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La lutte contre Daech s’enlise

Hugo Schmitt, Mardi, 28 octobre 2014

Les Kurdes iraqiens ont réussi à reprendre certaines localités. Des succès qui restent toutefois maigres, dans la bataille contre l'Organisation de l'Etat islamique.

la lutte contre daech
Des soldats kurdes peshmergas devant un mur à la ville de Zoumar, après l'avoir reprise de Daech. (Photo : Reuters)

La ville de Zoumar, au nord-ouest de Mossoul, ainsi que 11 villages ira­qiens des environs, ont été repris par les forces kurdes iraqiennes après des semaines de combats. C’est ce qu’a annoncé, le samedi 25 octobre, Karim Atuti, général des forces kurdes iraqiennes (les pesh­mergas). Ce regain de terrain consti­tue l’un des rares succès, certes rela­tif, dans la guerre contre Daech. La fin de semaine dernière aura aussi été le théâtre de l’intensification des frappes de la coalition menée par les Etats-Unis sur les positions de l’Etat Islamique (EI), avec environ une trentaine dénombrées sur place, entre vendredi et dimanche, en Iraq. Selon le Commandement militaire améri­cain pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale (Centcom), le nombre de raids aériens contre l’EI s’élève donc, maintenant, à plus de 600, avec plus de 1700 bombes larguées en Iraq et en Syrie, depuis le début de l’offen­sive de la coalition en août.

Ces bombardements intensifs ont pour cibles principales des bâtiments, véhicules, positions de combat et uni­tés de l’Etat islamique. A cela vient s’ajouter la livraison de colis (armes et munitions) des Etats-Unis aux kurdes syriens assiégés, qui tentent, depuis le sol, de repousser l’incursion de l’Etat islamique.

La bataille de Kobané est devenue, en ce sens, le symbole mondial de cette lutte contre Daech. En 40 jours depuis le début de l’offensive de l’EI, cette bataille a fait plus de 800 morts, dont environ 480 djihadistes, plus de 300 combattants kurdes et une ving­taine de civils, selon un décompte de l’OSDH (Observatoire Syrien des Droits de l’Homme) qui ne prend pas en compte les victimes des frappes de la coalition.

A l’heure actuelle, environ 2000 kurdes syriens parviennent, encore, à garder le contrôle d’une moitié de la ville, aidés par ces bombardements. Ils comptent également sur l’arrivée de quelque 200 peshmergas dans le courant de la semaine, votée par le parlement du Kurdistan iraqien auto­nome.

Guerre d’usure

« Kobané pourrait encore tom­ber », déclarait le porte-parole du Pentagone, il y a quelques jours. A l’image de l’incertitude qui règne à propos de l’issue de la bataille, qui fait rage à Kobané, au nord du Kurdistan syrien, c’est l’issue de la guerre menée contre Daech et ses positions qui semble de moins en moins proche. « C’est un conflit qui sera probablement long. Il va falloir gérer le temps long de la montée en puissance de la formation des forces locales et le temps court de nos sociétés qui exigent des résultats immédiats », analysait récemment Pierre de Villiers, chef d’Etat-Major de l’armée en France. L’idée d’une guerre d’usure fait, donc, peu à peu son chemin, avec pour objectif à moyen terme l’entraînement, déjà entamé, des soldats iraqiens ainsi que des financements extérieurs par la coalition pour les équiper.

Car malgré les frappes qu’il subit, bien qu’intenses et ciblées sur une partie élargie de son territoire, l’EI continue l’extension de son califat à cheval sur l’Iraq et la Syrie. Et la coalition est formelle: il n’est, pour l’instant absolument pas prévu de déployer des troupes au sol, rôle réservé aux Iraqiens et aux Syriens.

Une autre question se pose, celle du retour en force de l’armée syrienne sur les positions dont elle avait été chassée, par l’opposition ou par les islamistes. En effet, les frappes de la coalition rendent à nou­veau possible un regain progressif de terrain par le régime de Damas … Pour Marwane Abou-Fares, militant de l’opposition au régime de Damas, la coalition internationale, Américains en tête, est en partie res­ponsable de cette situation: « La coalition internationale bombarde les positions de l’Etat islamique et pendant ce temps-là, le régime, avec son armement et ses avions, peut faire ce qu’il veut ».

Selon un rapport du Trésor améri­cain, l’EI est probablement « l’or­ganisation terroriste la mieux financée », grâce notamment à des revenus pétroliers quotidiens, à l’obtention de rançons et au produit de rackets. De plus, l’organisation a également mis la main sur des posi­tions clés sur le territoire qu’elle administre: barrage, raffineries… Cette guerre, si elle vient effective­ment à s’enliser, pourrait profiter à Daech, qui dispose de plus de res­sources humaines, matérielles et financières que n’importe quelle autre nébuleuse terroriste aupara­vant.

Plus on laisse de temps couler et plus on laisse Daech grandir. Ses ennemis actuels sur le terrain, en particulier les Kurdes et les rebelles syriens s’éloignent un peu plus chaque jour de la perspective de sortir vainqueurs de ce conflit, usés pour beaucoup, par la guerre civile. Déjà plus de 180000 personnes ont été tuées depuis le début du conflit syrien en mars 2011.

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