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BRICS: Une porte qui s’ouvre pour l’Egypte

Chaïmaa Abdel-Hamid, Mercredi, 30 août 2023

L’Egypte fait partie des six pays qui intégreront les BRICS à partir de janvier 2024. Une décision qui promet de nombreux avantages, tant économiques que politiques.

BRICS: Une porte qui s’ouvre pour l’Egypte

A partir du 1er janvier 2024, l’Egypte sera officiellement membre du groupe des BRICS. Cette décision a été annoncée jeudi 25 août par le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, en clôture du 15e Sommet des BRICS qui s’est tenu à Johannesburg. Les pays membres ont décidé l’expansion du groupe à six nouveaux pays : l’Egypte, l’Arabie saoudite, l’Argentine, les Emirats arabes unis, l’Ethiopie et l’Iran.

Dans son allocution prononcée au nom du président Abdel-Fattah Al-Sissi lors de la session de dialogue de haut niveau sur la coopération entre l’Afrique et les BRICS en marge du Sommet de Johannesburg, le premier ministre, Moustapha Madbouli, a salué la décision des membres des BRICS qui « contribuera à rendre le bloc plus efficace et plus capable d’exprimer ses visions au niveau international ». Il a présenté la vision de l’Egypte en termes de coopération entre le bloc des BRICS et les pays en développement, soulignant l’importance d’intensifier les efforts concertés pour relever les défis auxquels ils sont confrontés, notamment la crise alimentaire. Le premier ministre a affirmé que l’Egypte était prête à accueillir un « centre mondial pour l’approvisionnement et le stockage des céréales » en coopération avec la communauté internationale.

Selon les spécialistes, plusieurs facteurs ont contribué au choix de l’Egypte parmi les pays aptes à rejoindre les BRICS. Pour le politologue Ahmed Sayed Ahmed, du Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, l’adhésion de l’Egypte aux BRICS pourrait renforcer l’influence du groupe dans la région. « L’Egypte est un grand pays qui bénéficie d’une position stratégique et d’un rôle politique et diplomatique de premier plan dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord. En plus, elle est un membre influent au sein de la Ligue arabe et l’Union africaine. Cette force géopolitique renforce la représentation du monde arabe, islamique et du Moyen-Orient au sein du groupe des BRICS », explique-t-il. Et d’ajouter : « L’Egypte possède aussi le Canal de Suez, qui est considéré comme la voie navigable la plus importante au monde, ce qui lui permet d’être une passerelle commerciale entre les BRICS et les pays africains pour exporter les échanges commerciaux. Il s’agit également d’un terrain fertile pour les nouveaux investissements et d’un marché important de la main-d’oeuvre avec une population de plus de 100 millions d’habitants ». A noter que parmi les 40 pays qui avaient demandé d’adhérer aux BRICS, six seulement ont été choisis.

Divers avantages économiques

Dans son discours, Madbouli a affirmé l’engagement de l’Egypte en faveur des réformes économiques et financières, soulignant que la structure économique et financière internationale devait être « réformée pour devenir plus équitable face aux besoins des pays en développement ». Dans ce cadre, il a appelé les BRICS à soutenir « l’initiative de l’Alliance de la dette pour le développement durable », lancée avec les pays africains dans l’objectif de créer un cadre commun pour organiser des transactions de dette durables, en particulier pour les pays en développement, y compris des échanges de dettes contre des projets de développement.

En remodelant les équilibres économiques mondiaux, les BRICS ouvrent la voie à une nouvelle ère économique multipolaire, affirme l’économiste Rachad Abdou, président du Forum égyptien pour les études économiques et stratégiques, en expliquant que « sans aucun doute l’adhésion de l’Egypte au Groupe des banques de développement des BRICS, suivie de l’annonce officielle de son adhésion, lui offrira des opportunités d’obtenir un financement pour ses projets de développement à de meilleures conditions et facilités, sans les contraintes imposées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ». Et d’ajouter : « Chaque pays des BRICS dispose désormais d’avantages économiques diversifiés et importants qui encouragent la stimulation du commerce, comme le Brésil avec sa production animale, la Russie avec sa production en céréales et l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis avec le pétrole. L’Egypte importe de ces pays une grande partie de ces produits. Ces échanges auront un impact direct sur l’amélioration du taux de change local et le renforcement des mesures de contrôle de l’inflation », explique-t-il.

