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Niger : Les putschistes ne cèdent pas

Ines Eissa , Mercredi, 09 août 2023

Les nouveaux dirigeants du Niger refusent de reculer devant la pression croissante et la menace d’intervention militaire de la CEDEAO.

Niger : Les putschistes ne cèdent pas
Des partisans du coup d’état militaire se sont rassemblés dans un stade de Niamey. (Photo : AFP)

L’ultimatum adressé aux putschistes du Niger par la Communauté Economique Des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a pris fin le 6 août. Celle-ci se dit prête à intervenir militairement dans ce pays. Le 30 juillet, elle avait donné 7 jours à la junte pour rétablir le président Mohamed Bazoum dans ses fonctions, sous peine d’utiliser « la force ». Dimanche dernier, la situation n’était toutefois pas en passe de se démêler. Près de 30 000 partisans du coup d’Etat militaire se sont rassemblés dans un stade de Niamey, la capitale. Une délégation de membres du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP, qui a pris le pouvoir) est arrivée dans le stade sous les acclamations de ses soutiens, dont plusieurs arboraient des drapeaux russes et des portraits de dirigeants du CNSP.

Alors que l’ultimatum de la Cédéao est arrivé à échéance, les généraux qui ont pris le pouvoir à Niamey n’ont montré aucune volonté de céder la place. Les contours de la force pour une possible intervention militaire ont été « définis » vendredi dernier par les chefs d’état-major de la Cédéao. Certaines armées, comme celles du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, se sont dit prêtes à y participer. Alors que la cheffe de la diplomatie française, Catherine Colonna, a affirmé, samedi matin sur Franceinfo, qu’il fallait « prendre très au sérieux la menace de recours à une intervention » de la Cédéao, cette possible intervention militaire au Niger ne fait pas l’unanimité dans la région du Sahel. Au Mali et au Burkina Faso, confrontés à la violence djihadiste comme le Niger, les militaires putschistes ont prévenu qu’ils seraient solidaires de leurs voisins nigériens et que toute intervention militaire serait considérée comme « une déclaration de guerre » à leur encontre.

« Nous refusons catégoriquement toute intervention militaire », a également réagi le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, assurant qu’une intervention militaire au Niger serait «°une menace directe pour l’Algérie°». «°Deux pays (le Mali et le Burkina Faso) sont prêts à entrer dans la bataille°», a-t-il rappelé lors d’une interview télévisée, prévenant que dans le cas d’une intervention militaire, « tout le Sahel s’embrasera ».

Au Nigeria, où le président Bola Tinubu a haussé le ton contre la junte nigérienne, des voix se font entendre contre une intervention militaire. « Les victimes seront des citoyens innocents qui vaquent à leurs occupations quotidiennes », a déclaré le Forum des sénateurs du nord dans un communiqué signé par son porte-parole, Suleiman Kawu Sumaila, ajoutant que les habitants du nord du pays seraient «°affectés négativement ». Ces divergences autour d’une éventuelle intervention militaire illustrent la nouvelle donne géopolitique dans la région du Sahel. « Le coup d’Etat au Niger s’inscrit dans une logique de restructuration de la région du Sahel, qui est liée à la nouvelle guerre froide entre la Russie et l’Occident. Moscou est en passe de créer un axe d’alliés en Afrique de l’Ouest au détriment de l’influence traditionnelle de la France dans la région », explique un diplomate qui a requis l’anonymat.

En réaction à une possible action militaire de la Cédéao, des brigades de veille citoyennes au Niger ont été mises en place sur plusieurs ronds-points de Niamey pour « surveiller la menace extérieure ». D’autre part, dans un décret annoncé jeudi dernier à la télévision, la junte a appelé «°la population à la vigilance à l’égard des espions et des forces armées étrangères », et a invité les citoyens à transmettre aux autorités « toute information relative à l’entrée ou au mouvement d’individus suspects ».

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