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Ukraine : La guerre s’installe dans la durée

Maha Salem , (avec Agences) , Mercredi, 04 janvier 2023

Moscou et Kiev continuent d’assurer vouloir se battre jusqu’à « la victoire », éloignant ainsi les chances de négociations de paix. Explications.

Ukraine : La guerre s’installe dans la durée
Les raids aériens russes ont gravement endommagé les infrastructures ukrainiennes. (Photo : AP)

Début d’année tendu en Ukraine. L’armée russe a bombardé massivement plusieurs villes ukrainiennes, dont Kiev, dimanche 1er janvier. Ce bombardement a été suivi par une série d’explosions dans la capitale provoquant des destructions et des incendies. « L’ennemi attaque l’Ukraine sur plusieurs fronts, avec des missiles de croisière tirés depuis des avions et des navires. Plus de 120 missiles ont été lancés pour détruire des infrastructures civiles essentielles et tuer des civils en masse », a annoncé le conseiller de la présidence ukrainienne, Mikhaïlo Podoliak, sans donner de bilan d’éventuelles victimes. De son côté, l’armée russe a affirmé avoir mené une attaque aéroportée de précision à longue portée contre des installations de l’industrie de la défense ukrainienne impliquées dans la fabrication de drones d’attaque utilisés pour mener des attaques terroristes contre la Russie. « Les plans du régime de Kiev visant à mener des attaques terroristes contre la Russie dans un avenir proche ont été déjoués », a annoncé le ministère russe de la Défense. L’armée russe a par ailleurs annoncé poursuivre son offensive dans la région de Donetsk, dans l’est de l’Ukraine, où se concentre actuellement l’essentiel des combats.

Après plusieurs revers militaires sur le front, la Russie vise depuis octobre les infrastructures, les centrales et transformateurs électriques ukrainiens, plongeant la population dans le froid et le noir en plein hiver. Ce qui a poussé le chef de la diplomatie ukrainienne, Dmytro Kuleba, à accuser Moscou de délibérément viser des zones d’habitation. Défendant sa position, le président russe, Vladimir Poutine, a, lui, justifié début décembre cette tactique des frappes massives affectant des millions de civils, en estimant qu’elles constituaient une réplique à des attaques ukrainiennes contre des infrastructures russes. Il présente en outre toujours son invasion de l’Ukraine, qui dure depuis plus de 10 mois, comme une nécessité pour la sécurité nationale, assurant que l’Occident se servait de l’Ukraine comme d’une tête de pont pour menacer la Russie.

Et le président russe a aussi fustigé « une véritable guerre des sanctions qui nous a été déclarée par les Occidentaux. Ceux qui l’ont lancée s’attendaient à la destruction totale de notre industrie, de nos finances et de nos transports. Cela ne s’est pas produit », tout en accusant les Américains et les Européens d’« utiliser cyniquement l’Ukraine et son peuple pour affaiblir et diviser la Russie ».

Positions inconciliables

Selon certains observateurs, la Russie prévoyait une campagne éclair, mais elle a dû, dès le printemps, renoncer à prendre Kiev, se retirant du nord du pays, avant d’abandonner le nord-est en septembre, et une partie du sud en novembre, face à une armée ukrainienne sur-motivée et forte de systèmes d’armements occidentaux.

Quelles sont donc, dans ces conditions, les perspectives de pourparlers de paix ? Poutine a annoncé à plusieurs reprises qu’il était prêt à entamer des négociations de paix, mais sous conditions. Moscou veut au minimum que Kiev lui cède les quatre régions dont le Kremlin revendique l’annexion depuis fin septembre, ainsi que la Crimée, annexée en 2014. De son côté, le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, réclame le retrait total de l’armée russe.

Malgré ces positions qui semblent inconciliables, de nombreux analystes prévoient un lancement prochain de négociations. Tout le monde le sait, tout conflit finit par des pourparlers de paix. Mais comment arriver à la table des négociations ? « On a quatre scénarios », estime Dr Mona Soliman, politologue. Un : une pause hivernale dans les combats, surtout terrestres, qui permettra aux belligérants de se réorganiser. « Comme la Russie a déjà détruit 90 % des infrastructures civiles et militaires ukrainiennes, annexé les quatre régions en question, assuré la protection et la sécurité de ses frontières et stoppé l’extension de l’Otan vers l’Est, elle peut hausser le ton tout en appelant à des discussions. Et la communauté internationale peut profiter de la pause hivernale pour entamer des négociations avant la fin de l’hiver », dit l’analyste.

Selon elle, le deuxième scénario est la baisse des aides occidentales à l’Ukraine, en raison de la crise économique, énergétique et sociale dont souffre l’Occident. « Sans les aides occidentales, qui ont atteint 150 milliards de dollars au cours de 10 mois, l’Ukraine ne peut pas continuer la guerre. Dans ce cas, Zelensky va être obligé d’accepter les conditions russes et entamer des discussions ».

Restent les troisième et quatrième scénarios : d’abord, le statu quo, c’est-à-dire ni guerre, ni paix, comme ce qui s’est passé en 2014 en Crimée. Enfin, la poursuite de la guerre jusqu’à la fin de cette année. « Poutine entreprend des changements tactiques au sein de l’armée, a déjà annoncé une mobilisation partielle et intensifie sa coopération militaire avec la Chine et l’Iran. Autant d’indices, qui, selon des experts militaires, prouvent que Moscou prépare une offensive majeure pour le printemps », conclut Dr Mona Soliman.

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