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Pékin envoie 36 avions militaires autour de Taïwan: plus gros déploiement cette année

AFP , Vendredi, 22 mars 2024

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Des avions de l'armée chinoise en exercice militaire près de l'île de Taïwan. Photo : AP

Trente-six avions militaires chinois ont été détectés autour de Taïwan, a annoncé le ministère de la Défense de l'île vendredi, le plus important déploiement cette année, en réaction, selon des analystes, à des visites d'une responsable taïwanaise en Europe.

Taïwan est une île autonome que Pékin revendique comme faisant partie de son territoire et dont elle veut s'emparer un jour, par la force si nécessaire.

Le déploiement de vendredi, plus important encore que celui de la veille, s'inscrit dans la lignée de ce que les experts appellent les actions de "zone grise", des tactiques d'intimidation sans aller jusqu'à la guerre, qui se sont multipliées depuis l'élection en 2016 de la présidente Tsai Ing-wen.

Les tensions avec la Chine ont aussi augmenté depuis l'élection présidentielle du 13 janvier, remportée par l'actuel vice-président Lai Ching-te, peu apprécié par Pékin.

Trente-six avions militaires chinois et six navires de guerre ont été détectés autour de Taïwan dans les dernières 24 heures courant jusqu'à 6h00 locales vendredi (22H00 GMT jeudi), a indiqué le ministère de la Défense de l'île vendredi.

"Treize des appareils ont franchi la ligne médiane du détroit de Taïwan", a déclaré le ministère, une démarcation non officielle entre la Chine et Taïwan que la première ne reconnaît pas.

La veille au soir, la ministère avait annoncé que 20 avions de chasse, des drones et des avions de transport avaient été détectés.

Plus tôt, 32 avions militaires avaient été observés, dans une période de 24 heures allant jusqu'à jeudi à 6 heures du matin.

Avant l'élection de Lai Ching-te en janvier, Pékin avait prévenu qu'il apporterait "la guerre et le déclin" à l'île.

M. Lai doit prendre ses fonctions le 20 mai aux côtés de la vice-présidente élue, Hsiao Bi-khim, du Parti démocrate progressiste (DPP) au pouvoir.

Visites européennes 

Mme Hsiao, ancienne ambassadrice de facto de Taïwan aux Etats-Unis, a effectué ces derniers jours des visites en Union européenne, notamment en République tchèque et au Parlement européen de Strasbourg.

"Notre combat pour la liberté et la démocratie est plus que jamais partagé, et le peuple taïwanais peut être assuré qu'il trouvera toujours des amis chers parmi les Européens", a écrit le député européen français Dominique Riquet, membre du groupe centriste Renew, sur le réseau social X jeudi, selon une traduction de l'anglais.

La Chine avait critiqué mardi la visite de Mme Hsiao en République tchèque, l'accusant d'essayer de servir "l'objectif de l'indépendance de Taïwan", une ligne rouge pour Pékin.

Selon l'analyste Wen-ti Sung, le regain d'activité militaire de Pékin pourrait être une "démonstration de force pour faire comprendre son mécontentement face à l'engagement international croissant de Taïwan".

"Si cela peut décourager d'autres dirigeants internationaux de rencontrer Mme Hsiao à l'avenir, c'est autant de gagné pour Pékin", a-t-il déclaré à l'AFP.

L'expert militaire Su Tzu-yun a aussi évoqué d'autres raisons de mécontentement pour Pékin, notamment la récente rencontre à Manille entre le secrétaire d'État américain Antony Blinken et le président philippin Ferdinand Marcos.

La Chine et les Philippines revendiquent toutes deux la souveraineté sur des zones concurrentes en mer de Chine méridionale.

En début de semaine, M. Blinken a déclaré que les Etats-Unis s'en tenaient à leurs engagements "à toute épreuve" de défendre leur allié, déclenchant une vive réaction de Pékin.

"Les comportements de la Chine ne sont pas seulement dirigés contre Taïwan, mais Taïwan sera celui qui subira le plus de pression", a déclaré à l'AFP M. Su, expert militaire à l'Institut taïwanais pour la défense nationale et la recherche en matière de sécurité.

Des incidents en mer entre Pékin et Taïwan ont encore ajouté aux tensions.

Le 14 février notamment, un navire a été pris en chasse par les garde-côtes taïwanais pour avoir, selon eux, pénétré dans les eaux de Kinmen, un petit archipel administré par Taipei. Lors de la collision, deux personnes ont perdu la vie.

Pékin a accusé les autorités taïwanaises de "chercher à échapper à leurs responsabilités, tandis que Taipei a souligné le comportement erratique du bateau.

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