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Abdel-Salam Al-Soudi : La communauté internationale se désintéresse de la crise au Yémen

Osman Fekri, Mercredi, 31 janvier 2018

Vice-président du Forum pour la paix et le développement basé à Paris, l’analyste politique Abdel-Salam Al-Soudi fait la lumière sur la situation au Yémen trois ans après le début de la guerre.

Al-Ahram Hebdo : 1 000 jours après le déclenchement de la guerre au Yémen, com­ment évaluez-vous la situation dans ce pays ?

Abdel-Salam Al-Soudi: La situation est dra­matique à tous les niveaux. La guerre a tout détruit. Sur le terrain, le Yémen est partagé entre les Houthis, les forces du gouvernement légitime et les combattants de groupes terroristes comme Al-Qaëda et Daëch. Chacune de ces forces contrôle une partie du territoire, et cette polarisa­tion encourage les jeunes à partir au front. La situation désastreuse au Yémen est criante, sur­tout sur le plan humanitaire. D’après les statis­tiques des ONG internationales et de l’Unicef, un enfant meurt au Yémen toutes les dix minutes de maladies pouvant être évitées comme la mal­nutrition, la diarrhée, les infections pulmo­naires… Le grand nombre d’enfants orphelins est un autre résultat de la guerre, ceux-ci se transforment en sans-abri qui luttent pour leur survie. D’autres enfants, au lieu d’aller à l’école, sont recrutés dans les combats. Même les centres d’accueil et les orphelinats ne sont pas épargnés et risquent la fermeture, surtout après l’arrêt de l’assistance financière de la part du gouverne­ment. Les enfants au Yémen sont traumatisés par cette guerre; depuis trois ans, ils n’écou­tent que le sifflement des balles et le fracas des bombes ... Le choléra et les épidémies ont meurtri la population. Et avec les fonction­naires qui n’ont pas touché leurs salaires depuis 14 mois, la pauvreté a atteint tous les foyers. Voilà donc en résumé la situation après trois années de combats, une catastrophe humanitaire sans précédent au Moyen-Orient, alors que l’on ne voit toujours pas le bout du tunnel.

— Vous pensez donc qu’il n’y a pas d’is­sue ?

— Seuls les vainqueurs de cette guerre pour­raient apporter une solution.

— Après la démission de l’émissaire onu­sien, le Mauritanien Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, où en sont les efforts de l’Onu et du Sultanat d’Oman pour une sortie négociée de la crise ?

— Les efforts des Nations-Unies buttent sur les positions rigides des parties concernées ; également, les puissances occidentales sont pré­occupées par d’autres crises qu’elles estiment prioritaires. Quant au Sultanat d’Oman, ses efforts sont d’autant plus louables qu’il se tient à une distance égale de toutes les parties.

Pensez-vous que la communauté inter­nationale s’est désintéressée de la crise au Yémen ?

— Tout à fait. Le monde fait semblant de ne pas voir la souffrance humaine due à la guerre au Yémen, c’est une honte pour la communauté internationale. Le terrorisme, Daëch, la guerre en Syrie et la politique étrangère de l’Adminis­tration Donald Trump sont autant de dossiers qui ont éclipsé le Yémen.

A y voir de près, il semblerait que la guerre au Yémen se déroule entre les Houthis et l’Arabie saoudite. Où sont passées les forces du gouvernement légitime? Ont-elles un rôle dans cette guerre ?

— Les forces du gouvernement légitime n’ont pas de leadership. Les dirigeants actuels sont dépassés par les événements et ne peuvent pas changer la situation.

Les Houthis ont récemment tiré des mis­siles sur l’Arabie saoudite. Ont-ils l’intention d’élargir le champ de bataille ?

— Dans une guerre, chaque partie va jusqu’au bout et utilise tout ce qui est à sa disposition. Les Houthis n’ont pas de lignes rouges; d’après leurs déclarations officielles, ils ont pour ambi­tion de gouverner la péninsule arabique et de conquérir La Mecque.

Si les ingérences étrangères cessent, pen­sez-vous que les Yéménites seront capables de parvenir entre eux à une solution ?

— Les ingérences étrangères au Yémen sont évidentes, que ce soit de la part de puissances régionales, comme l’Iran, ou internationales, comme les Etats-Unis et la Russie. Les Yéménites sont plongés dans une guerre par procuration.

Certains observateurs estimaient que le meurtre de l’ex-président Ali Abdallah Saleh changerait le cours de la guerre. Pourquoi, selon vous, cela n’a-t-il pas été le cas ?

— La mort de Ali Abdallah Saleh a effective­ment changé le cours des événements, mais pour le pire, surtout à l’échelle des négociations. Sa disparition a privé les Houthis non seulement de couverture politique, mais aussi de la rationalité et de l’expérience nécessaires à toute solution négociée.

Avant sa mort, Ali Abdallah Saleh avait annoncé la rupture de son alliance avec les Houthis et sa disposition à négocier avec l’Arabie saoudite. Ses partisans respecteront-ils sa dernière prise de position ?

— D’après les partisans de Saleh, ce dernier, surtout après avoir réalisé les liens des Houthis avec l’Iran, était parvenu à la conclusion qu’ils ne pourraient jamais faire partie d’une solution, qu’ils profitaient de la guerre, et a appelé à une révolte populaire contre eux. Il a aussi demandé à négocier une solution avec l’Arabie saoudite. Il en a payé de sa vie.

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