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Accusé de propos haineux, un imam tunisien interpellé en vue de son expulsion de France

AFP , Jeudi, 22 février 2024

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Mahjoub Mahjoubi, un imam tunisien du sud de la France, accusé de propos haineux est interpellé et conduit vers un centre de rétention en vue de son expulsion.Photo : X

Accusé d'avoir proféré des appels à la haine dans ses prêches, un imam tunisien du sud de la France, Mahjoub Mahjoubi, a été interpellé et est en route vers un centre de rétention en vue de son expulsion, qu'il entend contester.

Installé en France depuis le milieu des années 1980, marié et père de quatre enfants, Mahjoub Mahjoubi était depuis plusieurs jours dans la ligne de mire du ministre français de l'Intérieur, Gérald Darmanin, qui avait demandé dimanche le retrait de son titre de séjour.

M. Darmanin avait demandé au préfet de signaler à la justice les propos de l'imam de la petite ville de Bagnols-sur-Cèze. Une démarche à l'issue de laquelle la procureure de Nîmes (sud), Cécile Gensac, avait annoncé lundi avoir ouvert une enquête préliminaire pour apologie du terrorisme.

Jeudi, à la mi-journée, M. Mahjoubi "a été interpellé à son domicile par les services de police, qui lui ont notifié un arrêté d'expulsion émanant du ministère de l'Intérieur, avec un placement en rétention administrative immédiat en région parisienne", a annoncé son avocat, Me Samir Hamroun, selon qui son client est "abasourdi" et "bouleversé".

Son avocat a précisé qu'il allait "tout de suite s'atteler à contester l'arrêté d'expulsion", dans le délai de 48 heures dont il dispose.

"Instruction a été donnée de prendre un arrêté ministériel d'expulsion contre cet +imam+ radical aux propos inacceptables et il a fait l'objet d'une visite domiciliaire et d'une interpellation", a confirmé ensuite sur X (anciennement Twitter) le ministre de l'Intérieur.

"Sans la loi immigration, cela n'aurait pas pu être possible. La fermeté est la règle", a affirmé Gérald Darmanin.

- Drapeaux sataniques ? -

Mahjoub Mahjoubi est visé notamment pour la diffusion d'une vidéo dans laquelle il qualifiait le "drapeau tricolore" -sans préciser s'il s'agissait du drapeau français- de "drapeau satanique" qui n'aurait "aucune valeur auprès d'Allah".

"Oui, évidemment, il y a appel à la haine", avait commenté mardi le préfet du Gard, Jérôme Bonet, en expliquant que ce n'était pas l'unique raison de sa mise en cause.

L'imam fait l'objet d'un suivi depuis plusieurs mois, avait insisté le préfet, évoquant une "mosquée à la dérive". "Quand j'entends parler d'un +lapsus+ au sujet des drapeaux, c'est un lapsus qui dure plusieurs dizaines de minutes, (avec) des propos qui ne touchent pas qu'à la question du drapeau, qui tiennent également à la place de la femme, du peuple juif qu'il désigne comme un ennemi", a-t-il précisé.

"Je ne parlais en aucun cas du drapeau français", s'était défendu sur plusieurs médias Mahjoub Mahjoubi, expliquant qu'il dénonçait les rivalités entre supporters lors de la récente Coupe d'Afrique des Nations (CAN). "Je parle des stades et de tous ces drapeaux qu'on lève dans les stades et qui divisent les musulmans", a-t-il dit.

"J'ai fait un lapsus, je ne suis pas Voltaire ni Victor Hugo. Dans mes propos, au lieu de dire : +Tous ces drapeaux multicolores ou de différentes couleurs+, eh bien j'ai dit : +Tous ces drapeaux tricolores+, mais en aucun cas je ne parlais de la France", avait ajouté M. Mahjoubi.

"Il parle bien de drapeaux au pluriel, il critique les nationalismes", a répété jeudi son avocat, en estimant que "personne ne croira" son client parce qu'"il a une barbe", qu'"il a un accent".

- Les imams "détachés" en ligne de mire -

Un imam marocain, Hassan Iquioussen, avait été reconduit en janvier 2023 vers le Maroc par la Belgique, où il s'était réfugié après son expulsion de France pour des "propos incitant à la haine et à la discrimination".

Un ancien responsable algérien d'une mosquée fermée en 2018 en France pour apologie d'actes de terrorisme, Abderrahim Sayah, considéré par les autorités comme un "leader du salafisme", avait également été expulsé vers l'Algérie en juin dernier.

Début 2020, le président français Emmanuel Macron avait annoncé sa volonté de mettre fin à l'accueil des quelque 300 imams envoyés par divers pays et d'augmenter en parallèle le nombre d'imams formés en France. Depuis le 1er janvier dernier, la France n'accepte plus de nouveaux imams "détachés", envoyés par d'autres pays.

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