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Nucléaire iranien : A Vienne, l’ébauche d’une solution

Abir Taleb avec agences, Mardi, 06 avril 2021

Des discussions se sont ouvertes, mardi à Vienne, entre l’Iran et des grandes puissances. Objectif : parvenir à une formule comprenant à la fois le retour des Etats-Unis à l’accord et celui de l’Iran à ses engagements.

Nucléaire iranien : A Vienne, l’ébauche d’une solution
Lors de la réunion virtuelle de vendredi dernier, il a été convenu de « préserver l’accord de 2015 ». (Photo : AP)

Tous les regards se tournent vers Vienne, où se tiennent, depuis mardi 6 avril, des discussions entre les grandes puissances sur l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. Déjà, vendredi 2 avril, la Chine, la Russie, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni (pays signataires de l’accord de 2015) ont tenu une réunion virtuelle organisée par l’Union Européenne (UE) avec Téhéran. La première depuis l’élection de Joe Biden aux Etats-Unis, qui n’étaient toutefois pas représentés, les Iraniens refusant à ce stade une rencontre directe avec les Américains. « Les Etats-Unis ne participeront à aucune des réunions auxquelles l’Iran est représenté, y compris la séance de la commission mixte (du Plan d’action global commun), c’est certain », a déclaré Abbas Araqchi, cité sur un site du ministère iranien des Affaires étrangères. L’UE a fait savoir de son côté par voie de communiqué qu’elle allait intensifier les prises de contact séparées avec tous les signataires de l’accord nucléaire et avec les Etats-Unis. Ces derniers ont, pour leur part, annoncé, à travers la voix du porte-parole de la diplomatie américaine, vendredi 2 avril, leur participation, assurant rester « ouverts » à des discussions « directes » avec l’Iran. « Les principaux sujets qui seront évoqués sont les mesures nucléaires que l’Iran doit prendre pour respecter à nouveau pleinement les termes » de l’accord international de 2015 « et les mesures de levée des sanctions que les Etats-Unis doivent prendre pour les respecter à nouveau aussi », a dit Ned Price, porte-parole du département d’Etat américain à l’AFP, précisant toutefois que les Etats-Unis ne s’attendaient pas à « une percée immédiate », mais plutôt à des « discussions difficiles ». « Mais nous pensons que c’est une avancée salutaire », a ajouté Ned Price. (Ndlr : les résultats de la première journée de réunion, mardi, n’étaient pas communiqués lors de l’impression du journal).

Solution synchronisée ?

Une ébauche de solution ? Le délégué russe auprès de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA) a déclaré que les échanges de vendredi avaient été plutôt objectifs et allaient se poursuivre. « Il semble que nous soyons sur la bonne voie, mais le chemin ne sera pas facile et demande des efforts intenses. Les parties prenantes semblent prêtes pour ça », a souligné Mikhaïl Oulianov sur Twitter.

Un possible retour des Etats-Unis dans cet accord est sur la table (l’ex-président américain Donald Trump a retiré son pays de cet accord en 2018 et a rétabli toutes les sanctions américaines contre l’Iran, qui en retour a commencé à s’affranchir des restrictions à son programme nucléaire). Mais à quelle condition ? La nouvelle Administration américaine ne veut pas faire trop de concessions. Joe Biden s’est certes dit prêt à revenir dans l’accord, mais seulement si Téhéran revient aussi dans les clous de ses engagements. Jusque-là donc, les deux pays se renvoient la balle quant à celui qui devra faire le premier pas.

Les choses pourraient changer à Vienne. Le gouvernement américain « a accepté de participer à des discussions » avec les Européens, les Russes et les Chinois pour discuter d’un « retour mutuel » dans l’accord par Washington et Téhéran, a dit Ned Price. « Ces pourparlers seront structurés autour de groupes de travail formés par l’UE avec les participants encore membres » de l’accord, « y compris l’Iran », a-t-il précisé. « Nous ne nous attendons pas à des discussions directes entre les Etats-Unis et l’Iran à ce stade du processus, mais les Etats-Unis restent ouverts à cette possibilité », a-t-il ajouté.

Côté iranien, le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, a déclaré que son pays souhaitait un « retrait chorégraphié de toutes les sanctions ». « Objectif : finaliser rapidement une levée des sanctions et des mesures nucléaires pour un retrait chorégraphié de toutes les sanctions, suivi par un arrêt des mesures correctives adoptées par l’Iran », a déclaré le ministre sur les réseaux sociaux à l’issue de la réunion de vendredi.

Selon certaines informations, les Etats-Unis travailleraient sur une proposition, dont les détails sont encore en cours de finalisation, qui consisterait à demander à l’Iran de mettre fin à certaines de ses activités nucléaires, relatives notamment aux centrifugeuses avancées et à l’enrichissement d’uranium à un degré de 20 %, en échange d’un certain allègement des sanctions économiques américaines. Tout se joue désormais à Vienne.

Bagdad et le délicat jeu d’équilibriste

Trois milliards de dollars promis par les Emirats arabe unis, trois autres par l’Arabie saoudite : les pays du Golfe viennent à l’aide de l’Iraq. Objectif : renforcer le pouvoir iraqien et surtout limiter l’influence de l’Iran dans ce pays. Le premier ministre iraqien, Mostafa Al-Kazimi, a effectué deux visites importantes cette semaine : dimanche 4 avril à Abu-Dhabi, et mercredi 31 mars à Riyad. A Abu-Dhabi, le premier ministre iraqien s’est entretenu avec Cheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, prince héritier et ministre de la Défense d’Abu-Dhabi. Il a été question de renforcer la coopération politique et économique entre les deux pays, ainsi que des opportunités d’investissements émiratis en Iraq. A Riyad, Moustafa Al-Kazimi a signé des contrats stratégiques avec le royaume saoudien visant à renforcer les liens commerciaux entre les deux pays jadis en froid. La visite intervient après que l’Iraq et l’Arabie saoudite ont rouvert leur frontière terrestre — le passage d’Arar — en novembre dernier pour la première fois en 30 ans, dans le cadre d’efforts conjoints pour normaliser des liens autrefois gelés. Kazimi a déclaré que son gouvernement a entamé « une nouvelle phase dans les relations américano-saoudo-iraqiennes ». Bagdad, qui se trouve régulièrement pris dans le bras de fer entre Téhéran, qui exerce une grande influence en Iraq, et Riyad et Washington, tente d’équilibrer ses relations. Quant à l’Arabie saoudite, elle table la sur les promesses d’une coopération économique accrue pour limiter l’emprise des milices pro-iraniennes sur l’Iraq. Avec en arrière-plan la reconfiguration des relations américaines avec l’Iran.

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