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Au Kenya, médecins hospitaliers en grève, galère des patients

AFP , Samedi, 27 avril 2024

​Céline Nyaga a roulé pendant une heure à l'arrière d'une moto, à Nairobi, en tenant son bébé de cinq mois dans les bras, cherchant désespérément un hôpital pour soigner sa fille. Un véritable défi actuellement au Kenya.

Kenya
Une infirmière déplace un oxymètre de pouls à côté de lits vides répartis dans la chambre des blessés sans patients, alors que les médecins kenyans ont poursuivi leur grève pour exiger de meilleures conditions de travail et de rémunération, perturbant les soins de santé dans les 57 hôpitaux publics du pays. Photo : AFP

Après l'échec des négociations avec le gouvernement, la grève des médecins hospitaliers va entrer dans sa septième semaine dans ce pays d'Afrique de l'Est. Indispensables pour les plus modestes qui ne peuvent pas payer des cliniques privées, les 57 hôpitaux publics tournent au ralenti.

Le système de santé est depuis longtemps surchargé et sous-financé. Mais aujourd'hui, il est pratiquement à l'arrêt.

"Je suis épuisée et très inquiète", a déclaré à l'AFP Mme Nyaga, 23 ans, à son arrivée à l'hôpital Kiambu Level Five, au nord de la capitale Nairobi. Elle est venue pour traiter une infection cutanée de son bébé, Audrey.

L'établissement fonctionne avec une équipe réduite d'infirmières et d'aide-soignants qui s'occupent des patients en l'absence des médecins.

Lors de la visite des journalistes de l'AFP, l'hôpital, habituellement bondé, était pratiquement vide, avec quelques patients assis en silence sur des bancs en bois, trop faibles pour discuter.

Le nombre de patients a chuté à environ 30% de la capacité habituelle, a déclaré à l'AFP le ministre de la Santé du comté de Kiambu, Elias Maina, lors d'une visite de l'établissement.

- Cliniques privées coûteuses -

De nombreux patients n'ont pas les moyens de se faire soigner dans des cliniques privées relativement coûteuses et restent chez eux "sans savoir ce qui va se passer", a ajouté le ministre.

"Même ceux qui vont traverser cette période reviendront nous voir lorsque leur état se sera aggravé, ce qui nous mettrait dans une situation encore plus difficile", a-t-il souligné.

Faith Njeri, mère célibataire de trois enfants, s'était déjà rendue deux fois à l'hôpital de Kiambu pour faire soigner sa fille d'un an, qui souffrait de problèmes à la poitrine.

Mais elle n'a pas eu de chance, dit-elle. "Je n'ai pas trouvé de médecin, alors je dois maintenant demander des médicaments à la pharmacie", a expliqué cette coiffeuse de 25 ans, ajoutant qu'elle avait "du mal" à joindre les deux bouts.

"Je me sens mal, je suis inquiète. En ce moment, il fait très froid, il pleut et son état peut s'aggraver". Le Kenya est en pleine saison des pluies et Nairobi, à plus de 1.600 mètres d'altitude, peut connaître des températures fraiches.

Les grévistes contestent notamment une décision du gouvernement visant à réduire les salaires des internes en médecine et à repousser l'âge d'ouverture des droits à la retraite.

Les salaires insuffisants et les mauvaises conditions de travail ont conduit à un exode des médecins kényans vers d'autres pays africains et au-delà du continent.

Le KMPDU demande une rémunération mensuelle de 206.000 shillings (environ 1.450 euros), quand les autorités proposent 71.000 shillings, soit trois fois moins.

Cette rémunération était prévue dans un précédent accord signé avec le gouvernement en 2017 pour mettre fin à une grève de 100 jours qui avait paralysé le système de santé publique.

- "Grande inquiétude" -

Durant cette mobilisation, des dizaines de patients étaient morts, faute de soins.

Et cette situation dramatique pourrait se reproduire si la grève actuelle dure. "C'est ma plus grande inquiétude car la vie d'un être humain n'a pas de prix", a souligné le ministre de la Santé du comté.

Certains patients se sont déjà tournés vers la médecine alternative, avec notamment des guérisseurs non reconnus, parce qu'ils n'ont pas les moyens de s'offrir quoi que ce soit d'autre.

Et les femmes enceintes apparaissent d'ores-et-déjà comme un des groupes les plus vulnérables, notamment celles devant recevoir des soins d'urgence.

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