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Le Conseil de sécurité décide le retrait de la mission de l'ONU en Irak à fin 2025

AFP , Vendredi, 31 mai 2024

Le Premier ministre Mohamed Chia al-Soudani estime qu'"après 20 ans de transition démocratique et de défis variés surmontés, les raisons de la présence d'une mission politique en Irak n'existent plus"

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Les militaires des Nations Unies sont les Casques bleus sur le terrain. Photo : Organisation des Nations Unies

A la demande de Bagdad, le Conseil de sécurité a décidé vendredi à l'unanimité de mettre un terme à fin 2025 à la mission politique de l'ONU en Irak, présente dans le pays depuis plus de 20 ans.

Début mai, dans une lettre au Conseil, le Premier ministre Mohamed Chia al-Soudani avait réclamé la fin au 31 décembre 2025 de la mission d'assistance des Nations unies pour l'Irak (Manui), mettant en avant "les développements positifs et les succès" des gouvernements successifs.

Dans ces circonstances, "après 20 ans de transition démocratique et de défis variés surmontés, les raisons de la présence d'une mission politique en Irak n'existent plus", estimait-il.

Alors que les missions de l'ONU ne peuvent exister sans l'accord du pays hôte, la résolution adoptée jeudi par le Conseil "décide d'étendre le mandat de la Manui pour une ultime période de 19 mois jusqu'au 31 décembre 2025", date après laquelle la mission "cessera son travail et ses opérations".

"Nous reconnaissons tous que l'Irak a changé radicalement ces dernières années, et il était nécessaire de réaligner la Manui, en accord avec notre engagement pour encourager un Irak sûr, stable et souverain", a commenté Robert Wood, ambassadeur adjoint des Etats-Unis qui ont rédigé cette résolution.

"Nous, membres du Conseil, continuerons de surveiller les progrès accomplis", a-t-il ajouté, alors que les Etats-Unis s'étaient dans un premier temps montrés plus évasifs sur la demande de Bagdad.

"Nous sommes convaincus qu'en 20 ans depuis sa mise en place, la Manui a totalement accompli son potentiel de soutien à la restauration de l'Etat irakien et que le peuple irakien est aujourd'hui prêt à assumer la responsabilité totale de l'avenir politique du pays", a de son côté insisté l'ambassadrice russe adjointe Anna Evstigneeva, s'opposant à "toute ingérence dans les affaires intérieures du pays".

La mission avait été créée en 2003 après l'intervention militaire américano-britannique et la chute de Saddam Hussein.

Son mandat, renforcé en 2007, et renouvelé chaque année, incluait le soutien au gouvernement pour un dialogue politique inclusif et la réconciliation nationale, l'organisation des élections ou la réforme du secteur de la sécurité.

"Nouvelle phase"

Lors du précédent renouvellement du mandat en mai 2023, le Conseil avait demandé au secrétaire général de lancer un examen stratégique de la mission, confié au diplomate allemand Volker Perthes.

Ce dernier avait en mars estimé que "dans sa forme actuelle", la Manui, qui comptait fin 2023 plus de 700 personnes, semblait "trop importante".

Il avait ainsi appelé à transférer ses tâches aux autorités nationales compétentes et à d'autres entités de l'ONU sur place "de manière responsable, ordonnée, graduelle", évoquant une période de deux ans.

Mais cette transition sera donc plus courte.

Pendant cette période d'ici fin 2025, la mission devra être "rationalisée", a décidé le Conseil. Elle pourra malgré tout continuer ses tâches en matière de conseil et d'assistance technique pour la préparation des élections, la facilitation du travail humanitaire, la protection des droits humains et la résolution des différends entre l'Irak et le Koweït (disparition de citoyens koweïtiens et d'archives nationales après l'invasion du Koweït en 1990).

"Cela fait partie des efforts du Premier ministre al-Soudani de montrer que l'Irak, en tant que pays, entre dans une nouvelle phase qui, il espère, peut être basée sur la souveraineté", a commenté Renad Mansour, analyste au cercle de réflexion Chatham House, soulignant que cela ne veut pas dire que l'ONU, via ses agences et programmes, quittera le pays.

L'Irak n'est pas le seul pays à vouloir mettre dehors les missions politiques ou de maintien de la paix de l'ONU, qui font face à des critiques grandissantes particulièrement en Afrique.

Sous pression de la junte, les Nations unies ont notamment dû ainsi retirer dans la précipitation leurs milliers de Casques bleus du Mali en 2023.

La mission politique au Soudan, qui n'était plus la bienvenue, a également été fermée, et la Somalie vient de réclamer en mai le départ de la mission d'assistance de l'ONU avant la fin de l'année.

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