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Israël: Netanyahu sous une pression accrue peut-il survivre politiquement?

AFP , Mercredi, 03 avril 2024

​Benjamin Netanyahu se retrouve sous une pression accrue par des manifestations à répétition d'opposants et de familles d'otages en colère après bientôt six mois de guerre à Gaza, mais le Premier ministre israélien qui a survécu à tant de crises est difficile à évincer, estiment des experts.

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Photo :AFP

La conduite de la guerre à Gaza est de plus en plus critiquée, et la mort de sept humanitaires, mardi dans la bande de Gaza par une frappe israélienne a provoqué une vague d'indignation à l'international.

Une nouvelle manifestation d'opposants et de familles d'otages est prévue mercredi soir à Jérusalem pour la quatrième nuit consécutive devant la Knesset (Parlement israélien) où certains ont planté la tente.

Les opposants au Premier ministre et immuable chef du Likoud (droite) lui reprochent d'être responsable des échecs sécuritaires et des failles des services de renseignements. 

- Chute de popularité-

Les manifestations se sont multipliées ces dernières semaines en Israël et ont réuni des dizaines de milliers de personnes le weekend dernier, notamment à Tel-Aviv. Les protestataires affirment aussi que les profondes divisions politiques créées par la réforme judiciaire décriée de Netanyahu l'an passé ont affaibli le pays. En procès pour plusieurs affaires de corruption, il est accusé par ses détracteurs de conflit d'intérêts et d'avoir voulu cette réforme pour échapper à ses ennuis judiciaires.

Après avoir vu sa popularité chuter depuis le 7 octobre, Netanyahu est fragilisé politiquement, mais aussi physiquement. Dimanche soir, il est apparu pâle et fatigué lors d'une conférence de presse tenue peu avant son opération d'une hernie, à l'issue de laquelle il semblait encore plus blême à sa sortie d'hôpital mardi.

Pour Emmanuel Navon, politologue et professeur à l'université de Tel-Aviv, Netanyahu "a déjà été considéré comme un homme politiquement mort à de nombreuses reprises, et il a su rebondir" au cours de sa carrière politique de plus de trente ans dont seize comme Premier ministre, déclare le politologue à l'AFP.

L'an passé, il a été confronté à l'un des plus grands mouvements de contestation populaire de l'histoire du pays, contre la réforme judiciaire, plus important que les manifestations de ces dernières semaines. Mais maintenant il doit faire face en plus à la colère des familles d'otages et à la controverse sur l'exemption de la conscription pour les jeunes juifs ultra-orthodoxes, de plus en plus critiquée alors que la guerre à Gaza dure depuis bientôt six mois.

- "Après moi le déluge" -

"Je ne pense pas qu'il sera remplacé au sein du Likoud, du moins pas maintenant", renchérit Gideon Rahat, politologue à l'Université hébraïque de Jérusalem. "Pour des élections anticipées, il faut un gouvernement alternatif et je ne pense pas que cela se produira", dit-il à l'AFP.

Aux yeux de Rahat, la poursuite de la guerre à Gaza est une question de survie politique pour Netanyahu: "Aussi longtemps que la guerre dure, il peut dire que ce n'est pas possible d'organiser des élections. Il cherche toujours à se justifier pour rester Premier ministre", décrypte Rahat.

Martin Kramer, historien du Moyen-Orient à l'Université de Tel-Aviv, compare lui la situation actuelle en Israël à celle de la "guerre du Kippour", l'attaque surprise lancée par l'Egypte et la Syrie en octobre 1973, qui allait entraîner la chute de Golda Meir, alors Premier ministre.

Par comparaison, aujourd'hui, six mois après le début de la guerre, "aucune responsabilité n'a été officiellement attribuée et personne n'a démissionné", écrit Kramer sur son site. Et Netanyahu "ne voit pas la nécessité de rendre des comptes. Après moi le déluge pourrait être sa devise".

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