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Yémen : vers un Etat fédéral hypothétique

Sabah Sabet, Mardi, 18 février 2014

Malgré la bénédiction internationale pour la transformation du Yémen en Etat fédéral découpé en six provinces, des obser­vateurs craignent que ce changement ne puisse aboutir à une vraie stabilité.

Yémen : vers un Etat fédéral hypothétique
Le comité présidé par le président Abd-Rabbu Hadi a approuvé la transformation du Yémen en Etat fédéral (Photo:AP)

Le yémen deviendra un Etat fédé­ral constitué de six provinces : Une décision prise dans le cadre d’un vaste dialogue national parrai­né par les Nations-Unies et les monarchies arabes du Golfe. L’approbation finale a été donnée lundi 10 février par un comité pré­sidé par le président Abd-Rabbu Mansour Hadi après deux semaines de négociations avec les délégués de tout le pays. Hadi est également chargé de rédiger une nouvelle Constitution qui sera à la base des élections prévues pour l’année pro­chaine.

La structure fédérale devrait être inscrite dans la nouvelle Constitution qui doit être soumise à un référen­dum. Dans le nouveau système, le sud est divisé en deux régions, Aden et Hadramaout. La partie nord du pays a été, elle, divisée en quatre régions, Saba, Janad, Azal et Tahama.

Selon l’agence de presse Saba, la capitale, Sanaa, serait une « ville fédérale » qui ne sera soumise à aucune autorité régionale et la Constitution garantira sa « neutra­lité », tandis que la ville portuaire d’Aden deviendra une ville admi­nistrative et économique dotée d’un statut spécial et de « pouvoirs légis­latifs et exécutifs indépendants ».

En effet, le Yémen moderne est né en 1990 de l’union de la République arabe du Yémen (au nord, avec Sanaa comme capitale) et de la République démocratique du Yémen, ouvertement marxiste et proche de Moscou, avec Aden comme capitale. Mais il faudra une guerre meurtrière en 1994 pour qu’enfin les deux Yémens n’en fas­sent plus qu’un. Depuis, les habi­tants du sud se sont révoltés à plu­sieurs reprises en s’estimant lésés par rapport au nord du pays. C’est en partie pour stopper cette vague de colère, qui ne s’est jamais vrai­ment éteinte, que la commission présidée par le chef de l’Etat a pro­cédé à ce découpage. Mais celui-ci pourra-t-il mettre fin à des années de conflits ?

Pour Ayman Abdel-Wahab, cher­cheur en affaires yéménites au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, la transformation du Yémen en un Etat fédéral ne convient pas avec la nature de ce pays. « La culture tri­bale du Yémen va doubler cette division et la fidélité sera à la tribu, la plus grande et la plus ancienne, et pas à l’Etat ou à la province », explique Abdel-Wahab en ajoutant que les conflits entre les tribus sur la fortune et l’autorité vont s’accroître puisqu’il n’y aura pas un seul Etat qui les réunit.

En outre et comme réaction ini­tiale à cette décision, les rebelles zaïdites, issus d’une branche du chiisme, qui contrôlent une partie du nord du pays, ont également rejeté ce découpage. « Nous l’avons rejeté car il divise le Yémen entre régions pauvres et régions riches », a déclaré à l’AFP Mohammed Al-Bakheiti, représentant au dialo­gue national des rebelles d’Ansarul­lah. Les zones contrôlées par Ansarullah font partie, conformé­ment à ce découpage, de la province comprenant la capitale Sanaa. Cette province, qui sera nommée Azal, comprend les régions de Saada, ber­ceau traditionnel du zaïdisme et fief d’Ansarullah, ainsi que celles de Omran et Dhamar. Elle ne dispose pas de richesses naturelles et n’a pas accès à la mer. « Saada a des liens culturels, sociaux et géographiques plus forts avec Hajja (sur la côte), et Al-Jawf », région pétrolière proche de la frontière de l’Arabie saoudite, a estimé Bakheiti. « Sans un vrai développement des établis­sements et de la société, la décen­tralisation aboutira à plus de conflits et de guerre civile, et l’exemple du Soudan prouve cela », conclut Abdel-Wahab.

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