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Davos : Le monde à l’épreuve des inégalités

Salma Hussein , (avec AFP) , Mercredi, 25 janvier 2023

La 53e édition du Forum économique mondial de Davos a adopté un certain nombre de propositions pour faire face aux maux de l’économie mondiale. Celles-ci sont cependant jugées insuffisantes face à l’accroissement des inégalités.

Davos : Le monde à l’épreuve des inégalités
Le gouvernement égyptien a plaidé en faveur d’une mobilisation des efforts mondiaux pour répondre aux dangers climatiques.

La 53e édition du Forum économique mondial de Davos a souligné les grands défis économiques et politiques auxquels est confrontée la planète. Les initiatives annoncées durant le forum paraissent insuffisantes pour répondre au problème de l’accroissement des inégalités économiques, longuement discuté durant le forum, tenu du 16 au 20 janvier. Et ce, sans compter les dangers climatiques, les guerres, les tensions sociales et la hausse du coût de la vie.

Durant les deux ans d’arrêt du forum pour cause de pandémie, la scène politique et économique a beaucoup changé. Il y a désormais une guerre qui divise en Ukraine ; la Russie, dénigrée, est absente, la Chine boude le Forum, et le monde passe par des polycrises qui ont un impact épouvantable sur la majorité des populations. Il y a bien entendu les changements climatiques, la guerre en Ukraine, les innovations technologiques hors de portée des pays à revenus bas et moyens, l’inflation mondiale et le risque continu de pandémies.

Les initiatives annoncées par Borge Brende, le président du Forum, lors de la session de clôture étaient une tentative de répondre à ces défis. La plus importante, censée mener à une croissance équitable et inclusive, est The Job Consortium (consortium de l’emploi). Le consortium regroupe des ministres, des chefs d’entreprises et des leaders mondiaux. Il vise à créer des emplois décents. L’Arabie saoudite, représentée par son ministre de l’Economie et du Plan, Faisal bin Fadhil Alibrahim, a annoncé qu’elle rejoignait l’initiative pour aider la population saoudienne à surmonter le chômage. Dans le même contexte, Brende a salué l’initiative Reskilling Revolution (la révolution de la réhabilitation), qui offre une formation à plus de 350 000 bénéficiaires sur 3 ans. L’initiative regroupe 20 pays, 60 chefs d’entreprises et 350 organisations.

D’autres initiatives portent sur le changement climatique, la biodiversité et les applications technologiques permettant une plus grande intégration entre les secteurs public et privé dans le domaine de la santé. La ministre égyptienne de la Coopération internationale, Rania Al-Mashat, a déclaré qu’elle ne souhaitait pas se trouver dans une situation où il faut choisir entre la résilience climatique et les droits à la santé et à l’éducation. « Ce sont tous des objectifs de développement durable de l’agenda 2030 », a-t-elle déclaré, appelant les pays développés et les institutions de financement à aider les pays à combler le fossé de financement global estimé en 2020 à 3,9 trillions de dollars. Depuis, ce fossé n’a cessé de s’élargir. A cet égard, plus de 50 ministres du Commerce ont rejoint l’alliance pour le climat et le commerce.

Démarches timides

Mais pour certains, ce genre de remèdes ressemble davantage à des actes de philanthropie qu’à une véritable solution. « C’est un pas dans la bonne direction, mais ce n’est pas du tout la bonne réponse », a dit Phil White, un millionnaire britannique présent à Davos, jugeant que les inégalités « fragmentent le monde ». Dans un entretien à l’AFP, White propose de réduire les inégalités par le biais des taxes. « Taxez-moi et taxez les gens comme moi », a-t-il dit.

Même son de cloche chez Oxfam, l’organisation non gouvernementale mondiale. Celle-ci a publié, le jour de l’inauguration du forum, un rapport intitulé « La loi du plus riche », soulignant que la crise actuelle a généré des fortunes colossales qui profitent à une poignée de personnes. « Le 1 % représenté par les plus riches a capté près des deux tiers des nouvelles richesses, soit 6 fois plus que les 90 % réunis des plus pauvres de l’humanité. Depuis 2020, pour chaque dollar de la nouvelle richesse mondiale gagnée par une personne faisant partie des 90 % des plus pauvres, un milliardaire a gagné 1,7 million de dollars », souligne le rapport, appelant à taxer les grandes fortunes de plus de 5 ou 6 millions de dollars. Le rapport donne l’exemple d’Elon Musk, l’un des hommes les plus riches du monde, qui a bénéficié d’un taux d’imposition fiscale réel à peine supérieur à 3 % (entre 2014 et 2018), alors qu’une vendeuse de riz et de farine sur un marché du nord de l’Ouganda, Aber Christine, gagne 80 dollars par mois et est imposable à 40 %. C’est pour remédier à une telle injustice que plus de 200 millionnaires patriotiques venus de 13 pays ont rejoint Phil White à Davos pour demander, dans une lettre ouverte envoyée aux participants du Forum, à être davantage taxés. « Parmi eux, des gens qui ont hérité de leurs fortunes, d’autres qui ont travaillé, des entrepreneurs et des commerçants », souligne White. Un appel qui a été ignoré, semble-t-il.

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