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Entre la Russie et l’Occident, un dialogue de sourds

Abir Taleb , Lundi, 07 février 2022

Malgré la rencontre Blinken-Lavrov pour tenter de résoudre de manière diplomatique la crise sur l’Ukraine, les tensions se poursuivent, avec un soutien matériel américain à Kiev et des exercices militaires entre la Russie et la Biélorussie.

Blinken et Lavrov, une poign e de main de circonstance et des sourires crisp s. (Photo : AP)
Blinken et Lavrov, une poign e de main de circonstance et des sourires crisp s. (Photo : AP)

Au-dessus de la tête de l’Ukraine, l’épée de Damoclès. Des deux côtés, les Etats-Unis et la Russie, comme à l’époque de la Guerre froide. « Un dialogue raisonnable est nécessaire pour que l’émotion retombe ». C’est ce sur quoi se sont mis d’accord les chefs de la diplomatie américaine et russe. Sans plus. Vendredi 21 janvier, Antony Blinken et Sergueï Lavrov ont eu un face-à-face crucial à Genève. Des discussions « utiles et honnêtes » pour Lavrov, « directes, professionnelles » et « non polémiques » pour Blinken.

Mais l’objectif initial de désamorcer la crise autour de l’Ukraine n’est pas encore atteint. Autour de ce pays, l’armée russe campe toujours. Et les Occidentaux mettent en garde contre un éventuel conflit. Moscou dit attendre « des réponses écrites » à ses « propositions », selon le chef de la diplomatie russe, ajoutant : « Je ne sais pas si nous sommes sur la bonne voie, je saurai ça quand nous aurons une réponse ». Que faut-il comprendre de ces déclarations ? Que Moscou jette la balle dans le camp des Américains ? Sans doute oui. « Une série d’idées », selon les termes du secrétaire d’Etat américain, devront être présentées par Washington dans les jours à venir, a simplement commenté Antony Blinken, alors que le département d’Etat américain a ordonné, dimanche soir, l’évacuation des familles de ses diplomates en poste à Kiev et a déconseillé les voyages en Russie, et que s’ouvre lundi à Bruxelles une concertation avec les pays européens jusque-là tenus à l’écart des négociations russo-américaines sur l’Ukraine.

Au-delà de l’Ukraine

Jusqu’à présent donc, il semble que nous sommes à la phase où chaque partie pose ses conditions. Blinken l’a dit indirectement : « Je pense que nous sommes maintenant sur une voie plus claire en termes de compréhension des préoccupations de chacun ». Mais le secrétaire d’Etat américain a aussi prévenu qu’une réplique aurait lieu contre la Russie en cas d’agression contre l’Ukraine, y compris non militaire. Et il a dit avoir demandé à son homologue des preuves que la Russie ne veut pas envahir l’Ukraine. « Un bon moyen de le faire c’est de ramener — de retirer — ses troupes à la frontière ukrainienne », a-t-il insisté, alors que le service de renseignements militaires ukrainien a accusé Moscou de continuer de « renforcer les capacités de combat » des séparatistes pro-russes dans l’est de l’Ukraine. La Russie n’a « jamais au grand jamais, nulle part, menacé le peuple ukrainien », a rétorqué Sergueï Lavrov. Mais de là à retirer les troupes russes, c’est une tout autre affaire …

Car pour Moscou, l’essentiel est de ne pas voir l’Otan à ses portes, dans ses « zones d’influence ». En effet, la Russie a fait savoir, juste avant la réunion, qu’elle voulait le retrait des troupes étrangères de l’Otan de Roumanie et de Bulgarie dans le cadre d’un traité qu’elle réclame pour mettre un terme à la crise ukrainienne. Et un nouvel élément vient s’ajouter dans cette configuration : l’annonce le 18 janvier par la Biélorussie, alliée de Moscou, de l’arrivée, en février, d’un nombre indéterminé de soldats russes pour des exercices de « préparation au combat ». Un déploiement qui inquiète les Occidentaux. Moscou a aussi annoncé le 20 janvier des exercices navals (140 navires et 10 000 militaires) en janvier et février dans l’Atlantique, l’Arctique, le Pacifique ou encore la Méditerranée. D’ailleurs, les pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) ont annoncé cette semaine qu’ils allaient fournir du matériel militaire à l’Ukraine, des missiles antichars et antiaériens, pour lui permettre de se défendre « en cas d’agression russe », et ce, après y avoir été autorisés par Washington. Bref, c’est toute la région qui souffle sur la braise.

 
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