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Royaume-Uni: étape délicate pour le projet d'expulser des migrants vers le Rwanda

AFP, Mardi, 16 janvier 2024

Le projet de loi britannique visant à expulser des migrants vers le Rwanda aborde mardi 16 janvier une étape délicate pour le Premier ministre Rishi Sunak, sous la menace de voir son camp se déchirer autour de ce texte controversé.

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Des manifestants protestent contre le projet du gouvernement d'expulser vers le Rwanda les migrants arrivés illégalement au Royaume-Uni, à Londres. Photo: AFP

Selon l'ONU, le projet, y compris sa dernière version, n'est "pas compatible" avec le droit international. Il "ne répond pas aux normes requises en matière de légalité pour le transfert des demandeurs d'asile", a tranché mardi l'agence onusienne pour les réfugiés (HCR).

Destiné à répondre aux objections de la Cour suprême qui a bloqué en novembre une précédente version du projet de loi, le texte a franchi en décembre un premier obstacle au Parlement. Il revient désormais en commission, avec de vifs débats attendus sur de nombreux amendements.

Les choses se corsent pour Rishi Sunak, qui a placé l'expulsion vers le Rwanda des migrants arrivés illégalement sur le sol britannique au coeur de sa politique migratoire.

Un pari à haut risque en ce début d'année électorale où les conservateurs ne parviennent pas à réduire l'écart dans les sondages et sont devancés d'une vingtaine de points par l'opposition travailliste menée par Keir Starmer.

L'aile droite des Tories est en embuscade pour tenter de durcir via des amendements, soutenus par une soixantaine de députés selon la presse britannique, un texte trop édulcoré à ses yeux.

Certains députés conservateurs souhaitent par exemple supprimer totalement les possibilités de recours pour les migrants expulsés.

Après avoir essuyé les critiques cinglantes de son ex-ministre de l'Intérieur Suella Braverman et la démission de son secrétaire d'Etat à l'Immigration Robert Jenrick, Rishi Sunak fait à présent également face à la rébellion de deux vice-présidents du parti conservateur, Lee Anderson et Brendan Clarke-Smith. Ils ont annoncé lundi soir qu'ils soutiendront les amendements réclamés par l'aile droite du parti.

Mais un durcissement trop radical du texte risque de se faire au détriment du soutien des conservateurs modérés.

- "Fin du manège" -

Les amendements ayant peu de chances d'être adoptés, c'est lors du prochain vote à la Chambre des Communes que les choses risquent de véritablement se compliquer pour Rishi Sunak, si la droite du parti concrétise la menace de fronde qu'elle agite depuis des semaines.

"Je sais que tout le monde est mécontent - je suis mécontent au sujet de la situation - et veut voir la fin du manège juridique", a plaidé Rishi Sunak lundi, affichant sa détermination à voir ce projet aboutir.

Annoncé en avril 2022 par le gouvernement conservateur de Boris Johnson, le projet n'a jamais été mis en oeuvre. Un premier avion a été bloqué in extremis par une décision de la justice européenne, puis la justice britannique a, jusqu'à la Cour suprême, déclaré le projet illégal.

Pour tenter de sauver le texte, le gouvernement a signé un nouveau traité avec le Rwanda. Il est adossé à ce nouveau projet de loi qui définit le Rwanda comme un pays-tiers sûr et empêche le renvoi des migrants vers leurs pays d'origine.

Il propose également de ne pas appliquer aux expulsions certaines dispositions de la loi britannique sur les droits humains, pour limiter les recours en justice.

Près de 30.000 migrants ont traversé illégalement la Manche en 2023 sur de petites embarcations, en forte baisse par rapport au record atteint en 2022 (45.000).

Cinq migrants sont morts ce week-end alors qu'ils tentaient de rejoindre une embarcation à la mer dans une eau glaciale.

 

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