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En Ukraine, la paix hypothéquée

Ines Eissa , Vendredi, 07 avril 2023

Après le plan de paix ukrainien, celui présenté par la Chine, la Biélorussie, alliée de la Russie, a appelé à une trêve et à des pourparlers. Mais malgré la crainte d’un élargissement du conflit, les appels à la paix ne trouvent pas preneurs.

En Ukraine, la paix hypothéquée

Dans la nuit du dimanche 2 au lundi 3 avril, le chef de la milice paramilitaire Wagner, Evgueni Prigojine, a annoncé sur Telegram la « capture » de la ville de Bakhmout, au sens légal, en prenant possession de sa mairie. Quelques heures auparavant, l’état-major ukrainien disait avoir repoussé plus de 20 attaques russes et affirmait « tenir » encore Bakhmout.

Ville de quelque 70000 habitants avant la guerre, Bakhmout est le théâtre de combats particulièrement violents depuis des mois. Du fait de la longueur de la bataille et des lourdes pertes subies par les deux camps, la ville est devenue le symbole de la lutte entre Russes et Ukrainiens pour le contrôle de la région industrielle du Donbass.

La confusion qui y règne, tout comme l’acharnement des deux belligérants à gagner cette bataille, n’augure en aucun cas d’une fin prochaine de la guerre, même pas du lancement de discussions entre les deux parties. Pourtant, les appels à entamer des pourparlers ne manquent pas. Or, ces appels ne trouvent pas preneurs.

Samedi 1er avril, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a fait savoir, sur la messagerie Telegram, qu’il avait échangé avec son homologue français, Emmanuel Macron, sur les « futures étapes de la mise en oeuvre du plan de paix présenté en septembre par Kiev à ses alliés ». Et Paris a promis de soutenir cette feuille de route établie par le gouvernement ukrainien pour sortir du conflit.

Difficile d’imaginer cependant la Russie accepter un tel plan. A Moscou, le Kremlin a exclu de stopper son offensive contre l’Ukraine malgré un autre appel à la trêve émanant pourtant de son principal allié, le dirigeant biélorusse Alexandre Loukachenko. « Au sujet de l’Ukraine, rien ne change: l’opération militaire spéciale se poursuit, puisque c’est le seul moyen d’atteindre les objectifs fixés par notre pays aujourd’hui », a déclaré à la presse le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, aussitôt après l’appel de Loukachenko.

En effet, Alexandre Loukachenko a appelé, vendredi 31 mars, à une « trêve » en Ukraine et à des pourparlers « sans conditions préalables » entre Moscou et Kiev. « Il faut s’arrêter maintenant, avant que ne commence l’escalade. Je prends le risque de suggérer une cessation des hostilités », a dit Alexandre Loukachenko lors d’un discours à la nation. « Il est possible— et il le faut— de régler toutes les questions territoriales, de reconstruction, de sécurité et autres à la table des négociations sans conditions préalables », a-t-il ajouté. Le président biélorusse s’est aussi dit prêt à accueillir des armes nucléaires stratégiques russes sur son territoire, en plus des armes tactiques que Moscou s’apprête déjà à envoyer chez son allié. La Biélorussie avait confirmé auparavant que des armes nucléaires tactiques russes allaient être déployées dans le pays. Le président biélorusse, qui juge l’Occident et l’Ukraine responsables du conflit, a également dit redouter une guerre « nucléaire » à cause du soutien occidental à Kiev, alors que Vladimir Poutine a annoncé plus tôt son intention de déployer des armes nucléaires « tactiques » sur le territoire biélorusse.

Palpable, l’inquiétude de la Biélorussie, pourtant proche de Moscou, concerne justement le risque nucléaire. Car, comme l’explique un diplomate qui a requis l’anonymat, « toute implication de Minsk dans la guerre risquerait d’élargir le conflit au reste du continent européen ». Parallèlement, l’Occident renforce ses forces militaires en Pologne, à la frontière de la Biélorussie, et prévoit d’envahir et de détruire le pays, a dit le président biélorusse dans son discours. « A cause des Etats-Unis et de leurs satellites, une guerre totale a été déclenchée » en Ukraine, a-t-il dit, estimant que dès lors, des incendies nucléaires guettent à l’horizon.

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