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Ahmed Qoreï : Israël a tué la solution des deux Etats

Heba Zaghloul, Lundi, 26 octobre 2015

Un des principaux négociateurs et architectes des accords d' Oslo, Ahmed Qoreï, demande à ce que le problème palestinien redevienne une priorité internationale.

Ahmed Qoreï
Ahmed Qoreï

« Jérusalem vit dans des conditions très dures et subit une politique israélienne répressive à tous les niveaux », explique Ahmed Qoreï, ex-premier ministre palestinien et actuel respon­sable du dossier de Jérusalem au sein de l’Autorité palestinienne. La vio­lence, qui a surgi récemment dans les territoires occupés, est le résultat de nombreux facteurs : « démolition de maisons palestiniennes, confisca­tion de terres, profanation des sites religieux et sacrés ». Selon lui, ce sont bien « les attaques outrageantes contre la mosquée d’Al-Aqsa par des extrémistes juifs soutenus de l’armée israélienne qui ont été la première étincelle », qui a déclenché la situa­tion actuelle.

Effectivement, c’est en septembre dernier que les forces israéliennes ont pénétré et provoqué des dégâts dans le troisième lieu saint de l’is­lam. Des mesures qui s’inscrivent dans une politique israélienne de judaïsation de la ville sainte, dont la partie Est est sous occupation depuis 1967. « Il y a maintenant une sorte de normalisation de l’entrée des extrémistes juifs dans l’Esplanade des mosquées. Ils ont créé une divi­sion pas seulement géographique mais dans le temps. Il y a des heures où les extrémistes juifs rentrent, et après les prières, les Palestiniens doivent quitter le lieu. Une situation face à laquelle tout Arabe ne peut rester silencieux ».

La judaïsation concerne tout le quartier musulman de la vieille ville. Celle-ci, selon Ahmed Qoreï, subit des divisions sans précédent. Israël a construit des blocs en béton et des barrières de sécurité pour séparer les différents quartiers et les fragmenter en petites parcelles. « Le quotidien des Palestiniens est donc infernal puisqu’ils doivent traverser d’in­nombrables check-points ».

Une politique qui vise donc, selon lui, à humilier la population palesti­nienne. « Les Israéliens prétendent que ce sont des mesures de sécurité, mais ce n’est absolument pas le cas. Il s’agit d’un plan pour fragmenter la partie Est de Jérusalem et l’Es­planade de la mosquée », dit-il. Qoreï donne l’exemple de la rue Al-Wad (une rue qui traverse le quartier musulman, de la porte de Damas, pour mener à l’Esplanade des mosquées) : « Les Israéliens ont divisé cette rue, ils veulent la faire comme la rue des Chohada (rue des Martyrs) à Hébron ». Cette dernière était jadis le centre économique de la ville, mais est devenue une rue fan­tôme depuis que les Israéliens ont fermé les magasins et scellé les portes des maisons palestiniennes pour assurer la sécurité des colons ultra-fondamentalistes présents dans la ville. « Israël, en plus de cela, tue et exécute de sang-froid les Palestiniens qui ont entre 13 et 22 ans », déplore-t-il.

Des exécutions extrajudiciaires qui sont confirmées par les rapports d’Amnesty International mais aussi par des vidéos qui circulent sur les réseaux sociaux et dans les médias. « Et c’est précisément toute cette répression qui a provoqué le déses­poir et la frustration des Palestiniens », explique Qoreï. « Ce qui se passe est plus qu’une intifada. C’est une véritable explosion du peuple palestinien qui exprime sa colère face à l’oppression israé­lienne ». Ils s’expriment, d’après lui, avec les moyens à leur disposition, que ce soit par des manifestations, des jets de pierres, ou par des cou­teaux. Le bilan est lourd : plus d’une trentaine de Palestiniens ont été tués, et 1 700 blessés. Côté israélien, on compte 7 victimes.

Eclipsé par les autres conflits régionaux

Une situation qui est largement « ignorée par la communauté inter­nationale », ajoute-t-il. Car depuis la détérioration de la situation dans la région, notamment en Syrie, le pro­blème palestinien ne figure plus parmi les priorités de l’agenda inter­national. A tort, d’après Qoreï.

Selon lui, la communauté interna­tionale « ne cherche pas à faire res­pecter le droit international et la légitimité internationale ». Le résul­tat est sans équivoque : « Israël a tué la solution des deux Etats et renié le processus de paix ».

« Ce qui se passe aujourd’hui c’est le refus des Palestiniens de cette situation. Ils font face à la répression avec détermination. Respect donc à tous ces jeunes qui ne défendent pas la cause palestinienne mais l’hon­neur de toute la nation (arabe) ». Qoreï explique que même si la situa­tion finit par s’apaiser, ça ne sera que temporaire. « Pour que tout s’arrête, il faut qu’un certain nombre de demandes, qui sont réalisables dans le contexte actuel, soient respectées. Israël doit notamment arrêter la colonisation, cesser ses provoca­tions et la profanation des lieux saints », explique-t-il.

« Quand on a demandé à ce que des forces internationales soient pré­sentes à Jérusalem, Israël a refusé. Il ne veut pas que le droit international et la légitimé soient respectés ». Qoreï est également conscient que les divergences avec le Hamas (orga­nisation islamiste au pouvoir à Gaza) ne renforcent pas la position palesti­nienne. « Certes, il faut accélérer l’unité nationale palestinienne et mettre en place un projet national commun ». Sur le plan international, l’ex-premier ministre appelle à une action du Conseil de sécurité et de la Ligue arabe pour protéger le peuple palestinien. Il insiste : « Le problème palestinien doit être une priorité internationale ».

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