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Face aux déboires de Boeing, les compagnies impatientes mais impuissantes

AFP , Lundi, 03 juin 2024

Le 737 Max est-il maudit
Le 737 Max est-il maudit. Photo : AP

Une impatience teintée d'impuissance: l'activité des transporteurs aériens est bridée par les déboires de Boeing et les retards de livraisons d'appareils, mais les compagnies se gardent d'accabler publiquement l'avionneur en l'absence de solution de rechange.

L'assemblée générale annuelle de l'Association internationale du transport aérien, l'Iata, se déroule lundi à Dubaï (Emirats arabes unis) quelques jours après une nouvelle étape dans le feuilleton réglementaire impliquant le géant aéronautique.

Le régulateur américain de l'aviation (FAA) va multiplier le nombre de ses inspecteurs qualité dans les usines de l'avionneur et de son principal fournisseur, Spirit Aerosystems, dans le cadre d'un plan de résolution de ses problèmes de production, mis en lumière par un spectaculaire incident en vol début janvier.

Un 737 MAX livré quelques semaines plus tôt à Alaska Airlines, avait perdu un morceau de fuselage condamnant une issue de secours redondante, l'incident ne faisant que quelques blessés légers.

Ce type d'appareil avait déjà été cloué au sol après deux accidents en 2018 et en 2019, liés à des défauts de conception et qui ont fait 346 morts. Boeing a cumulé les problèmes de production tout au long de 2023 concernant le 737 et le long-courrier 787 Dreamliner.

Accaparé par ces casse-tête, mais aussi handicapé par une chaîne d'approvisionnement déréglée depuis le Covid-19, Boeing a vu un autre de ses programmes, le gros porteur 777X, prendre un important retard alors que de nombreuses compagnies comptent dessus pour renouveler ou développer leur flotte de long-courriers. Sa certification est désormais prévue en 2025.

Cet avion, dans sa version 777-9, "sera en retard de six ans pour nous", a déclaré à Bloomberg le président d'Emirates, Tim Clark, en marge de l'assemblée générale de l'Iata. Le transporteur de Dubaï a commandé la bagatelle de 205 777X à Boeing pour des dizaines de milliards de dollars.

Vétéran du secteur aérien, Clark a estimé que Boeing mettrait "au moins cinq ans, à partir d'aujourd'hui, pour retrouver ses niveaux de production", vu la multiplicité des chantiers qui attendent sa direction, elle-même en pleine réorganisation avec le départ prévu du PDG Dave Calhoun d'ici à la fin de l'année.

Interrogé sur ce sujet lundi à Dubaï, le directeur général de l'Iata Willie Walsh a remarqué que les retards de livraisons touchaient aussi Airbus, le concurrent de Boeing.

"Beaucoup d'exaspération" 

"De nombreuses compagnies voient qu'elles peuvent développer leur réseau, veulent desservir de nouvelles destinations, mais n'y arrivent pas parce qu'elles ne reçoivent pas de nouveaux avions", a-t-il affirmé: "cela provoque beaucoup d'exaspération".

En public, la plupart des dirigeants de compagnies aériennes mesurent leurs critiques contre Boeing, une rare exception ayant été le patron de Ryanair, Michael O'Leary, gros client du 737MAX, qui avait fustigé en février la "débâcle" du constructeur et son "approche médiocre des contrôles de qualité".

En privé, certains ne mâchent toutefois pas leurs mots sur la descente aux enfers, jusqu'à récemment impensable, du constructeur.

"C'est vraiment malheureux pour Boeing, parce que nous pensons toujours que c'est un constructeur formidable. Ils retomberont sur leurs pattes, mais ils traversent une période difficile", indique à l'AFP sous couvert de l'anonymat le dirigeant d'une compagnie européenne exploitant des dizaines d'appareils du constructeur.

Qui que soit le successeur de Calhoun, il devra "stabiliser (...) l'ingénierie pour laquelle Boeing est réputé", a indiqué lundi à Dubaï le patron de Lufthansa, Carsten Spohr, qui attend lui aussi avec impatience des 777X.

L'"exaspération" manifestée par les compagnies "montre en fin de compte qu'il existe une demande non satisfaite et qu'il n'y a pas de solution facile" au problème, remarque Vik Krishnan, spécialiste du secteur aéronautique au sein de McKinsey.

Les carnets de commandes d'Airbus et Boeing sont quasi pleins jusqu'à la fin de la décennie et les compagnies n'ont donc pas d'autre choix que de ronger leur frein, d'autant plus que changer de constructeur représente d'énormes coûts induits, notamment de formation des équipages et des personnels d'entretien.

Airbus partage avec Boeing de nombreux fournisseurs, et donc leurs problèmes de montée en cadence. L'Américain pourrait entraîner dans une hypothétique chute des sous-traitants au savoir-faire unique.

"Ce n'est pas une bonne nouvelle que Boeing soit dans la situation dans laquelle il est, y compris pour Airbus", résume Jérôme Bouchard, partenaire chez Oliver Wyman.

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