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Face à face Israël-Hezbollah : escarmouches militaires ou guerre ouverte

Sabah Sabet , Salma Hussein , Vendredi, 21 juin 2024

Une guerre avec le Hezbollah aurait une dimension régionale. Depuis le 7 octobre, les Etats Unis ont approuvé les opérations militaires israéliennes à Gaza. Pourtant, Washington veut que toute opération régionale soit strictement sous son contrôle.

Liban, israel

Les menaces israéliennes d’une guerre totale au Liban et les mises en garde du Hezbollah ces derniers jours ont laissé planer pour la première fois le spectre d’une guerre régionale ouverte. Les Etats Unis multiplient les efforts diplomatiques pour éviter un affrontement. Ahraminfo revient sur les questions clés concernant une éventuelle confrontation.

Pourquoi l’escalade israélienne au Liban suscite la crainte des Occidentaux  ?

Les leaders du G7 ont informé le président américain qu’ils possédaient des informations sur l’intention sérieuse d’Israël de lancer une opération militaire au Liban, lors de leur sommet tenu du 13 au 15 juin en Italie. Une source diplomatique arabe proche des décideurs à Washington affirme que « c’est la première fois depuis le 7 octobre que ces menaces semblent réelles » et que « Netanyahu a réussi à convaincre le conseil de guerre israélien de mener une telle guerre contre le Hezbollah ».

L’armée israélienne avait annoncé le 18 juin que « des plans opérationnels pour une offensive au Liban avaient été validés ».

Les leaders de G7 qui craignent une escalade régionale ont demandé aux Etats-Unis d’exercer des pressions sur Israël pour éliminer un tel risque, dévoile la source diplomatique arabe.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères a mis en garde vendredi 21 juin contre « les répercussions de cette guerre » lors d’une conférence de presse tenue à l’issue d’une rencontre avec son homologue Qatari.

"Nous ferons tout pour empêcher" cette escalade, a assuré le ministre espagnol, dénonçant les "menaces" lancées mercredi par le Hezbollah contre Chypre, membre de l'Union européenne.

Devenue ces derniers mois la voix la plus critique au sein de l'UE à l'égard du gouvernement israélien de Benjamin Netanyahu, l'Espagne dispose d'un contingent de 650 soldats au Liban, déployés dans le cadre de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul), que dirige un général espagnol.

Comment Washington peut-il réagir face à cette escalade ?

Le président américain tente d’éviter une guerre régionale à quelques mois des élections présidentielles.

« Une guerre avec le Hezbollah aurait une dimension régionale. Depuis le 7 octobre, les Etats Unis ont approuvé les opérations militaires israéliennes à Gaza. Pourtant, Washington veut que toute opération régionale soit strictement sous son contrôle », affirme le diplomate arabe. Il donne l’exemple des attaques contre les Houthis, qui sont désormais menées par une alliance internationale sous l’égide des Etats-Unis.

Lors d'une réunion avec des responsables israéliens à Washington jeudi 20 juin, le secrétaire d'Etat, Anthony Blinken, a souligné l'importance « d'éviter de nouvelle escalade au Liban ».

Ces déclarations font suite à une visite de l’envoyé spécial américain, Amos Hockstein au Liban et en Israël. En dépit de ce ballet diplomatique américain, l'armée israélienne a annoncé le 18 que « des plans opérationnels pour une offensive au Liban avaient été validés ».

Le chef de la diplomatie israélienne, Israël Katz, avait menacé d'une « guerre totale » dans laquelle le Hezbollah serait "détruit".

Est-ce que le Hezbollah a réussi à atténuer les menaces israéliennes ?

Le Hezbollah a réussi à convaincre le monde que sa réaction contre une éventuelle attaque israélienne serait « hautement violente », souligne le diplomate arabe. Dans un discours incendiaire mercredi 19 juin, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait averti qu'aucun lieu en Israël ne serait épargné par les missiles de son mouvement en cas d'attaque israélienne contre le Liban.

Citant un haut responsable américain, CNN a affirmé que les répercussions d'une guerre plus large entre Israël et le Hezbollah seraient dévastatrices, soulignant que le Hezbollah possède un arsenal de missiles et de drones beaucoup plus important, plus avancé et plus destructeur que le Hamas, dont la plupart des missiles sont à courte portée bien que certains d’entre eux peuvent pénétrer profondément en Israël avec des capacités précises.

Israël estime que le Hezbollah possède environ 150 000 roquettes et obus et des milliers de munitions de précision.

Par ailleurs, l’expérience de la guerre entre Israël et le groupe chiite libanais est favorable à ce dernier. En 2006, le groupe a enduré une confrontation militaire de plus de 34 jours avec Israël, sans rendre deux militaires israéliens qu’il avait kidnappés. « L’expérience de la guerre de juillet 2006 a prouvé au Hezbollah que le fait d’entamer des négociations à travers des médiateurs sans dissuassion augmente la violence de la riposte israelienne », explique Mohamed Agati, directeur du Forum arabes des Alternatives.

Pour Agati, il y a trois conditions fondamentales pour qu’une guerre se déclenche, parmi lesquelles au moins deux devraient être remplies pour qu’Israël étende sa guerre: En premier lieu, la capacité d’Israël à controler pleinement la bande de Gaza, sans opérations de résistance douleureuses. Deuxièmement, si Israël pourrait convaincre les acteurs internationaux, notamment les Etat-Unis et la France à se plier à son intérêt et étendre la guerre, surtout que “l’extrême droite supporte une guerre plus étendue”. Enfin, la capacité de Hezbollah à exécuter ses menaces.

Nasrallah a également menacé Chypre, le pays de l'Union européenne le plus proche des côtes du Moyen-Orient, l’accusant de « détenir des informations qu’Israël pourrait utiliser. Chypre pourrait ouvrir ses aéroports et ses bases à Israël en cas d’attaque du Liban. Une hypothèse reniée par Chypre. « Il est très intelligent de la part du Hezbollah d’impliquer Chypre dans ce conflit. Il s’agit effectivement de souligner les conséquences internationales en jeu », note le diplomate arabe.

 

Israël va-t-il se plier aux pressions américaines et internationales ?

Israël est à la recherche d’une « victoire » à Gaza. Il a demandé aux américains et aux autres médiateurs un délai de quelques semaines avant d’approuver le cessez- le feu, révèle à Ahraminfo le diplomate arabe. Israël veut réaliser quelques petites victoires à Gaza, en ciblant les tunnels et potentiellement les cadres du Hamas. Une autre victoire serait de libérer davantage d’otages israéliens à Gaza.

Sur le front nord d’Israël, le Hezbollah a provoqué le déplacement de plus de 60.000 israéliens. Le gouvernement israélien aimerait bien que ces citoyens retournent chez eux avant le début de l’année scolaire. Il exerce des pressions sur Washington pour que le Hezbollah approuve « une réduction significative de l’intensité des attaques ».

 

Etant donné les hostilités croissantes, la perspective d’un cessez-le feu existe-t-elle toujours ?

« Le mois de juillet pourrait témoigner d’une réduction des tensions », affirme le diplomate. Tout d’abord parce que c’est la date annoncée par l’armée israélienne pour atteindre ses objectifs à Gaza. Ce serait un cessez-le feu sans répondre aux conditions du Hamas concernant un retrait total de la bande de Gaza. Le plus probable serait un cessez- le feu temporaire, donnant le droit à Netanyahu de relancer les attaques.

En revanche, Israël permettra l’entrée massive et ininterrompue des aides humanitaires parallèlement à un échange d’otages, même à petite échelle. Et enfin et surtout, il arrêtera les hostilités avec le Liban.

 

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