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Omniya Helmi: « Nous allons entrer dans une phase caractérisée par la hausse de l’inflation et du chômage à la fois »

Propos recueillis par Gilane Magdi, Lundi, 24 décembre 2012

3 questions à Omniya Helmi, directrice exécutive du Centre égyptien pour les études économiques.

Omniya Helmi
Omniya Helmi

Al-Ahram Hebdo : Le taux d’inflation est à son niveau le plus bas depuis 7 ans (4,1 % en novembre) selon le dernier rap­port de l’Organisme central de la mobilisation et des statis­tiques. Qu’est-ce qui explique cette baisse ?

Omniya Helmi : Cette baisse reflète l’état de récession écono­mique régnant sur le marché depuis des mois et qui résulte du recul de la demande intérieure de biens et services. Les consomma­teurs sont devenus méfiants, ce qui les pousse à réduire leurs dépenses. Les indicateurs économiques corrobo­rent cette réalité. Le dernier rapport sur les indices économiques et sociaux, publié par le ministère de la Planification, révèle le recul de la consomma­tion durant la période allant de juillet à septembre 2012 : 2,3 % contre 4,2 % pour la même période l’année dernière. Cette tendance à la baisse s’est poursuivie encore ces deux derniers mois. D’ailleurs, le dernier rapport publié par le Conseil des ministres révèle le recul de l’indice de la confiance des consommateurs dans le climat éco­nomique, qui n’est plus que de 9,3 % en octobre. Il ne faut pas oublier l’impact de la hausse du chômage, établie à 12,8 % au mois de novembre.

— Des analystes avancent cependant une autre explication à la baisse de l’inflation : le gouvernement aurait ces derniers mois, pour préparer le terrain pour ses hausses d’impôts prévues, falsi­fié les indicateurs à la baisse. Qu’en pensez-vous ?

— C’est une théorie de la conspiration et elle manque de preuve. Basons-nous plutôt sur les chiffres officiels pour tenter une analyse. Les boissons et les ali­ments représentent 39 % du panier du consommateur, suivis, avec 18,3 %, par les services fixés d’une façon administrative, tels que l’eau et l’électricité. Vu le recul des activités du tourisme, les hôtels et les agences de tourisme ont diminué leur demande en biens alimentaires et boissons, ce qui accentue la baisse des prix. Toutefois, cette tendance à la baisse de l’inflation ne peut pas perdurer, pour trois raisons princi­pales. Tout d’abord, la baisse continuelle de la valeur de la monnaie nationale vis-à-vis du dollar va entraîner mécaniquement la hausse des prix des biens importés. Malheureusement, l’Egypte importe la majorité de ses biens d’équipement, mais aussi et surtout la majorité de ses produits alimentaires. La deuxième raison concerne les grèves et les manifestations : elles sont un argu­ment de plus contre la confiance des investisseurs dans l’économie égyptienne, et les poussent à se désengager, provoquant une hausse des licencie­ments et une baisse de la production et donc de l’offre de biens et de services. Enfin, la décision d’augmenter les impôts et taxes, gelée jusqu’à présent, provoquera probablement deux phéno­mènes : d’une part, les consommateurs vont stoc­ker pour retarder l’impact de la hausse des prix sur leurs revenus. D’autre part, les commerçants se mettront également à stocker les biens en vue de les revendre avec une marge encore plus grande après la mise en application de la hausse des taxes.

— La théorie économique veut que la baisse de l’inflation, qui indique un excès de l’offre par rapport à la demande, pousse les entrepre­neurs à baisser leur production et provoque donc la hausse du chômage. Comment le gou­vernement peut-il s’attaquer à ce problème ?

— Il n’y a aucune solution possible sans stabi­lité politique. Les répercussions seront très graves si ceci ne se produit pas. Nous allons en réalité entrer dans une phase très difficile de récession inflationniste, qui est différente de la théorie de base dont vous parlez : elle sera caractérisée par la hausse de l’inflation et du chômage à la fois. La situation économique actuelle est très difficile. Nos réserves en dollars ont chuté à 15 milliards de dollars, un montant qui ne couvre que trois mois seulement des importations habituelles du pays. Le déficit budgétaire monte en flèche, et le gou­vernement a recours à des bons du Trésor pour financer la dette, ce qui ferme les portes de l’éco­nomie au secteur privé, en diminuant les chances d’emprunt. Et sans crédit, il ne peut ni investir dans de nouveaux projets, ni créer de nouvelles offres d’emploi.

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