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Au 100ème jour de l'attaque israélienne sur Gaza, le bilan s'alourdit de manière alarmante

Maha Salem avec AFP, Dimanche, 14 janvier 2024

La guerre à Gaza est entrée dimanche dans son centième jour malgré des appels à une trêve du conflit, qui a plongé la bande de Gaza dans une crise humanitaire majeure et fait redouter un embrasement régional.

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la fumée s'échappant de Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, lors d'un bombardement israélien 14 janvier 2024. Photo : AFP

Au 100 ème jour de la guerre à Gaza, le bilan des morts et des blessés palestiniens s’alourdit de manière alarmante. « 23.968 personnes ont été tuées dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre dont 12 345 enfants, 6 471 femmes, et 113 journalistes. Il y a eu par ailleurs 60 582 blessés », annonce, dimanche 14 janvier, un communiqué du ministère de la Santé de Gaza. 

"La mort, la destruction, le déplacement, la faim, la perte et le chagrin massifs de ces 100 derniers jours entachent notre humanité commune", a déclaré le patron de l'agence d'aide aux réfugiés palestiniens de l'ONU (UNRWA), Philippe Lazzarini, en visite à Gaza.

Selon lui, une génération entière d'enfants de Gaza est "traumatisée", les maladies continuent à se propager et la "famine" menace.

La ministre palestinienne de la Santé, Mai Salem Al-Kaila, a affirmé, également dimanche, que « l'occupation a tué 337 membres du personnel de santé et en a arrêté 99 autres. 150 établissements de santé ont été pris pour cible, 30 hôpitaux et 53 centres médicaux ont été mis hors service et 121 ambulances ont été détruites ». Selon la ministre, 90 % de la population de la bande de Gaza est sans abri et 70 % de ses maisons ont été détruites. « Le génocide perpétré par les forces d'occupation a fait d'un Palestinien sur 20 dans la bande de Gaza un martyr, un blessé ou un disparu », a-t-elle ajouté dans un communiqué diffusé par la chaine Al-Qahera news.

Un nuage de fumée s'est élevé dimanche matin au-dessus de la ville de Khan Younès après un bombardement israélien, selon un photographe de l'AFP. 

L'armée israélienne a dit ces derniers jours concentrer ses opérations sur cette ville du sud du territoire où sont massés des centaines de milliers de civils après avoir fui les bombardements massifs dans le nord du territoire au début de la guerre.

Elle a fait état dimanche de la mort d'un de ses soldats, portant à 188 le nombre de militaires tués depuis le début des opérations terrestres à Gaza le 27 octobre.

"Morte affamée" 

Samedi, des dizaines de personnes avaient prié autour de dépouilles de proches, devant l'hôpital al-Najjar de Rafah (sud).

Bassam Arafa brandit la photo d'une fillette sur son téléphone: "cette petite fille, qu'est-ce qu'elle leur a fait? Elle est morte affamée, avec un morceau de pain dans la main".

Le blocus israélien, renforcé avec la guerre, provoque de graves pénuries de vivres et de carburant dans toute la bande de Gaza où le système de santé s'effondre chaque jour davantage.

Selon un journaliste de l'AFP à Rafah, les télécommunications semblaient être rétablies dimanche à Gaza deux jours après leur arrêt, signalé vendredi par Paltel, principal opérateur palestinien.

Mais la pluie et le froid rendent encore plus difficile la survie au quotidien des familles, qui campent dans la cour du complexe médical al-Nasser, à Khan Younès.

"Mais où pouvons-nous aller", se lamente la quadragénaire Nabila Abu Zayed.

L'ONU estime que 1.9 million de personnes, soit près de 85% de la population, ont dû quitter leur logement.

Nombreux sont ceux qui cherchent un refuge à Rafah ou dans d'autres localités du sud alors que le ministère de la Santé local répète qu'il n'y a pas d'infrastructures pour les accueillir.

Son porte-parole accuse Israël de "cibler délibérément les hôpitaux (...) pour les mettre hors service" et met en garde contre des "répercussions dévastatrices".

Les hôpitaux, pourtant protégés par le droit international humanitaire, ont été frappés dans le territoire à plusieurs reprises par l'armée israélienne.

Israël accuse le Hamas de se servir d'hôpitaux comme bases et d'utiliser les civils comme boucliers humains, ce que le mouvement palestinien dément.

