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Réfugiés  : L’effet pervers des conflits

Sabah Sabet, Mardi, 24 juin 2014

La Journée mondiale dédiée aux réfugiés, le 20 juin, est caractérisée cette année par une augmentation massive des personnes déracinées de leur pays en raison des conflits.

Journée mondiale
Selon le HCR, l'augmentation massive des réfugiés est liée à la guerre en Syrie. (Photo : Reuters)

Pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale, le nombre de déplacés dans le monde en raison de conflits et de crises a dépassé le seuil des 50 millions. « Plus de 51 millions de personnes sont déplacées dans le monde… environ 10,7 millions de per­sonnes de plus ont été contraintes de fuir leur foyer en un an », a affirmé vendredi à Genève le HCR. Selon le rapport annuel du Haut Commissariat de l’Onu pour les Réfugiés (HCR), 51,2 millions de personnes étaient déracinées à la fin de l’année 2013. Si ces réfugiés et déplacés formaient une nation, ils constitueraient le 26e pays du monde pour sa population.

L’an dernier, les conflits et les persécutions ont contraint en moyenne 32200 individus à fuir chaque jour leur domicile, pour chercher une protection soit à l’étranger, soit ailleurs dans leur pays, contre 23400 par jour en 2012 et 14200 en 2011.

Cette augmentation massive est principa­lement liée à la guerre en Syrie. De nou­veaux déplacements majeurs de populations ont également eu lieu en Afrique, en particu­lier en République centrafricaine et égale­ment au Soudan du Sud.

« Ce record mondial a un coût énorme pour les donateurs et les pays exposés en première ligne. Il découle de l’incapacité à mettre un terme aux guerres et de l’échec à résoudre ou à prévenir les conflits », a affirmé le haut commissaire António Guterres, en ajoutant: « La paix accuse aujourd’hui un déficit grave. Les humani­taires peuvent servir de palliatif, mais des solutions politiques s’imposent de façon cruciale. Sans cela, les niveaux alarmants de conflit et les souffrances massives illus­trées par ces chiffres vont continuer ».

Les Syriens au premier rang

Sur les 51,2 millions de personnes déraci­nées, 16,7 millions de personnes ont le statut de réfugié dans le monde, dont 11,7 millions relevant de la compétence du HCR (en hausse de 1,2 million), et le reste de l’Office de secours des Nations-Unies pour les réfu­giés de Palestine (UNRWA). Ces chiffres sont les plus élevés observés par le HCR depuis 2001.

La moitié des 16,7 millions de réfugiés ont moins de 18 ans.

Les Syriens forment le plus gros contin­gent de réfugiés (2,8 millions, chiffre actua­lisé au 31 mai 2014), devant les Afghans (2,5 millions) et les Somaliens (1,1 million). Suivent les Soudanais, Congolais, Birmans, Iraqiens, Colombiens et Erythréens.

Les pays en développement accueillent 86% des réfugiés. Les principaux pays d’ac­cueil sont le Pakistan (1,6 million de réfu­giés), l’Iran, le Liban, la Jordanie, la Turquie et le Kenya. Le Liban accueille le plus grand nombre de réfugiés par habitant.

Le nombre de déplacés internes, c’est-à-dire les personnes forcées de fuir leur foyer, mais qui restent dans leur propre pays, a atteint un record de 33,3 millions de per­sonnes. Là encore, la Syrie, avec 4,5 mil­lions de déplacés supplémentaires en un an, est la cause de cette forte augmentation.

Demandes d’asile en hausse

En plus des réfugiés, 1,1 million de per­sonnes ont déposé une demande d’asile en 2013, en majorité dans les pays développés. C’est le chiffre le plus élevé depuis dix ans, en hausse de 15% en un an.

Les Syriens ont déposé 64300 demandes d’asile, davantage que toute autre nationali­té. Ils ont été suivis des demandeurs d’asile originaires de la République démocratique du Congo (60400), de Birmanie (57400), d’Afghanistan (49100) et d’Iraq (45700).

L’Allemagne a reçu le plus grand nombre de demandes (109600), devant les Etats-Unis (84400). La Suisse était au 10e rang l’an dernier. Avec 414600 personnes concer­nées, l’année 2013 a connu le 4e niveau le plus faible de retour de réfugiés en un quart de siècle.

Le nombre augmente en Afrique

Pour la quatrième année consécutive, le nombre de réfugiés augmente sur le continent africain. L’Afrique comptait près de 3 millions de réfugiés en 2013, et parmi ces derniers, seuls 170000 d’entre eux ont pu regagner leur foyer l’an passé. Les conflits en République centrafricaine, au Soudan du Sud et au Mali ont accru les mouvements de population. Une partie des réfugiés maliens ont d’abord fui l’occupation des extrémistes, puis les combats du nord du Mali. Ils sont toujours 137000 dans des camps du Burkina, du Niger ou de la Mauritanie. Malgré l’intervention militaire de la France en janvier 2013, la situation sécuritaire reste précaire dans le nord du Mali, et le pro­cessus politique de paix tarde à aboutir. Selon les Nations-Unies, seuls 12000 des plus de 150 000 réfugiés maliens ont jusqu’ici osé ren­trer chez eux. En RCA, et depuis l’éclatement de la crise et la guerre religieuse, quelque 11 000 Centrafricains ont trouvé refuge au Congo. Au moins 5000 d’entre eux ont béné­ficié du statut de réfugié prima facie. En fait, le Kenya est l’un des cinq pays accueillant le plus de réfugiés dans le monde, plus d’un demi-mil­lion de réfugiés sont sur son territoire. On en dénombre plus de 500000 à travers le pays. La majeure partie de ces réfugiés sont des Somaliens qui ont fui la guerre civile depuis le début des années 1990. Dans un contexte de menace terroriste, la pression sur les réfugiés devient de plus en plus forte.

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