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En Palestine, le monde pressé d’agir

Abir Taleb avec agences, Mercredi, 04 novembre 2015

Face à l'escalade israélienne et à l'absence de tout espoir de relance du processus de paix, l'Autorité palestinienne s'en remet aux instances internationales pour demander une protection de son peuple et un jugement d'Israël.

En Palestine, le monde pressé d’agir
Plus de 70 Palestiniens ont été tués par les forces israéliennes depuis le début du mois d'octobre dernier. (Photos : AP)

Israël commémore l’assassinat d’Yitzhak Rabin, le 4 novembre 1995, par un extrémiste de droite ultra-nationaliste. Les Palestiniens, eux, continuent d’enterrer leurs morts. « Nous mourrons, mais la Palestine vivra ». C’est le slogan que des milliers de Palestiniens de Hébron scandaient lors des funérailles, samedi dernier, de cinq adolescents — dont deux filles — abattus par les forces israéliennes qui les accusaient d’avoir poignardé ou tenté de poignarder des soldats. Des morts qui s’ajoutent aux quelques 70 Palestiniens tués par les forces israéliennes depuis le début du mois d’octobre, depuis que la tension a repris de plus belle dans les territoires occupés.

Depuis quelques jours, la tension a légèrement baissé d’intensité. Mais il n’y a pas de quoi se réjouir. Si sur le terrain, la violence peut encore s’apaiser quelque peu, elle peut renaître à tout moment. En effet, en l’absence de toute optique d’avancée sérieuse sur le plan diplomatique, il ne faut pas s’attendre à des miracles.

Plus de 20 ans après le lancement du processus de paix, l’heure est à la déception. Les négociations de paix sont aujourd’hui gelées. Et, force est de constater que, pendant plus de deux décennies, ces pourparlers qui se sont poursuivis de façon périodique n’ont pratiquement pas donné de résultat. Et quand bien même ils reprendraient, l’échec est assuré. Israël, qui ne cache pas qu’il poursuivra sa politique de colonisation, se montre clairement contre la paix. « Les Israéliens ont certes signé les accords d’Oslo, mais depuis, tout ce qu’ils font va dans le sens inverse de la paix. Ils s’approprient davantage de terres destinées à faire partie d’un futur Etat palestinien, et ce, à travers leur politique de colonisation qui ne cesse de s’intensifier », a expliqué l’ambassadeur de la Palestine au Caire et son représentant auprès de la Ligue arabe, M. Jamal Al-Shobaki, lors d’une conférence de presse tenue jeudi dernier au siège de l’ambassade au Caire. Et d’ajouter : « Israël fait tout pour nuire à la solution des deux Etats, la solution prônée par quasiment le monde entier ».

Qui plus est, insiste l’ambassadeur, « par ses agissements à Al-Aqsa, Israël veut nous entraîner dans un conflit religieux. Or, nous ne voulons pas de conflit religieux. Nous réclamons une solution politique. Un conflit religieux ne peut pas avoir de solution. En même temps, tant qu’Israël favorise l’extrémisme juif, il donne l’occasion à l’extrémisme islamiste de proliférer, et ça, c’est très grave ».

Nouveaux documents transmis à la CPI

Face à ce blocage, l’Autorité palestinienne se trouve obligée de se diriger vers les instances internationales. Une délégation palestinienne, emmenée par le président Mahmoud Abbas, a pressé, vendredi, la procureure de la Cour Pénale Internationale (CPI) d’enquêter sur des accusations de crimes de guerre israéliens à Gaza en 2004, et lui ont remis un dossier sur de récentes « exécutions extrajudiciaires ».

La procureure, Fatou Bensouda, a ouvert en janvier dernier un examen préliminaire afin de déterminer si elle dispose d’assez d’éléments pour ouvrir une enquête sur des crimes de guerre présumés commis depuis l’été 2014 durant le conflit dans la bande de Gaza. « C’est extrêmement important d’accélérer ce processus », a déclaré le ministre palestinien des Affaires étrangères, Riyad Al-Malki, à des journalistes après avoir rencontré Mme Bensouda à La Haye, où siège la CPI. « Nous espérons que la cour conclura bientôt ... qu’elle aura une base solide et assez de preuves pour prouver qu’Israël a commis des crimes de guerre et crimes contre l’humanité », a-t-il ajouté. M. Al-Malki faisait partie d’une délégation emmenée par Mahmoud Abbas. Il s’agissait de la première rencontre entre le président palestinien et Mme Bensouda depuis que l’Autorité palestinienne a rejoint la CPI en janvier dernier.

Quelques jours auparavant, lors d’une réunion spéciale du Conseil des droits de l’homme de l’Onu, demandée par les Palestiniens, Mahmoud Abbas appelait la communauté internationale à créer de toute urgence « un régime de protection internationale du peuple palestinien », dénonçant des exécutions extrajudiciaires menées par les forces de sécurité israéliennes. « Il est essentiel que chacun assume ses responsabilités avant qu’il ne soit trop tard, je pense notamment aux Nations-Unies (...) et aux Etats membres de l’Onu », a insisté Mahmoud Abbas. « Nous avons besoin de votre protection. Protégez-nous, protégez-nous. Nous avons besoin de vous », a-t-il lancé, jugeant « inutile de perdre du temps dans des négociations juste pour le plaisir des négociations ».

Le temps des négociations de paix israélo-palestiniennes directes, ou même indirectes, est donc bel et bien fini. Et tout porte à croire que si la communauté internationale ne se presse pas d’agir, tous les scénarios sont possibles. Même les pires.

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