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Le Liban s’enfonce dans la crise

Ines Eissa , (avec Agences) , Mercredi, 09 novembre 2022

Avec la formation d’un nouveau cabinet toujours bloquée, et aucun successeur à Michel Aoun encore élu, le Liban se trouve dans une situation inédite: une double vacance au niveau de l’exécutif qui ne fait qu’aggraver la crise.

Le Liban s’enfonce dans la crise
(Photo : AFP)

La participation du premier ministre libanais, Najib Mikati, au Sommet arabe tenu à Alger du 1er au 3 novembre a mis fin à la crise constitutionnelle causée par la décision prise par le président sortant Michel Aoun à la veille de son départ. En effet, avant son départ, Aoun, dont le mandat a expiré le 31 octobre, a signé un décret contestant au premier ministre le droit de diriger le pays, au risque d’accentuer la paralysie des institutions. Car le gouvernement de Mikati est un gouvernement démissionnaire qui expédie les affaires courantes et qui est considéré comme sortant depuis les élections législatives de mai dernier. Fort heureusement, le parlement libanais a décidé jeudi, lors d’une réunion consacrée à l’étude d’une lettre envoyée quelques jours auparavant par le désormais ancien président Michel Aoun, que le gouvernement Mikati peut continuer à expédier les affaires courantes. Un développement prévisible car « la décision du président libanais de limoger le gouvernement, qui visait à créer une vacance au pouvoir exécutif afin de pousser le parlement à s’accorder sur l’élection d’un nouveau président, est anticonstitutionnelle, vu que la Constitution libanaise stipule qu’en cas de vacance présidentielle, le pouvoir est transmis au premier ministre », explique un diplomate qui a requis l’anonymat.

D’où la déclaration de Mikati, qui a dit que son cabinet, « qui est déjà considéré comme démissionnaire sans que cela ne nécessite une décision du président », poursuivra sa mission d’expédition des affaires courantes, « conformément à son devoir énoncé dans la Constitution ». Un éventuel manquement à ce devoir signifierait que le gouvernement sortant s’expose à des « sanctions constitutionnelles », a-t-il ajouté, estimant que le décret de Aoun était « sans aucune valeur constitutionnelle ».

Najib Mikati avait démissionné à l’issue des législatives du printemps dernier, et avait été de nouveau choisi par les députés pour diriger le gouvernement. Mais depuis, il peine à former un nouveau cabinet.

Si une vacance totale du pouvoir a été évitée de justesse, la crise reste entière au Liban. Le chef de l’Etat libanais, Michel Aoun, avait quitté la semaine dernière le palais présidentiel à la veille de l’expiration de son mandat, sans successeur désigné, aggravant le blocage politique dans le pays en plein effondrement économique. Son mandat, six ans, a été marqué par l’effondrement économique du Liban, l’explosion dévastatrice du port de Beyrouth et un soulèvement populaire inédit. Le parlement s’est réuni en vain, à quatre reprises depuis un mois, pour élire un président, mais ni le camp du Hezbollah musulman chiite, le puissant mouvement armé qui domine la vie politique au Liban, ni celui de ses opposants ne disposent d’une claire majorité pour imposer un candidat. Le président du parlement, Nabih Berry, avait prévu de rassembler les partis à un dialogue avant d’annoncer qu’il en abandonnait l’idée, en raison de « l’opposition exprimée par deux groupes: les Forces libanaises et le Courant patriotique libre », les deux principaux blocs chrétiens. Mais il a déclaré qu’il convoquerait les députés sur une base hebdomadaire à partir de ce jeudi 10 novembre. « J’espère qu’un consensus sera atteint entre tous les blocs et groupes (...). Si un compromis n’est pas trouvé ici ou là, nous ne parviendrons pas à une solution », a-t-il prévenu.

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