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Washington déterminé à contrer l’Iran

Inès Eissa avec agences, Mercredi, 25 octobre 2017

Censée chercher une issue à la crise entre le Qatar et ses voisins, la visite du secrétaire d'Etat américain à Riyad et Doha avait finalement pour but de contrecarrer l'influence de l'Iran dans la région.

Washington déterminé à contrer l’Iran
Le secrétaire d'Etat américain avec le ministre saoudien des Affaires étrangères à Riyad. (Photo : AFP)

Le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, a effectué une tournée dans le Golfe (Arabie saoudite et Qatar) dont l’objectif annoncé était d’apaiser les tensions entre le Qatar et ses voisins. Cependant, c’est l’Iran qui a demeuré en toile de fond de la visite. Avec un but essentiel : endiguer l’influence de Téhéran au Moyen-Orient. A ce sujet, le secrétaire d’Etat américain a été clair, commençant par l’Iraq, où l’influence du voisin iranien dérange, non seulement l’Arabie saoudite, mais aussi les Etats-Unis. Rex Tillerson a ainsi exigé dimanche le départ d’Iraq des « milices iraniennes ». Et le chef de la diplomatie américaine a assisté dans la capitale saoudienne à la première réunion de la Commission de coordination saoudo-iraqienne, lancée solennellement par le roi Salman d’Arabie saoudite et le premier ministre iraqien, Haider Al- Abadi. Un rapprochement qui ne risque pas de plaire à Téhéran. Un Iraq « indépendant et fort » va « permettre d’une certaine manière de contrecarrer les influences négatives de l’Iran », a-t-il dit, le plus directement possible. « Les milices iraniennes qui sont en Iraq, maintenant que le combat contre Daech touche à sa fin, doivent rentrer chez elles, tous les combattants étrangers doivent rentrer chez eux », a-t-il insisté. Tillerson faisait référence au Hachd Al-Chaabi, des unités paramilitaires qui regroupent plus de 60 000 hommes, pour beaucoup issus de milices chiites soutenues par l’Iran, formées en 2014 pour suppléer les forces gouvernementales iraqiennes face aux djihadistes de Daech. « Soit ils partent, soit ils intègrent les forces de sécurité iraqiennes », une grande partie de ces miliciens étant iraqiens, a précisé un haut responsable américain.

Tillerson a aussi tenu à assurer que le premier ministre iraqien contrôlait « totalement son pays ». Il a aussi appelé l’Iraq et l’Arabie saoudite à renforcer encore leur « relation vitale pour la stabilité » et la « sécurité » de la région. « Malheureusement par le passé, les Iraqiens ont eu des gouvernements (...) pas très amicaux à l’égard de l’Arabie saoudite », a dit pour sa part le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Al-Jubeir, saluant la nouvelle dynamique. Face à son rival iranien, le Royaume sunnite a entrepris de se rapprocher de Bagdad, après avoir longtemps eu des relations difficiles avec les gouvernements iraqiens à dominante chiite et proches de Téhéran, qui se sont succédé depuis 2003. La visite de Rex Tillerson intervient moins de dix jours après la présentation par Donald Trump de sa stratégie face à l’Iran chiite, une de ses bêtes noires, accusé de « semer la mort, la destruction et le chaos ». Tout en remettant partiellement en cause l’accord sur le nucléaire iranien pourtant cher à ses alliés européens, le président américain a expliqué vouloir combattre les activités « néfastes » de l’Iran, notamment auprès du régime de Bachar Al-Assad en Syrie. Le Yémen, où Téhéran soutient les rebelles houthis contre les forces loyalistes épaulées par Riyad, a également été au coeur des entretiens de Rex Tillerson. « Malheureusement après tant d’années », les Etats-Unis « ne veulent pas (...) reconnaître que l’Iran est justement la source de la stabilité, de la paix et de la lutte antiterroriste dans la région », a répondu dimanche le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, depuis l’Afrique du Sud.

Pas de solution en vue à la crise avec Doha

Justement, la proximité avec l’Iran, c’est ce que l’Arabie saoudite, Bahreïn, les Emirats arabes unis et l’Egypte reprochent au Qatar, et ce qui est, entre autres, à l’origine de la crise entre le Qatar et ses voisins. Or, malgré l’optimisme de Donald Trump, qui prédisait, il y a un mois, une issue positive rapide, aucune issue n’est à l’ordre du jour. « Il n’y a pas de signe fort indiquant que les parties sont prêtes à dialoguer », a déploré Rex Tillerson à Doha. Le secrétaire d’Etat américain s’est borné à promettre de « continuer à travailler pour faciliter ce dialogue ». L’Iran « est le seul espace aérien disponible pour le Qatar », a-t-il ainsi souligné, « voilà un exemple simple de ce qui nous préoccupe », a aussi clairement déclaré Tillerson. En fait, « le Golfe représente traditionnellement une priorité pour les Etats-Unis », explique un diplomate qui a requis l’anonymat, selon lequel « le revirement de l’Administration Trump à l’égard de l'Iran demande une alliance plus solide des pays de la région ». Selon lui, « la menace iranienne hante les dirigeants des monarchies du Golfe. Et Tillerson tente de mobiliser les efforts dans le but de contrer l’influence iranienne au Moyen-Orient. Dans ce contexte, une réconciliation avec le Qatar s’avère tout de même indispensable ».

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