Selon l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), moins de la moitié des hôpitaux de la bande de Gaza fonctionnent, et ce, partiellement. 

L’UNRWA et l’OMS ne sont pas les seules organisations mondiales à tirer la sonnette d’alarme. L'Observatoire euro-méditerranéen des droits de l'homme a dénoncé les crimes de guerre atroces commis à Gaza qui « font perdre la vie à environ 1 000 personnes chaque jour en moyenne » ce qui constitue le chiffre le plus sanglant de l’histoire des guerres modernes.

L’Observatoire a rapporté qu’Israël détruit délibérément les infrastructures de la bande de Gaza et en fait une zone inhabitable, et ses attaques n’excluent pas les établissements de santé, les écoles, les mosquées et les églises.

Procès pour génocide

L'Afrique du Sud a, dans une affaire judiciaire historique, a accusé Israël de violer la Convention des Nations unies sur le génocide, affirmant que même l’opération de déluge d’Al Aqsa déclenché par Hamas du 7 octobre 2023 ne pouvait justifier les combats acharnés à Gaza.

Pretoria a saisi en urgence la plus haute juridiction de l'ONU, la Cour internationale de Justice (CIJ), qui siège à La Haye pour qu'elle enjoigne à Israël de "suspendre immédiatement ses opérations militaires" dans la bande de Gaza.

Israël a juré d'"anéantir" le Hamas et lancé une offensive dans ce territoire palestinien qui a fait au moins 23.968 personnes, principalement des femmes, adolescents et enfants, plus de 60.582 personnes ont également été blessées, selon le dernier bilan du ministère de la Santé de Gaza. L'ONU estime que 1.9 million de personnes, soit près de 85% de la population, ont dû quitter leur logement.

"Aucune attaque armée sur le territoire d'un Etat, aussi grave soit-elle (...) ne peut justifier une violation de la Convention", a affirmé le ministre sud-africain de la Justice, Ronald Lamola, devant la CIJ, le jeudi 11 janvier.

"La réponse d'Israël à l'attaque du 7 octobre a franchi cette ligne et a donné lieu à des violations de la Convention", a soutenu M. Lamola.

"Nous ne présentons aucune affaire au nom du Hamas, cette déclaration est sans fondement, nous le faisons au nom des Palestiniens, des enfants, des femmes et des personnes âgées qui sont tués à Gaza", a-t-il ajouté devant les journalistes à l'issue de l'audience.

En dehors de Gaza, les craintes d'un embrasement régional grandissent après de nouvelles frappes contre les Houthis, des rebelles yéménites soutenus par l'Iran qui multiplient les attaques en mer Rouge contre des navires qui seraient liés à Israël, en solidarité avec les Palestiniens.

Les Etats-Unis ont déclaré que leurs forces avaient atteint un "site radar au Yémen" après que des sites de ces rebelles ont été touchés par des frappes américaines et britanniques.

Le front libanais

"Qu'est ce que l'ennemi a réalisé durant cent jours, à part tuer?", a lancé Hassan Nasrallah dans un discours télévisé commémorant la mort d'un haut responsable militaire du puissant mouvement, Wissam Tawil, tué lundi 8 janvier par Israël dans le sud du Liban.

"Il n'a remporté aucune victoire réelle ou semblant de victoire. Il a échoué dans l'atteinte de ses objectifs déclarés, à moitié déclarés et implicites", a-t-il ajouté.

Depuis le 8 octobre, les échanges de tirs transfrontaliers entre le mouvement libanais, qui dit intervenir en soutien au Hamas, son allié, et l'armée israélienne sont quotidiens.

"Si on continue sur cette voie, que ce soit à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, au Yémen ou en Iraq, le gouvernement ennemi n'aura d'autre choix que d'accepter les conditions de la résistance à Gaza et donc de mettre fin à l'agression contre Gaza et de négocier", a estimé Hassan Nasrallah.

En plus de trois mois de violences à la frontière, 190 personnes ont été tuées au Liban, parmi lesquelles au moins 141 combattants du Hezbollah, et plus de 20 civils, selon un décompte de l'AFP.

Le Hezbollah annonce quotidiennement des tirs sur des cibles militaires israéliennes, tandis que l'armée israélienne réplique par des frappes aériennes et des tirs d'artillerie contre "les infrastructures" du parti et les combattants près de la frontière.

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