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Une centrale hydroélectrique ukrainienne touchée par huit missiles russes, dégâts très importants

AFP , Vendredi, 22 mars 2024

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Sur cette photo fournie par Telegram Channel du Premier ministre ukrainien Denys Shmyhal, la fumée et le feu s’élèvent au-dessus de la centrale hydroélectrique de Dnipro après les attaques russes à Dnipro, en Ukraine. Photo : AP

La plus grande centrale hydroélectrique d'Ukraine, située sur le fleuve Dniepr, a été touchée vendredi 22 mars par huit missiles russes qui ont infligé des "dégâts très importants" sans provoquer de danger immédiat pour la population, a indiqué le parquet ukrainien. "Huit missiles ont touché" la centrale de DniproHES située dans la ville de Zaporijjia (sud) et provoqué sa mise hors service, a indiqué à la télévision Ioury Belooussov, un responsable du parquet général, tout en assurant qu'il n'y avait pas de risque de rupture du barrage.

En réaction, le groupe d'armement franco-allemand KNDS, qui fabrique notamment des chars, va produire des équipements militaires et des munitions sur le sol ukrainien, ont annoncé vendredi 22 mars les ministres de la Défense des deux pays à l'issue d'une rencontre à Berlin.

L'Ukraine a subi vendredi des frappes nocturnes massives qui ont fait au moins cinq morts et entraîné des coupures d'électricité d'ampleur, tandis que le Kremlin reconnaissait que la Russie était en "guerre" après deux ans d'euphémismes. Dans la nuit de jeudi à vendredi, des bombardements russes d'ampleur ont visé plus particulièrement le réseau énergétique ukrainien. L'armée russe a assuré avoir agi en représailles aux récentes attaques contre les régions situées à la frontière de l'Ukraine, qui étaient elles-mêmes des réponses aux bombardements quotidiens des villes ukrainiennes. Au moins cinq personnes ont été tuées et une vingtaine blessées, selon les autorités locales et nationales, dans les régions de Zaporijjia (sud) et de Khmelnytsky (ouest).

A Moscou, le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, a admis que la Russie se trouvait "en état de guerre". Depuis le début de l'invasion, en février 2022, le Kremlin a réprimé à coups d'amendes et de peines de prison l'utilisation du mot "guerre" pour imposer l'euphémisme d'"opération militaire spéciale".

Des responsables russes avaient parfois utilisé ce terme mais en référence au conflit qu'ils accusent les Occidentaux de mener contre la Russie par l'intermédiaire de l'Ukraine. "Cela a commencé comme une opération militaire spéciale mais, dès que (...) l'Occident collectif a participé à tout cela aux côtés de l'Ukraine, pour nous, c'est devenu une guerre", a déclaré M. Peskov dans un entretien avec le média "Argoumenty I Fakty".

Coupures de courant 

Les forces russes ont pour leur part lancé dans la nuit plus de "60 Shahed (un drone explosif de fabrication iranienne, ndlr) et presque 90 missiles de différents types", a énuméré le président ukrainien Volodymyr Zelensky sur les réseaux sociaux. Selon lui, les cibles de cette attaque étaient "des centrales électriques, des lignes de haute tension, un barrage hydroélectrique, des résidences et même un trolleybus".

Ces frappes de grande ampleur ont entraîné des coupures d'électricité dans au moins sept régions ukrainiennes et endommagé des "dizaines" d'installations, a relevé l'opérateur ukrainien Ukrenergo. La seconde ville d'Ukraine, Kharkiv, qui comptait avant-guerre près d'un million et demi d'habitants, est privée d'électricité et de chauffage car les bombardements ont "sévèrement endommagé" les infrastructures énergétiques, a déploré son maire Igor Terekhov, estimant qu'il s'agissait de l'attaque la "plus puissante" contre sa ville depuis le début de la guerre.

