des postes très sensibles en raison de la conjoncture, ils prônent tous davantage de libéralisation.

Hegazi
Ministre des finances Morsi Al-Sayed Hégazi.

Finances: Un spécialiste des systèmes islamiques

Le nouveau ministre des Finances, Morsi Al-Sayed Hégazi, ne serait pas membre des Frères musulmans, selon Ahmad Al-Naggar, en charge du dossier des sukuk (bons islamiques) auprès du Parti Liberté et Justice (PLJ). Nommé le 5 janvier, Hégazi est professeur de finances à l’Université d’Alexandrie. Il est l’auteur de plusieurs études sur le financement islamique. Son dernier livre, publié en 2011, s’intitule Le Système de financement islamique. Dans une autre étude (L’Expansion de la dette publique dans le monde islamique : problèmes et solutions), Hégazi estime que le système des taux d’intérêt (ou réba, selon les termes de l’auteur) est la cause principale de la crise de la dette qui touche de nombreux pays du monde.

Pour contourner ce système, Hégazi prône une application des principes de la charia dans l’économie à travers « des formes de financements islamiques basées sur des principes de partenariat dans les profits et les pertes ou dans les prêts sans réba ».

Le nouveau ministre a cependant pris conscience du contexte actuel et a annoncé son soutien pour l’accord de financement de 4,8 milliards de dollars que le gouvernement négocie avec le FMI. « Je suis totalement prêt à poursuivre les discussions avec le FMI », a-t-il indiqué à la presse après sa nomination.

Le ministre ne rejette pas les prêts bancaires. Il estime que les pays islamiques seront obligés, dans leur transition vers une économie islamique, de recourir aux institutions internationales de financement.

L’ancien ministre des Finances, Momtaz Al-Saïd, avait rejeté certains articles du projet de loi sur la finance islamiques élaboré par le PLJ. « Al-Saïd n’a pas rejeté le projet de loi comme on le dit souvent. Il a juste modifié deux articles où les sukuk étaient liés à des actifs spécifiques. C’étaient des articles qui pouvaient affecter la souveraineté du pays », estime Samir Radwane, ministre des Finances après la révolution. Comme Hégazi, Radwane provenait du milieu universitaire. Mais le mystère sur la personnalité du nouveau ministre reste entier. « Je ne l’ai jamais croisé et mes confrères qui travaillent dans le domaine économique ne savent rien de lui non plus », a confié M. Radwane à l’Hebdo. Les études publiées par Hégazi donnent cependant une bonne idée de sa vision économique. Le ministre quinquagénaire est ainsi en faveur des privatisations et d’une limitation du rôle de l’Etat dans l’économie. Il est aussi en faveur de l’imposition de la zakat (aumône islamique calculée sur le pourcentage des revenus).

Approvisionnement: Un proche du président, membre actif de la confrérie

Bassem Ouda, nommé ministre de l’Approvisionnement, a travaillé avec Mohamad Morsi au début de son mandat. Il était chargé du dossier de l’essence au sein du plan des premiers 100 jours du président. Le ministre, âgé de 42 ans, est un membre très actif du PLJ, le bras politique des Frères musulmans.

Selon le site officiel des Frères musulmans, Ouda a occupé plusieurs positions au sein de la confrérie. Il a été président du comité de développement local du parti, membre du secrétariat général du plan et du développement, président de l’union des comités populaires de Guiza et président du comité de l’énergie du parti, entre autres postes.

Dans ses premières déclarations, M. Ouda a souligné qu’il allait travailler pour le bien de tous les Egyptiens et non pas pour celui du parti auquel il appartient. Il a aussi appelé à ne pas classifier les citoyens selon leurs affiliations politiques.

Le ministre a déclaré que ses priorités seront d’améliorer la qualité du pain subventionné et de poursuivre le plan de libéralisation des prix du blé et de la farine. Il souhaite aussi généraliser la distribution des bonbonnes de gaz par le système de coupons et rationaliser la consommation des combustibles.

Le ministère de l’Approvisionnement est principalement chargé de la distribution des biens subventionnés. Les dossiers les plus critiques que M. Ouda devra gérer sont ceux du pain, des denrées alimentaires subventionnées et des bonbonnes de gaz. Les pénuries périodiques de gaz butane et la naissance d’un marché noir des bonbonnes de gaz constituent les dossiers les plus épineux qu’il devra affronter.

L’été dernier, le manque de bonbonnes de gaz subventionnées avait créé des files d’attentes interminables devant les dépôts de distribution, faisant plusieurs blessés. L’ancien ministre avait adopté un plan de libéralisation des prix du blé et de la farine pour rationaliser les subventions sur le produit final. M. Ouda a du pain sur la planche.

Télécommunications: Droit sorti du secteur privé

Atef Helmi avait déjà été pressenti à plusieurs reprises pour diriger le ministère des Télécommunications. Helmi avait à l’époque rejeté la proposition qui lui avait été faite suite à la démission de l’ancien ministre.

Il travaille dans le domaine des télécommunications depuis une trentaine d’année. Samir Radwane, ancien ministre des Finances, le décrit comme le plus professionnel des nouveaux ministres. Helmi a mené une longue carrière dans deux importantes compagnies américaines de télécommunications : T&NCR/AT et Oracle.

C’est lui qui a fondé la branche d’Oracle en Egypte avant de participer à la fondation du centre de soutien technique d’Oracle, un centre basé en Egypte mais qui sert les clients de la compagnie partout dans le monde.

En 2008, il quitte le secteur privé pour devenir membre du conseil d’administration de l’Agence de développement de l’industrie et des technologies de l’information (ITIDA).

Hazem Abdel-Azim, activiste et ancien président d’ITIDA, a publié sur son compte Twitter : « Atef Helmi, le nouveau ministre des Télécommunications était membre du conseil d’administration d’une agence que je présidais avant la révolution. Il est respectable et a beaucoup d’expériences, quoique classique ».

Le dossier le plus urgent auquel Helmi doit faire face est de donner à Telecom Egypt, la société publique qui détient le monopole des lignes fixes, une licence pour devenir un opérateur de téléphonie mobile. Le ministre a affirmé, suite à sa nomination, qu’il s’agissait de l’une de ses priorités, afin d’encourager la concurrence. Le nouveau ministre a en outre promis de nommer les nouveaux responsables de Egypt Post, sans président depuis 6 mois.

Electricité: L’homme du ministère

Le vice-ministre de l’Electricité est passé ministre : Ahmad Moustapha Imam a occupé plusieurs postes-clés au sein du ministère, dont celui de président du conseil d’administration de la Société de production d’électricité du Caire.

Les coupures fréquentes d’électricité que le pays a connues l’été dernier laissent présager d’une mission difficile pour le nouveau ministre. Des manifestations avaient alors éclatées pour dénoncer ces coupures aux quatre coins de l’Egypte, y compris dans les petits villages. L’Egypte souffre depuis plusieurs années d’un manque de capacités de production. Le pays connaît encore fréquemment des coupures d’électricité, un fait inattendu en hiver où la consommation n’atteint pas de pic.

M. Imam a souligné la nécessité de terminer la construction de 4 centrales électriques avant l’été 2013. Il avait fait dernièrement des déclarations à la presse assurant qu’il fallait encourager le secteur privé à participer à la production d’électricité.

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