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Gabon : Le bras de fer est loin d’être terminé

Sabah Sabet avec agences, Jeudi, 08 septembre 2016

L'instabilité secoue le Gabon depuis l'annonce des résultats de la présidentielle, la semaine dernière, en faveur du président sortant Ali Bongo. Tandis que Jean Ping, son opposant, proclame aussi victoire.

Gabon : Le bras de fer est loin d’être terminé
Des affrontements ont éclaté la semaine dernière entre les manifestants et les forces de l'ordre causant la mort de 700 personnes. (Photo : AFP)

Violences, affrontements, morts, blessés, incendies, arrestations, personnes disparues, Internet suspendu, télévisions indépendantes mises hors d’usage... : Telle est la situation au Gabon depuis la proclamation, mercredi dernier, de la réélection du président Ali Bongo Ondimba. Les affrontements qui se sont déclenchés entre les forces de l’ordre et les manifestants dénonçant la victoire du président sortant et réclamant son adversaire, Jean Ping président, ont fait sept morts. Mais des rumeurs invérifiables d’un bilan plus lourd circulent dans le pays, toujours privé de connexion Internet depuis les troubles.

Plus de 800 personnes sont détenues à Libreville lors des troubles postélectoraux « dans des conditions dégradantes et insupportables », a déclaré samedi le bâtonnier de l'ordre des Avocats du Gabon qui demande aux autorités judiciaires de « les traiter humainement ». Dans une déclaration lue à la presse, le bâtonnier Jean-Pierre Akumbu M’Oluna constate « la privation des libertés dans des conditions dégradantes et insupportables » des personnes arrêtées à Libreville et des 300 autres interpellées dans le reste du pays. Les manifestations touchent l’ensemble du Gabon, mais encore une fois, il est difficile d’avoir des informations sur ce qui s’y passe, car les quelques journalistes ayant obtenu un visa sont tous dans la capital, Libreville.

Télés attaquées

Le gouvernement ne communique pas depuis plusieurs jours tandis que le journal L’Union, très favorable au pouvoir, n’est pas paru depuis mercredi. « Nous avons été victimes d’un incendie. Nous ne pouvons pas travailler », indique à l’AFP son directeur de la publication, Lin-Joël Ndembet, qui ignore quand le quotidien pourra revenir en kiosque. Les locaux de deux télévisions privées, Radio-Télévision Nazareth (RTN) et Télé Plus, ont aussi été attaqués, a constaté un journaliste de l’AFP dimanche matin. Selon le PDG de la RTN, le pasteur Georges Bruno Ngoussi, les attaques contre la chaîne ont commencé dès le 28 août quand son média diffusait les tendances de l’élection de la veille, « bureau de vote par bureau de vote », avec un avantage à Jean Ping. « Ils ont frappé en même temps le QG de Ping, RTN et nous ici à Télé Plus », affirme Franck Nguéma, qui a fondé cette chaîne indépendante dont les locaux exigus se trouvent sur le front de mer. « Nous avons repris la diffusion dans d’autres endroits. Nous diffusons le message de Jean Ping », assure M. Nguéma. Dans ce message, lu vendredi soir, l’opposant Jean Ping revendiquait le titre de « président élu » et demandait un nouveau décompte des voix par bureau de vote, seule condition d’« apaisement », selon lui. « Le monde entier connaît qui est le président de la République : c’est moi, Jean Ping », a-t-il lancé lors d’une conférence de presse. « En tant que président élu, je suis naturellement très préoccupé par la situation de notre pays qui évolue vers un chaos généralisé (...) Aussi j’en appelle à la responsabilité des uns et des autres, afin que le pays retrouve le chemin de l’apaisement », a dit Jean Ping. Les voix refusant le résultat de l’élection présidentielle ont dépassé le Gabon. A Paris, un millier de manifestants ont réclamé samedi à Paris la « reconnaissance de l’élection démocratique » de l’opposant Jean Ping à la présidentielle au Gabon et la fin de la « folie sanguinaire » du président sortant proclamé vainqueur, Ali Bongo. En outre, le représentant démissionnaire du parti présidentiel gabonais pour la France, Dieudonné Apérano, a appelé dimanche le président Ali Bongo à reconnaître la victoire de l’opposant Jean Ping au vu des « mensonges » dans les résultats électoraux. « Je souhaite vraiment que vous me fassiez honneur et plaisir en appelant M. Jean Ping, qui est le président élu (...), pour lui souhaiter bon vent (...) et bon courage dans les nouvelles fonctions que le peuple gabonais lui a confiées lors du vote du 27 août », a déclaré dans une vidéo postée sur Youtube le secrétaire fédéral du Parti Démocratique Gabonais (PDG) en France, tout en annonçant son retrait de la formation.

Un véritable problème

Par ailleurs, la communauté internationale s’est inquiétée de la situation actuelle au Gabon. L’Union européenne, la France et les Etats-Unis demandent tous une publication des résultats, bureau par bureau. Ils reconnaissent ainsi qu’il y a un véritable problème. La France ne se positionne pas clairement, car elle ne veut pas être accusée d’ingérence. L’Union européenne, qui a déployé une soixantaine d’observateurs, a émis un rapport préliminaire à charge sur le déroulement de l’élection avant la publication des résultats. Ils y notent les nombreux manquements et cas de fraude. Le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon, a, quant à lui, annoncé avoir téléphoné dimanche à MM. Bongo et Ping pour les appeler « à faire cesser immédiatement les actes de violence dans le pays ». Sur le plan humanitaire, la pénurie de pain et de produits frais menace, les transports étant paralysés. Une situation aggravée par les pillages de commerces.

En revanche, et malgré toutes les demandes d’apaisement, le bras de fer semble pourtant loin d’être terminé, puisque le pouvoir gabonais refuse tout recomptage, invoquant la loi électorale du pays qui ne prévoit pas cette procédure. Cette situation donne lieu à une tension extrême au sein de ce pays d’Afrique qui semble au bord de l’implosion.

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