Le ministre de l'Energie a quant à lui jugé que ce raid nocturne avait été "la plus grande attaque contre l'industrie énergétique ukrainienne (lancée) ces derniers temps". Une des deux lignes électriques alimentant la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, aux mains des forces russes, a été coupée par un bombardement, avant d'être rétablie. Le ministère français des Affaires étrangères a condamné ces frappes "avec la plus grande fermeté".

L'armée russe a présenté cette attaque "massive" contre l'Ukraine comme une "réponse" aux récentes opérations militaires contre les régions russes frontalières. Elle a notamment affirmé avoir touché "des infrastructures énergétiques et militaro-industrielles, des noeuds ferroviaires, des arsenaux".

Le Kremlin a longtemps assuré aux Russes que la guerre n'affecterait pas leur quotidien, ni le territoire de leur pays mais, à l'approche de la présidentielle russe de la mi-mars, les attaques aériennes et les incursions terrestres armées contre des régions frontalières se sont multipliées. Elles ont été revendiquées par des groupes qui disent rassembler des combattants russes opposés à Vladimir Poutine. Le président russe avait juré vengeance et de punir les "traîtres" et les "ordures". La Russie avait déjà déclenché jeudi à l'aube une attaque massive contre Kiev, la première depuis début février.

Le commandant des forces terrestres ukrainiennes a par ailleurs jugé vendredi "possible" une offensive estivale russe qui impliquerait 100.000 hommes, tout en insistant sur le fait qu'il s'agissait des "prévisions les plus sombres" et que ce contingent pouvait également être destiné à compenser les pertes humaines.

L'armée russe a revendiqué ces derniers mois la conquête de villages face à des soldats ukrainiens en manque de munitions mais le front est largement gelé depuis plus d'un an, aucun camp ne réussissant de véritable percée. Zelensky s'est quant à lui une nouvelle fois agacé des lenteurs de l'assistance occidentale, l'aide américaine étant bloquée depuis des mois à cause de rivalités politiques entre républicains et démocrates et celle de l'Union européenne ayant pris un important retard.

"Les missiles russes n'ont pas de retard, à l'inverse des paquets d'aide à notre pays. Les Shahed ne sont pas indécis, contrairement à certains" responsables politiques, a-t-il ironisé. "Nous allons faire en sorte de produire ensemble en Ukraine des armes et des munitions", dont Kiev a cruellement besoin pour repousser l'invasion russe, a déclaré Boris Pistorius au cours d'une conférence de presse commune avec son homologue français Sébastien Lecornu.

KNDS, un des principaux acteurs européens de l'armement terrestre, "va s'installer en Ukraine" avec une filiale dont l'objectif sera dans un premier temps de "former" les Ukrainiens et de permettre de "produire rapidement des pièces de rechange, notamment pour les systèmes déjà livrés", a précisé  Lecornu, sans préciser d'échéance pour l'instant.

Cet accord fait suite à la récente annonce du chancelier allemand Olaf Scholz et du président français Emmanuel Macron d'"une initiative de production locale en Ukraine, de pièces détachées, de munitions et, voire même, à terme, d'équipements militaires complets", a-t-il rappelé.

Une telle implantation a "énormément de valeur puisque les capacités de production se rapprochent de la ligne de front, c'est autant de logistique en moins et autant de fiabilité à approvisionner", a dit Lecornu.

KNDS est une holding constituée en 2015 par le français Nexter et l'allemand Krauss-Maffei-Wegmann. Elle produit en particulier des chars de combat, d'autres véhicules blindés et des systèmes d'artillerie. Nexter fabrique, entre autres, les canons Caesar fournis à l'Ukraine.

Le plus gros fabricant allemand d'armes Rheinmetall a lui aussi fait état d'implantations en Ukraine. Mi-février, il avait annoncé un accord avec une entreprise ukrainienne pour fabriquer des obus d'artillerie de calibre 155 mm, vitaux pour l'armée ukrainienne. Mi-mars, il a fait part de son intention d'y installer au moins quatre usines pour produire des obus, des véhicules militaires, de la poudre et des armes de défense antiaérienne.

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