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En Iraq, ceux qui soufflent sur les braises

Abir Taleb avec agences, Mardi, 09 novembre 2021

L’Iraq s’enfonce un peu plus dans la crise: le premier ministre a été la cible d’une tentative d’attentat dimanche dernier, alors que les tiraillements postélectoraux ne sont pas près de s’estomper.

Déploiement sécuritaire près de la zone verte.
Déploiement sécuritaire près de la zone verte. (Photo : AP)

« je vais bien ». Sur Twitter, le premier ministre iraqien, Moustafa Al-Kazimi, a rassuré ses compatriotes après la tentative d’attentat à son encontre. Dans la nuit du samedi 6 au dimanche 7 novembre, sa résidence a, en effet, été la cible d’attaques aux drones. Selon des sources sécuritaires, 3 drones « ont été lancés depuis un site proche du pont de la République ». Deux d’entre eux ont été abattus en vol par la garde rapprochée de Moustafa Al-Kazimi. Le troisième a pu faire exploser sa charge contre la résidence du premier ministre, blessant deux de ses gardes du corps. Le premier ministre iraqien a immédiatement tenu une réunion d’urgence avec les responsables sécuritaires pour discuter des répercussions de cet incident. « Nous savons parfaitement » qui est derrière cet acte, a-t-il dit.

Les Etats-Unis ont aussitôt condamné un « acte apparent de terrorisme » contre « le coeur de l’Etat iraqien ». La tentative d’attentat a aussi été condamnée par des pays voisins. Mais également à l’intérieur de l’Iraq : le président iraqien a évoqué une « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel », l’influent leader chiite, Moqtada Sadr, dont le courant est arrivé en tête des élections, a parlé d’une attaque « contre l’Iraq et le peuple iraqien ». Condamnation également de tous les partis politiques, y compris les groupes proches de l’Iran qui sont aujourd’hui pointés du doigt à cause de leur relation très conflictuelle avec le chef du gouvernement. Même Téhéran a réagi, appelant à la « vigilance pour déjouer les complots visant la sécurité » en Iraq.

Même si pour le moment, l’attaque n’a pas été revendiquée, les soupçons se tournent vers les pro-Iran. De quoi aggraver un peu plus la crise politique en Iraq. D’où l’appel au « calme et à la retenue de la part de tous pour le bien de l’Iraq » lancé par Kazimi suite à la tentative d’assassinat. Mais l’appel trouvera-t-il écho? Pas si sûr. L’attaque— la première à viser la résidence du premier ministre située dans la zone verte, une zone normalement ultra-sécurisée qui abrite également l’ambassade américaine — survient au moment où les partis mènent de difficiles tractations en vue de former des coalitions parlementaires sur la base des résultats préliminaires du scrutin du 10 octobre dernier, mais surtout alors que le pays est traversé par de fortes divisions liées aux résultats de ces élections.

Pro-Iran versus anti-Iran

Ces divisions sont d’autant plus fortes qu’elles opposent les pro-Iran aux anti-Iran. L’Alliance de la conquête, vitrine politique du Hachd Al-Chaabi, une influente coalition d’anciens paramilitaires pro-Iran, a vu son nombre de sièges fondre à l’issue du vote et dénonce une « fraude » électorale. Certains partisans du Hachd accusent Moustafa Al-Kazimi d’être « complice » de cette « escroquerie ». Mais ils ne se contentent pas de dénoncer les résultats: depuis le 19 octobre, en signe de protestation, des centaines de partisans du Hachd organisent deux sit-in à deux entrées différentes de la zone verte. Vendredi dernier, les manifestations ont tourné à l’affrontement avec les forces de l’ordre. Plusieurs morts et des centaines de blessés seraient à déplorer. Pourtant, malgré sa déroute, le Hachd, dont les membres sont désormais intégrés à l’Etat, restera une force politique importante au parlement, grâce au jeu des alliances et la cooptation des élus indépendants. Et cette escalade est, selon les analystes, une stratégie pour obtenir le maximum à l’heure de former le prochain gouvernement.

Les tiraillements se poursuivront donc. Les tensions aussi. Le premier ministre iraqien est sorti indemne de la tentative d’assassinat. Le pays, lui, non.

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