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Saëb Ereqat : Israël veut appliquer l’apartheid dans les territoires palestiniens

Osman Fekri, Lundi, 12 octobre 2015

Dans un contexte très tendu, Saëb Ereqat, secrétaire général de l’OLP et négociateur en chef palestinien, appelle la communauté internationale à réagir pour protéger le peuple palestinien et stopper l’agression israélienne.

Saëb Ereqat

Al-ahram hebdo : La situation est explosive dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, et la tension va crescendo. Que peut-on faire pour éviter une escalade ?
Saëb Ereqat : Israël mène une guerre totale contre le peuple palestinien isolé. L’Etat hébreu fait usage de tous les types d’armes. C’est une campagne qu’Israël a préalablement préparée. Il existe une coordination entre l’armée, les services de sécurité et les colons. Je confirme encore que c’est une guerre totale contre notre peuple, notre terre et nos lieux sacrés, qui a pour but de confirmer une fois de plus l’occupation et la colonisation. Israël, en tant qu’Etat souverain signataire de la Convention de Genève, a échoué à protéger le peuple palestinien qui vit sous l’occupation, et les carnages commis par les Israéliens se poursuivent. J’appelle le Conseil de sécurité de l’Onu à oeuvrer sérieusement et rapidement à mettre en place un système de protection international du peuple palestinien en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

— Les violences israéliennes sont-elles liées au discours du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, à l’Assemblée générale de l’Onu ?
— Comme je l’ai précédemment dit, Israël et son premier ministre extrémiste, Benyamin Netanyahu, mènent une guerre contre le peuple palestinien isolé et pas un jour ne passe sans qu’il ne commette des violations : maisons brûlées, femmes et enfants tués, etc. Et le plus choquant est que personne au sein de la communauté internationale ne bouge, alors que le premier ministre israélien a clairement appelé à une recrudescence. Si le président Abbas a eu recours à l’Onu, c’est à cause de l’intransigeance israélienne, de la poursuite de la colonisation, du refus israélien de libérer les prisonniers en vertu d’accords précédemment signés. Dans son discours, M. Abbas n’a fait que mettre la communauté internationale face à ses responsabilités envers les Palestiniens.

— Mais l’Autorité a-t-elle effectivement stoppé toute négociation comme le prétend M. Netanyahu qui a, lui, déclaré être prêt à négocier sans conditions ?
— Je répète que c’est parce qu’aucune protection n’est assurée au peuple palestinien que le président Abbas s’en est remis à l’Onu, appelant la communauté internationale à intervenir pour arrêter l’escalade israélienne et pour éviter que la résistance palestinienne ne se trouve, malgré elle, dans un face-à-face armé avec les Israéliens. Car Israël veut tout simplement appliquer l’apartheid et imposer le fait accompli dans les territoires palestiniens. Israël profite de la situation dans le monde arabe et du fait que certains pays arabes sont préoccupés par leurs crises internes. De notre côté, en tant qu’Autorité palestinienne, nous n’avons pas stoppé les pourparlers comme le prétend le premier ministre israélien. C’est lui qui a mis un terme aux négociations en multipliant la construction de colonies, et en menant une politique de vengeance à l’encontre de tout un peuple à cause des démarches internationales de la Palestine.

— Justement, puisque vous évoquez ces démarches, comptez-vous vous en remettre à la Cour Pénale Internationale (CPI) en réponse aux violations israéliennes ?
— La Cour pénale internationale a entamé une enquête préliminaire concernant les deux dossiers de la colonisation et de la guerre contre Gaza, et ce, à la suite d’une demande émise par l’Autorité palestinienne. Et j’espère que les résultats de ces enquêtes seront prochainement connus. Nous préparons d’autres dossiers que nous présenterons le plus tôt possible à la CPI, notamment en ce qui concerne les prisonniers.

— Que pensez-vous de la réaction israélienne au sujet des enquêtes de la CPI et de l’adhésion de la Palestine à cette cour ?
— L’arrogance israélienne se traduit notamment par sa façon de nier les réalités. Les Israéliens devraient revoir les termes de la Convention de Genève pour savoir que ce qu’ils commettent, à savoir les assassinats, les arrestations et la colonisation, sont des crimes de guerre. L’adhésion de la Palestine à la CPI n’est pas un acte de vengeance, mais une tentative d’instaurer la justice et de prévenir tout crime contre le peuple palestinien. L’Autorité palestinienne va désormais faire usage de tous les moyens possibles pour protéger son peuple. Que ceux qui craignent la CPI stoppent leurs crimes.

— Certains parlent de négociations secrètes entre le Hamas et Israël. Qu’en est-il ?
— Ce sont des illusions. Il n’existe pas de négociations entre le Hamas, ou quiconque d’autre, et Israël, indépendamment de l’Autorité palestinienne, qui reste le représentant légitime des Palestiniens. De même, il est illusoire de penser à une scission avec la bande de Gaza. Il ne peut y avoir d’Etat palestinien sans Gaza et il ne peut y avoir un Etat palestinien à Gaza seulement.

Nous avons invité le Hamas à assister aux réunions du comité exécutif du Fatah pour étudier les moyens d’appliquer ce qui a été dit dans le discours de M. Abbas et de faire face à l’escalade israélienne. J’appelle le Hamas à faire valoir l’intérêt général palestinien avant ses propres intérêts, à assister au Conseil national palestinien qui sera prochainement convoqué, à participer aux élections et au gouvernement. Une délégation du Fatah s’est rendue auprès du Hamas pour l’inviter à tout cela. Si le Hamas refuse, le Conseil national palestinien aura lieu sans cette faction, les élections aussi, et nous formerons un gouvernement d’union nationale qui représentera l’ensemble du peuple palestinien .

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