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Tunisie : 3 semaines pour s’entendre

Maha Salem avec agences, Mardi, 29 octobre 2013

A Tunis, le dialogue national entre l'opposition et le pouvoir est lancé. Les deux parties n'ont que peu de temps pour régler les nombreux points de divergences qui minent le pays depuis 2 ans.

Les islamistes d’Ennahda, au pouvoir, et l’opposition ont entamé vendredi un « dialogue national » censé permettre la formation d’un gouvernement provisoire et la tenue de nouvelles élections afin de sortir la Tunisie de plusieurs mois de crise politique.

Ces discussions doivent durer 3 semaines. Déjà, Houcine Abassi, secrétaire général du syndicat UGTT et principal médiateur de la crise, a indiqué que les négociateurs allaient former des commissions chargées des 3 volets du dialogue : la formation d’un nouveau gouvernement, l’élaboration de la Constitution et la question des futures élections.

Avec le lancement du dialogue et selon la feuille de route de négociations, d’ici 7 jours, la classe politique doit désigner un premier ministre indépendant, les candidats étant principalement des économistes ou d’ex-dirigeants de la Banque Centrale. Ce premier ministre aura 2 semaines pour former son cabinet de techniciens, chargé de gérer le pays jusqu’à de nouvelles élections. Après la désignation de ce gouvernement, le cabinet dirigé par Ennahda démissionnera formellement permettant l’entrée en fonction de son successeur, dont les membres s’engageront à ne pas participer aux prochaines élections.

La feuille de route prévoit aussi l’adoption par l’Assemblée Nationale Constituante (ANC), où Ennahda est majoritaire, d’une loi limitant dramatiquement la possibilité de censurer la future équipe gouvernementale. Les partis doivent, en parallèle, finaliser le projet de Constitution.

Durant 4 semaines, des consultations et des négociations se tiendront, mais l’ANC, élue il y a près de 2 ans, devra aussi adopter au fur et à mesure les articles de ce texte, puis sa totalité à une majorité des deux tiers. La rédaction de la Constitution est en panne depuis des mois autour de sujets controversés pour les deux camps, tels que les références à l’islam ou les prérogatives du président. « Le train de la sortie de crise est sur les rails et nous sommes maintenant en voie d’achever notre transition vers les élections », a commenté Rached Ghannouchi, président du parti islamiste modéré.

Plusieurs sujets chauds

Les premiers tours de table entre islamistes et laïcs devraient être consacrés à la formation de l’instance électorale indépendante chargée d’organiser les prochaines élections législatives et présidentielles. La date de la tenue des prochaines élections apparaît en revanche comme un sujet plus problématique. Ennahda souhaite que le scrutin intervienne dans un délai de 6 mois, tandis que l’opposition demande plus de temps afin de permettre à ses chefs de file de s’organiser en vue de la campagne.

Dans le même temps, une loi électorale doit être rédigée et adoptée par l’ANC dans un délai de 2 semaines. A la fin de ce processus, les dates des scrutins doivent être fixées. En 2 ans, les dirigeants tunisiens ont annoncé une multitude de calendriers d’adoption de la Constitution et de dates pour les prochaines élections. Aucun n’a été respecté.

Lors des précédentes élections, les islamistes modérés, réunis dans la formation politique la mieux organisée du pays, avaient obtenu 40 % des suffrages et avaient constitué une coalition de gouvernement avec deux petits partis laïques, le Congrès pour la république du président Moncef Marzouki, et Ettakatol, une formation de gauche.

Ennahda a remporté les élections d’octobre 2011, le parti islamiste est toutefois vivement contesté par l’opposition laïque, ce qui bloque le processus de transition en Tunisie. Les tensions entre religieux et laïcs se sont accrues cette année après les assassinats de deux figures influentes de l’opposition. La classe politique ne fait aucune confiance aux islamistes et les soupçonnent de vouloir s’accrocher au pouvoir. Ils ont d’ailleurs demandé au premier ministre, Ali Larayedh, de s’engager par écrit à démissionner à l’issue des 3 semaines de négociations. Ennahda a accepté cette exigence, mais a réclamé en retour que le texte de la nouvelle loi fondamentale soit achevé d’être rédigé avant de céder la place à un cabinet technocratique.

Selon Nedjib Chebbi, représentant de l’opposition, les travaux de l’ANC semblent en passe d’être terminés dans les prochains jours, les élus devant revenir siéger pour achever la rédaction du texte. Mais depuis son accession au pouvoir, Ennahda a vu son audience s’effriter, une partie des Tunisiens lui reprochant de ne pas avoir été capable de relancer le marché de l’emploi et de maîtriser le coût de la vie.

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