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Téhéran de plus en plus isolé

Julie Lepecquet , (avec Agences) , Samedi, 28 janvier 2023

Alors que la vague de contestation populaire en Iran entame son 5e mois et que les sujets de tensions se multiplient avec l’Europe, le Parlement européen appelle l’Union européenne à classer les Gardiens de la Révolution sur la liste noire des organisations terroristes.

Téhéran de plus en plus isolé

Scruté par 12 000 manifestants à ses portes, le Parlement européen de Strasbourg a adopté, jeudi 19 janvier, la résolution visant à demander à l’Union Européenne (UE) de classer les Gardiens de la Révolution islamique iraniens sur la liste noire des organisations terroristes de l’UE. L’adoption de cette résolution par le Conseil européen entraînerait alors un ensemble de sanctions économiques et administratives à l’égard de l’armée idéologique de Téhéran, comme en avaient mis en place les Etats-Unis après avoir quitté unilatéralement l’accord sur le nucléaire, le JCPOA, en 2018.

Alors que la vague de contestation populaire déclenchée par la mort de Mahsa Amini entame son 5e mois et que les exécutions se multiplient, la situation en Iran a effacé le doute dans l’hémicycle européen. Les députés européens veulent que l’UE hausse le ton en ciblant directement le coeur de la République islamique iranienne. Si l’UE avait déjà adopté des sanctions contre 150 personnalités affiliées au régime quelques semaines après le déclenchement des manifestations en Iran, la classification des Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste aurait tangiblement modifié la relation, déjà tendue, entre l’Europe et le régime de Téhéran. A la différence des précédentes, la résolution classerait les Gardiens de la Révolution comme une organisation terroriste, ainsi que ses forces projetées à l’étranger, au Liban et en Syrie, les milices Bassidj et Al-Qods. Tous les actifs détenus en Europe par les Gardiens de la Révolution et leurs entreprises affiliées seraient gelés et, surtout, tout contact avec l’organisation serait considéré comme illégal du point de vue du droit européen. En d’autres mots, ce serait la fin des discussions officielles avec l’administration d’Ebrahim Raïssi, lui-même très proche des Gardiens.

Dialogue rompu

Bien que la résolution n’ait pas encore été adoptée par le Conseil européen, seul à pouvoir mettre en place un tel dispositif juridique, la symbolique est forte et témoigne d’un changement de paradigme. Contrairement à leurs homologues américains, Paris, Berlin et Londres ont jusque-là préféré maintenir le dialogue ouvert avec le régime de Téhéran dans l’espoir d’éviter une escalade, notamment sur le dossier du nucléaire iranien. Mais les contentieux n’ont de cesse de s’accumuler entre Téhéran et les capitales européennes depuis le déclenchement des protestations.

D’abord, un an et demi de négociations vaines pour sauver l’accord du JCPOA. A deux doigts d’obtenir un texte final en août dernier, Téhéran revient sur ses exigences, notamment sur la déclassification par les Etats-Unis des Gardiens de la Révolution de leur liste des organisations terroristes, et fait planer le scepticisme sur Paris, Londres et Berlin.

Puis vient le déclenchement d’une vague de contestation populaire dans la capitale et les villes d’Iran, la livraison de drones Shahed-136 à la Russie sur le terrain ukrainien, la continuation du programme d’enrichissement de l’uranium et, enfin, la multiplication des exécutions. Non seulement le régime islamique se fait sourd, mais il fait aussi craindre pour la situation des prisonniers européens dans les geôles iraniennes. Depuis le début du mouvement de contestation, 118 personnes ont été exécutées. Avec la mort de l’Irano-Britannique Alireza Akbary le 14 janvier, c’est la provocation de trop pour les capitales européennes. Avec l’appel lancé par le Parlement européen à l’UE à classer les Gardiens de la Révolution sur la liste noire des organisations terroristes, les Européens veulent augmenter la pression sur le régime de Téhéran, déjà sous le régime des sanctions américaines depuis 2018. Si les canaux de communication officiels ne sont pas clos entre Berlin, Paris, Londres et Téhéran, ni d’ailleurs les négociations du JCPOA, la position des capitales européennes se veut plus ferme.

En réaction, le chef des Gardiens de la Révolution, Hossein Salami, a dénoncé cette résolution et l’a qualifiée comme une « erreur » dont il faudra « assumer les conséquences » selon le site officiel du corps armé. L’adoption de cette résolution par l’UE dégraderait, en effet, encore un peu plus les relations avec Téhéran et risquerait de pousser le régime iranien à se rapprocher davantage encore de la Russie. Le texte déposé par les députés européens sera discuté lors de la prochaine réunion des ministres européens des Affaires étrangères, le 23 janvier.

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