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Iran : 95 morts dans un attentat lors d'une cérémonie à la mémoire du général Soleimani

AFP, Jeudi, 04 janvier 2024

Iran
Une voiture endommagée sur le site de l'attentat perpétré près de la tombe du général Qassem Soleimani à Kerman, dans le sud de l'Iran. Photo: AFP

L'Iran a accusé Israël et les Etats-Unis d'être derrière l'attentat qui a fait au moins 95 morts mercredi près de la tombe de Qassem Soleimani, architecte des opérations militaires iraniennes au Moyen-Orient dont l'Iran commémorait la mort il y a quatre ans, ont rapporté des médias d'Etat.

L'agence de presse officielle Irna avait évoqué dans un premier temps un bilan de 103 morts, la télévision d'Etat faisant mention de 211 blessés, dont certains dans un état critique.

Le ministre de la Santé, Bahram Eynollahi, a ensuite révisé à 95 le nombre de personnes tuées, expliquant que certains noms "avaient été enregistrés deux fois".

Une double explosion a eu lieu près de la mosquée Saheb al-Zaman, où se trouve la tombe du général Soleimani, à Kerman (sud). Une foule compacte de représentants du régime et d'anonymes s'y trouvait pour une cérémonie.

Un conseiller politique du président iranien a accusé Israël et les Etats-Unis d'être derrière cet attentat.

"La responsabilité de ce crime incombe aux régimes américain et sioniste, et le terrorisme n'est qu'un outil", a écrit Mohammad Jamshidi sur X.

Le département d'Etat à Washington a jugé de son côté "absurde" toute suggestion d'une implication des Etats-Unis ou d'Israël.

"Les Etats-Unis n'ont été impliqués en aucune façon", a déclaré le porte-parole du département d'Etat Matthew Miller, ajoutant: "Nous n'avons aucune raison de croire qu'Israël est impliqué".

L'attentat "ressemble à une attaque terroriste, le genre de chose que l'EI a fait dans le passé", a affirmé un haut responsable américain sous couvert d'anonymat.

Ennemi juré de l'Iran, Israël n'a pas commenté l'attentat. "Nous sommes concentrés sur les combats avec le Hamas", a répondu à une question le porte-parole de l'armée, Daniel Hagari.

L'attaque, non revendiquée dans l'immédiat, survient dans un contexte régional très tendu depuis le début du conflit en octobre entre Israël et le Hamas à Gaza, et au lendemain de l'élimination d'un haut responsable du mouvement dans une frappe près de Beyrouth.

Selon Irna, une première explosion est survenue à 700 mètres de la tombe du général Soleimani, la seconde un kilomètre plus loin.

Des vidéos sur les réseaux sociaux montrent des participants tentant désespérément de quitter le site alors que la sécurité boucle la zone. Sur d'autres vidéos, on peut voir des personnes courant, paniquées et désorientées.

Le gouvernement iranien a décrété jeudi "journée de deuil national" après l'attaque, la plus meurtrière en Iran depuis 1978, quand un incendie criminel avait fait au moins 377 morts dans un cinéma d'Abadan selon les archives de l'AFP.

A la tombée de la nuit, de nombreuses personnes sont revenues au cimetière de Kerman en scandant "Mort à Israël!" et "Mort à l'Amérique!". A Téhéran, des milliers de personnes se sont rassemblées pour rendre hommage à Qassem Soleimani.

"Réponse sévère"

Le guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, a promis une "réponse sévère" à l'attentat, un acte "odieux et lâche" pour le président Ebrahim Raïssi qui a annulé un déplacement prévu jeudi en Turquie, selon un média d'Etat.

Le Hamas, soutenu par Téhéran, a, lui, fustigé un "acte terroriste (...) qui cherche à déstabiliser la sécurité de la République islamique au service de l'agenda de l'entité sioniste (Israël)".

De son côté, le président russe Vladimir Poutine a dénoncé un attentat "choquant par sa cruauté et son cynisme", et le secrétaire général de l'ONU, l'Union européenne, la France, l'Allemagne, la Jordanie et l'Arabie saoudite ont eux aussi condamné l'attaque.

"J'ai condamné cette attaque terroriste dans les termes les plus forts et j'ai exprimé (ma) solidarité avec le peuple iranien", a communiqué le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, après un appel avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian.

"Martyr vivant" 

Qassem Soleimani avait été tué en janvier 2020 dans une attaque de drone américaine en Irak. Homme clé du régime iranien, il était également l'une des personnalités les plus populaires du pays.

Selon l'agence iranienne Tasnim, qui cite des sources bien informées, les explosions ont été provoquées par des "bombes dissimulées dans deux sacs" et "les auteurs des faits ont apparemment activé les bombes via une télécommande".

"Nous marchions vers le cimetière lorsqu'une voiture s'est soudainement arrêtée derrière nous et qu'une poubelle contenant une bombe a explosé", a indiqué un témoin cité par l'agence de presse Isna.

Selon la même agence, qui cite le maire de Kerman, Said Tabrizi, les explosions se sont produites à dix minutes d'intervalle.

Longtemps considéré comme un ennemi juré de Washington et ses alliés, Qassem Soleimani dirigeait la Force Qods, la branche des opérations extérieures du Corps des gardiens de la révolution islamique d'Iran, supervisant les opérations militaires dans l'ensemble du Moyen-Orient.

Déclaré "martyr vivant" par l'ayatollah Ali Khamenei, alors qu'il était encore en vie, Qassem Soleimani était célébré pour son rôle dans la défaite du groupe jihadiste Etat islamique en Irak et en Syrie.

L'Iran a déjà été le théâtre d'attaques et d'attentats à la bombe qui ont fait des dizaines de morts. Plusieurs ont été revendiqués par des groupes qualifiés de "terroristes" par Téhéran.

En 2019, un attentat suicide contre un bus des Gardiens de la révolution, revendiqué par le groupe jihadiste Jaish al-Adl, avait tué 27 soldats dans le sud-est du pays.

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