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Liban : L’impasse ?

Abir Taleb avec agences, Mardi, 22 septembre 2020

Le Liban attend toujours la formation d’un nouveau gouvernement après l’expiration du délai initialement annoncé. Les discussions butent sur l’attribution du portefeuille des Finances, que les chiites refusent de céder.

Le liban reste plongé dans l’incertitude, sans gouvernement. Près d’une semaine après l’expiration du délai de 15 jours pour former le gouvernement, promis par les différents camps politiques et annoncé par le président français, Emmanuel Macron, le 1er septembre lors de sa visite à Beyrouth, l’entente fait encore défaut, et ce, malgré les efforts déployés par la France.

Comme toujours, le système en place entrave toute ébauche de solution. En effet, le blocage politique persiste autour de l’attribution du portefeuille des Finances, que le tandem chiite composé du Hezbollah et du mouvement Amal refuse de céder: la tradition veut que ce portefeuille soit attribué à une personnalité chiite. Pourtant, le premier ministre désigné, Moustapha Adib, s’est jusque-là toujours dit déterminé à remettre en cause l’attribution des postes ministériels selon une base confessionnelle fixe, afin de mettre une rotation entre les communautés et les portefeuilles. Un avis qui semble partagé par les ténors de la scène politique sunnite. L’ancien premier ministre Saad Hariri a estimé, mercredi 16 septembre via son compte Twitter, que le ministère des Finances n’était pas « le droit exclusif » d’une communauté spécifique et que le refus de la rotation des portefeuilles en fonction des communautés a pour objectif de « faire échouer la dernière chance possible de sauver le Liban et les Libanais ». L’intransigeance du tandem chiite a été également fustigée par d’autres partis. Samir Geagea, chef de file du parti chrétien des Forces libanaises, a qualifié, vendredi 18 septembre, d’« opération de sabotage du pays » les revendications du tandem chiite et a dénoncé l’obstination de ce dernier à conserver le portefeuille des Finances, soulignant que cette prise de position « porte atteinte à l’initiative française », alors que le leader druze et chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, a accusé le Hezbollah et ses alliés d’être les fossoyeurs d’un Liban qui aurait refusé, à cause d’eux, la dernière chance de relèvement offerte par la France. « J’ai bien peur que nous ne soyons aujourd’hui en train de faire nos adieux au Grand Liban », a-t-il lancé dans un tweet.

La réponse du Hezbollah ne s’est pas fait attendre : dans un communiqué publié jeudi 17 septembre, le groupe parlementaire du Hezbollah a réaffirmé les exigences du tandem chiite tout en vilipendant « ceux qui forment le gouvernement dans l’ombre », dans une référence implicite au camp sunnite. « Nous refusons que l’on nomme nos ministres à notre place. Et nous refusons que l’on s’oppose à ce que la composante que nous représentons ne dispose pas du ministère des Finances », a lancé le parti de Hassan Nasrallah.

Le confessionnalisme, encore et toujours

L’impasse semble donc totale. La résistance des partis chiites et la difficulté sont telles que Moustapha Adib a laissé entendre qu’il pourrait se récuser en cas d’échec, affirmant espérer pouvoir compter sur « la coopération de toutes les parties ». Selon le quotidien libanais L’Orient-Le Jour, « la cellule de crise française chargée du dossier libanais aurait poussé Moustapha Adib à patienter, dans la mesure où son retrait à ce stade serait un véritable saut dans l’inconnu ». « Je suis pleinement conscient que nous n’avons pas le luxe du temps », a-t-il concédé, jeudi 17 septembre, lors d’un point presse. « Nous nous sommes mis d’accord pour donner plus de temps aux consultations », a-t-il déclaré après un entretien avec le président Michel Aoun.

Face à ce blocage, le parti chrétien maronite fondé par le président libanais Michel Aoun a formulé, samedi 19 septembre, une proposition de compromis visant à permettre la formation d’un gouvernement pour sortir le pays de la crise. Pour cela, le Courant Patriotique Libre (CLP) a suggéré de confier les ministères régaliens aux confessions minoritaires — druzes, arméniens, alaouites et minorités chrétiennes — une révolution dans un pays où le pouvoir est traditionnellement partagé entre maronites, chiites et sunnites, les trois principales communautés. La proposition a été formulée par le chef du CLP, Gebran Bassil, qui est aussi le beau-fils de Michel Aoun et un allié politique du Hezbollah. Pas sûr cependant que cette proposition fasse écho.

Encore une fois donc, le système confessionnel reste à l’origine des maux du Liban. La France, très investie au Liban depuis la double explosion du 4 août survenue au port de Beyrouth, poursuit pourtant ses pressions. Vendredi 18 septembre, le président français, Emmanuel Macron, a contacté hier son homologue libanais, Michel Aoun, le président de la Chambre Nabih Berry, l’ancien premier ministre Saad Hariri et le premier ministre désigné, Moustapha Adib, pour souligner l’importance de la mise sur pied « le plus rapidement possible » de la nouvelle équipe. La présidence libanaise a officiellement confirmé l’appel et a précisé que M. Macron et a Aoun avaient discuté de l’état actuel des tractations et de « l’importance de poursuivre les efforts pour assurer la naissance du cabinet le plus rapidement possible ». Mais la marge de manoeuvre de Paris semble atteindre ses limites face à un système politique basé sur le confessionnalisme et les marchandages politiciens. Une pratique du pouvoir abhorrée par une grande partie de la population et qui a provoqué, à l’automne dernier, un mouvement de protestation contre l’ensemble de la classe politique, jugée incompétente et corrompue. Pourtant, il y a urgence, puisque toute aide internationale reste tributaire d’un plan gouvernemental de réformes structurelles et crédibles .

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