De même, cette adhésion signifie davantage d’investissements étrangers entre les Etats membres, ouvrant la voie à la création de nouveaux emplois et à des échanges commerciaux accrus, et ce, avec un bloc qui représente environ 50 % de la population mondiale et contribue à près d’un tiers du PIB mondial.

La question de devise étrangère est également l’un des avantages les plus importants de cette alliance. Les BRICS pourraient permettre à l’Egypte de conclure des contrats commerciaux pour ses principales importations en utilisant les monnaies nationales. « La fourniture de devises étrangères et le fait de bénéficier de la tendance des BRICS à négocier en monnaies locales ou en devises autres que le dollar américain sont une opportunité dont l’Egypte a vraiment besoin, compte tenu du problème d’approvisionnement en devises dont nous souffrons. En cas de création d’une nouvelle monnaie unifiée pour le groupe, cela représentera un bond très significatif pour l’économie égyptienne », explique l’économiste, soulignant que cette diversification ne signifie point que l’Egypte arrêtera de recourir au dollar américain pour ses transactions financières. « La diplomatie intelligente, que suit d’ailleurs l’Egypte, c’est de créer un équilibre dans ses relations sans privilégier un côté par rapport à l’autre, mais de profiter de cette occasion en or pour ne pas se soumettre à une devise spécifique », ajoute-t-il.

Un volet politique non négligeable

Si les bénéfices économiques s’avèrent prometteurs, les effets politiques de cette décision ne manquent pas d’importance, affirme le professeur de sciences politiques Tarek Fahmy, qui assure que cette nouvelle alliance renforcera l’influence des BRICS, ainsi que des nouveaux entrants sur la scène internationale. Elle augmentera la capacité de ces pays à influencer la formulation des politiques mondiales et à atteindre leurs objectifs et leurs intérêts. Leur alliance permettra également d’établir une présence diplomatique accrue. « Les rassemblements internationaux offrent à ces pays une plate-forme pour communiquer et négocier des moyens d’élargir le réseau de relations diplomatiques et pour échanger des points de vue sur maintes questions d’intérêt commun, coopérer et coordonner pour faire face aux menaces sécuritaires, ce qui contribuera à réaliser la stabilité régionale et internationale », souligne Tarek Fahmy.

Il ajoute que ce rapprochement politique et économique entre l’Egypte et ces grandes forces internationales, telles que la Chine, la Russie et l’Inde, permettra également d’échanger des expériences et des connaissances avec les membres de ce groupe dans divers domaines de coopération. « Notre présence au sein des BRICS est une nouvelle responsabilité que l’Egypte doit être en mesure d’assumer pour profiter de cette chance. Nous devons commencer à mettre en place un plan d’action et de coopération intégral que l’Egypte adoptera dès son adhésion officielle, qui servira nos intérêts, ceux des pays membres et ceux de la région », conclut-il

Le président Sissi commente l’adhésion aux BRICS

Saluant la décision des membres des BRICS, le président Abdel-Fattah Al-Sissi a affirmé sur son compte Twitter : « Nous sommes fiers de la confiance de tous les pays du bloc avec lesquels nous entretenons des relations étroites. Nous attendons avec impatience de coopérer avec eux au cours de la période à venir, ainsi qu’avec les pays invités à les rejoindre, pour atteindre les objectifs du bloc visant à renforcer la coopération économique et à faire entendre la voix des pays du Sud sur diverses questions et sur les défis de développement auxquels nous sommes confrontés, ce qui maintient les droits et les intérêts des pays en développement ».

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