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Amira Abdel-Halim : La voie du dialogue ne doit pas s’arrêter

Sabah Sabet , Jeudi, 23 novembre 2023

3 questions à Amira Abdel-Halim, spécialiste des questions africaines au CEPS d’Al-Ahram, sur les suites de la reprise de la ville stratégique de Kidal par l’armée malienne et ses conséquences sur la lutte antiterroriste.

Amira Abdel-Halim

Al-Ahram Hebdo : Le pouvoir malien a annoncé, la semaine dernière, la prise de Kidal, fief des groupes armés séparatistes. Quel en est l’impact sécuritaire et politique ?

Amira Abdel-Halim : Kidal est une ville d’une importance stratégique et historique. Clé du nord du Mali, Kidal est depuis au moins une décennie un bastion des Touaregs, l’un des groupes rebelles armés séparatistes, au centre des crises politiques et sécuritaires de longue date du pays. C’est pourquoi l’armée malienne considère la prise de Kidal, après des années d’absence, comme une victoire symbolique significative. Ce succès est également d’un enjeu majeur pour la junte au pouvoir depuis 2020 et son chef, le colonel Assimi Goïta, qui en a besoin pour se donner plus de légitimité, d’autant plus que l’instabilité qui régnait dans le pays et l’échec à éradiquer les groupes terroristes ont conduit à trois coups d’Etat depuis 2012.

— Mais les Touaregs ont annoncé que leur retrait n’était qu’un repli stratégique et qu’ils allaient poursuivre leurs combats …

— La prise de Kidal, bien que présentée par le pouvoir comme un grand succès, n’est pas une victoire définitive. Soutenue par des mercenaires russes et dépendant des frappes aériennes, l’armée a pu entrer à Kidal sans combats, poussant les Touaregs, ainsi qu’une majorité du peuple, à fuir et quitter la ville. Or, à mon avis, c’est un déplacement temporaire. Les Touaregs ne sont pas du tout une communauté faible, surtout après sa dernière alliance avec les autres groupes indépendants dans le Cadre Stratégique Permanent (CSP), alliance de groupes rebelles armés. De plus, cette ethnie s’étend et a des partisans dans certains pays voisins et jouit d’une telle entente populaire, et donc elle ne va pas céder facilement, surtout que la région du Nord est pleine de richesses naturelles, c’est pourquoi aussi les mouvements terroristes comme Daech et Al-Qaëda la prennent comme bastion. En outre, le pire serait que les Touaregs mènent des alliances avec Daech ou Al-Qaëda, puisque l’ennemi est dorénavant le même pour eux.

— Cette annonce intervient, parallèlement au retrait des forces françaises et celles de la Minusma, sur la situation sécuritaire déjà endurée par la menace terroriste ? Est-ce que le trajet de dialogue est au point mort ?

— La situation sécuritaire, et surtout humanitaire, ne sera pas meilleure, surtout avec le retrait de la mission de l’Onu (Minusma), poussée vers la sortie par la junte et les forces antiterroristes françaises. L’armée malienne ne peut pas, seule, affronter tous ces défis sécuritaires, même si elle est soutenue par les mercenaires de Wagner. La France, qui avait une stratégie de lutte antiterroriste, d’importantes forces et son intervention depuis 2012, jouissait d’un soutien international. Mais elle n’a pas pu éradiquer les groupes terroristes et mettre fin à l’état d’instabilité qui frappe le pays. Donc, je ne pense pas que les mercenaires de Wagner puissent le faire. Je répète toujours et je suis convaincue que les solutions militaires n’aboutissent pas seules à résoudre les conflits, surtout sécuritaires. La voie du dialogue ne doit pas s’arrêter. Dans ce cadre, je pense que l’Algérie, voisin du Sud, qui considère le Mali comme sa profondeur géostratégique, est un acteur-clé dans la crise. Elle doit donc poursuivre ses efforts pour parvenir à un règlement politique des conflits en tentant de mener des négociations avec les différentes parties concernées. En tant que chef de file de la médiation internationale, l’Algérie doit également déployer des efforts pour ressusciter l’accord de paix de 2015 signé entre Bamako, les groupes armés progouvernementaux et la rébellion indépendantiste Touareg du nord, la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA).Un accord négocié sous sa tutelle, mais dont l’application a été paralysée par la crise politique.

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